Brigitte Bardot – Initiales en 45 tours

Brigitte Bardot, le mythe absolu. Connue mondialement comme actrice et dans une mesure moindre comme chanteuse. A l’heure où on décide de la faire chanter, elle a déjà fait le tour du monde avec une chanson dans laquelle elle ne glisse aucun filet de voix. Le Brésilien Jorge Veiga, en 1961, a la bonne idée de créer sur un rythme de là-bas une chanson qui l’encense et portant son nom. Le monde entier fredonnera cette mélodie faisant entrer définitivement, si besoin était, son image dans les foyers. Dario Moreno, le chanteur d’opérette, en fera une version avec des paroles françaises.

Passer du stade de comédienne à celui de chanteuse était un pas à franchir, auquel elle ne dit pas non. Restait à lui créer un style, car sa voix ne la prédestinait pas à cette carrière, un filet de voix diront les plus méchants, bien qu’elle soir capable de quelques fantaisies. Son répertoire sera malgré tout très éclectique, abordant un peu tous les styles avec un bonheur certain. Excepté les musiques de ses films, publiées toujours avec une photo avantageuse, un titre enregistré pour Barclay en 1962 « Sodonie », sera son début de chanteuse.

Son premier vrai disque sort au printemps 1963. II n’y avait pas de raison qu’il ne devienne pas un succès, surtout que les titres proposés sont mieux que du n’importe quoi. On entendra sur les radios, parler d’un endroit qui va devenir célèbre, « La Madrague ». Charmante petite balade qui parle de l’été et de la mer, que sa voix douce emmène vers la rêverie. Bien sûr cette année-là, le yéyé est en pleine expansion, pour coller à cette mode, on lui fait enregistrer « L’Appareil A Sous ». Vu qu’elle enregistre chez Philips, on fait appel à un compositeur maison, Serge Gainsbourg, qui concocte un de ses textes dont il a le secret, lui collant une mélodie bien dans le son de l’époque. Elle chante également un titre en espagnol « El Cuchipe » dans une musique de couleur mexicaine. Elle chantera aussi en anglais, en italien et en portugais au fil de ses disques. Le dernier titre de ce disque, « Je Donne Ce Que Ce Veux » est une des nombreuses allusions à son statut de sex symbol. Ce thème reviendra très souvent, sous des formes diverses et en sous-entendus, avant d’être présent de manière beaucoup plus visible dans sa discographie.

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Son deuxième disque « Invitango » est plus léger dans les moeurs, un tango qui lui fait chanter comment cette musique peut enflammer les sens. Le titre qui restera le plus connu sera pourtant « Everybody Loves My Baby », un standard chanté en anglais. Cet air de jazz, musique assez présente dans son répertoire à cette époque, est orchestrée par Claude Bolling. Dans ses premières années de chanteuse, son répertoire sera principalement composé par Gérard Bourgeois et Jean-Max Rivière, additionné de Serge Gainsbourg, encore un peu effacé. Les orchestres seront ceux de Claude Bolling, Alain Goraguer, François Rauber, pour les plus fameux.
Toujours en restant sous l’optique du 45 tours EP 4 titres, 7 publications seront faites, si l’on inclut « Viva Maria », qui est une musique de film. Force est de constater que durant cette période, son répertoire est vaste, sa discographie cache des petites perles un peu méconnues comme « Rose D’eau », très folk, « Les Hommes Endormis », un blues lancinant et fascinant. Dans les actrices qui ont essayé de chanter, il en est qui n’ont pas été si talentueuses, et c’est peu dire.
En 1966, elle quitte Philips pour AZ, et enregistre « Le Soleil » et « Gang Gang », assez dans l’optique des musiques de l’époque qui voient un style nouveau venir des USA, des chansons qui prônent le farniente et les loisirs. Ce disque passe assez inaperçu, mais en 1967, un idylle avec Gainsbourg va donner un coup d’éclat à sa carrière. Ce dernier qui commence vraiment a sortir d’une relative obscurité, absolument pas à la mesure de son talent, va lui composer des chansons sur mesure. Durant l’année, Arthur Penn a remis au goût du jour l’histoire de Bonnie et Clyde, film à grand succès et chanson très populaire. Se démarquant complètement de la musique originale, Gainsbourg compose et chante en duo avec Brigitte un histoire de même inspiration. La chanson est présentée dans un clip pour la télévision dans lequel Bardot s’exibe en bas et porte-jarretelles.


