The Tornados

Si on vous demande quel fut le premier disque d’un groupe anglais à être no1 aux USA, vous serez tenté de répondre les Beatles. A moins que vous ne soyez un peu plus connaisseur, dans ce cas vous répondrez les Tornados, et vous aurez raison. Alors que les Beatles viennent à peine d’enregistrer leur premier disque, les Américains et les Anglais se régalent avec un truc instrumental, assez révolutionnaire, Telstar.
Contrairement à bien d’autres formations, ce n’est pas une bande d’écoliers qui décident de faire de la musique, mais un groupe presque monté de toutes pièces au hasard des rencontres. Les membres du groupe original sont.
Alan