Clip L’appareil A Sous

Pour des raisons contractuelles, le disque est publié par Fontana, alors que la chanteuse est en contrat avec AZ. Pour compenser, Gainbourg lui offre « Harley Davison », publié chez AZ, sans doute son titre le plus resté dans les mémoires et succès de l’époque. Le style musical, avec la face B « Contact », est cette fois d’obédience psychédélique, ajoutant encore une corde à son archet musical déjà vaste.

Dans les coulisses il se mijote un truc très fort que Gainsbourg met au point. Il s’agit du fameux « Je T’aime Moi Non Plus », qu’il enregistre une première fois avec elle. A sa demande le titre ne sera pas publié, on sait qu’il le refera avec Jane Birkin et le succès que l’on sait, puisqu’il parviendra à la première place des charts anglais. En 1969, elle revient brièvement chez Philips, le temps d’un simple « La Fille De Paille », très genre variété, qui passe assez inaperçu. Elle passe ensuite chez Barclay, sa toute première maison de disques, et est à deux doigts de renouer avec un grand succès. La chanson en question « Tu Veux Tu Veux Pas », une chanson brésilienne, est fait pour son image coquine au niveau des paroles. Mais elle est en concurrence avec la version de Marcel Zanini, qui remporte la palme au niveau de la popularité. Arrive une suite quelques disques pour Barclay, bandes sonores de films dont « Boulevard Du Rhum » où elle interprète « Plaisir D’Amour » avec Guy Marchand, suivi par un duo avec Laurent Vergez. Cette période n’engendra pas de succès réel. Elle s’impose avec une certaine popularité en duo avec Sacha Distel « Le Soleil De Ma Vie », adaptation d’un tube de Stevie Wonder. Nul ne s’en doute trop à ce moment là, mais c’est son dernier disque avant longtemps. Comme on le sait elle met sa carrière en suspens pour se consacrer à la cause animale. Elle reviendra un fois à la chanson en 1982 avec « Toutes Les Bêtes Sont Aimer », en relation avec sa nouvelle profession de foi. Enfin en 1986, le public aura droit à « Je T’aime Moi Non Plus », enfin publié officiellement.
Le mythe Bardot continue et continuera. Il est facile à entretenir, tant il fut grand. La meilleure preuve est qu’elle sert encore de référence à des jeunes demoiselles qui ne l’ont pas connue quand elle était artistiquement en activité. Ses attitudes, ses pas de danse, sa coiffure, ses vêtements, sont autant de points de repère qui servent de modèle à une certaine nouvelle génération. Son héritage phonographique est bien présent. Les pièces originales qui ont la saveur de l’époque se vendent bien et parfois fort cher. Cet héritage est intéressant, tant pas sa diversité que sa saveur agréable.

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Nico – L’ombre du velours

nico the end


La passionnante, la merveilleuse Nico, tout un univers musical, étrange, fascinant, envoûtant. Mélopées nauséeuses qui cachent le soleil là-haut, pour le faire briller dans notre coeur. Des histoires d’amour qui s’écoutent à la lumière d’une chandelle qui éclaire les visages blafards. C’est pourtant beau un visage qui danse dans la lumière rougeoyante, c’est beau comme une chanson de Nico, un hymne à la nuit d’où jaillira la lumière de demain…
Nico est née Christa Päffgen à Cologne, le 16 octobre 1938. Elle passe une partie de sa jeunesse à Paris où le célèbre photographe Tobias lui donne le surnon de Nico. Bien avant de devenir chanteuse, elle est mannequin, chez Chanel notamment. Elle vient au cinéma par la bande, mais ne décroche pas vraiments des rôles qui pourraent faire d’elle une actrice de premier plan. On la voit dans  » La Dolce Vita  » de Fellini et  » Srip-Tease de Jacques Pinateau en 1962. Partageaint sa vie entre Paris et New-York, elle a l’occasion de se perfectionner avec Lee Starsberg du fameux Actor’s Studio. En 1962, elle met au monde un fils née d’une liaison avec Alain Delon, que ce dernier renie. En 1964, elle rencontre Brian Jones des Rolling Stones qui la pousse à chanter. Elle renregistre son premier disque  » I’m Not Sayin « , qui sortira sur le nouveau label de leur producteur, Immediate. Retour aux Etats-Unis où elle rencontre Dylan et plus important Andy Warhol. Ce dernier en train de créer son pop art, l’associe au mouvement et elle tourne des films expérimentaux. Faisant partie de l’entourage de Warhol, le futur Velvet Underground est une composante des spectacles inspirées par l’artiste. C’est ainsi que Nico se met à travailler avec le groupe et qu’elle figurera sur la fameux album à la banane produit par Warhol. On se souviendra du fameux  » Venus In Furs « , inspiré par Sacher Masoch, ainsi de quelques titres restés fameux de ce disque. Si on se rappelle aujourd’hui d’un seul fait concernant sa vie, c’est bien celui-là. Mais Nico n’est qu’un élément un peu secondaire dans la groupe, ce n’est pas vraiment ce dont elle rêve et son passage sera bref, anecdotique au sein du groupe. Si Lou Reed l’étouffe, par contre John Cale sent tout le potentiel de la chanteuse, s’efforcera et l’aidera efficacement à se lancer dans une carrière solo. Ce sera pendant 20 ans le parcours de la Nico solitaire et chanteuse, celui dont on se rappelle moins maintenant et pourtant si majestueux. A vrai dire, Nico n’est pas une chanteuse d’exception, comme une Janis Joplin, par exemple. Sa voix est gutturale, monocorde, pour ne pas dire monotone, ses origines allemandes et son léger accent n’y sont sans doute pas étrangers. C’est pourtant cette voix et le mariage de sa musique, que l’on pourrait qualifier d’expressionniste en référence au vieux cinéma germanique, on pourrait aussi dire gothique, qui va faire tout le charme et le mystère de ses chansons.
En 1967, son premier album solo  » Chelsea Girl  » est un panachage de divers compositeurs comme Bob Dylan, Tim Hardin, et des membres du Velvet qui l’accompagnent. La tendance est plutôt folk, mais son futur style se pointe déjà. Produit par le très connu Tom Wilson, le disque n’impressionne pas le public outre-mesure. En 1969, John Cale l’encourage à composer toutes les chansons de l’album  » The Marble Index « . Nico se met à l’harmonium qui deviendra son instrument de prédilection. Le style est plus personnel, les instruments plutôt inhabituels. On y trouve des références à la musique classique, au folk, bref c’est beaucoup plus une musique du vieux continent., tendance planante. Son fils Ari, chante un morceau  » Le Petit Chevalier « . C’est assurément un grand album. Les années 70 voient Nico poursuivre sur sa lancée, au début avec un premier opus  » Desert Shore  » et en 1974 , » The End « , titre célèbre des Doors qui figure dans « Apocalyse Now « . Sa musique est encore plus avant-gardiste, ambiance angoissée, toujours merveilleuse. Sur son nouveau label Island, elle participe aussi aux enregistrements de Kevin Ayerset Brian Eno. C’est aussi l’occasion d’un retour au cinéma avec son compagnon d’alors, Philippe Garrel. Elle figure dans plusieurs films de lui, cinéma underground, dont elle compose la musique de  » La Cicatrice Intérieure  » en 1972. Sa popularité est discrète, elle n’est pas une vedette de premier plan, elle ne le sera plus jamais. Mais ses engagements culturels font d’elle une personne qui est appréciée par un public très intellectuel. Sa relation avec la drogue, notamment l’héroine, ne sont pas le meilleur atout dans son jeu. Elle perturbe son psychisme assez fragile, mais peut-être doit-on considérer cela comme un mal nécessaire chez elle. Elle continue de se produire en concert et enregistre  » Drama OF Exile  » en 1981, dans lequel on trouve des influences rocks et orientales. Son dernier album date de 1985,  » Camera Obscura  » encore plus expérimental et assz jazz. Le 18 juillet 1988, elle chute en vélo sur l’ile d’Ibiza et meurt des suites d’une hémorragie cérébrale. Elle est enterrée à Berlin.
La légende existait déjà de son vivant, elle va s’amplifier avec sa mort. Bien sûr, comme la mort rend tout le monde regrettable, tout ceux qui l’ont approchée de près ou de loin vont le faire savoir. Les hommages vont fleurir à travers des hommages tous azimuts, livres, concerts qu’on a pas estimés dignes de paraître de son vivant vont voir le jour. L’hommage le plus sincère sera certainement celui de son fils à travers ses souvenirs  » L’amour N’oublie Jamais  » paru en 2001.
Nico est sans doute au-delà de tout ça. Une artiste sincère, supérieurement engagée dans sa vision personnelle de la vie et son désir de la faire partager. Il en reste, de beaux, de merveilleux souvenirs. Filmés, enregistrés, écrits, il restent des témoignages certains de son passage dans le 20ème siècle, un siècle qui n’aurait pu qu’être artistiquement plus terne sans elle.

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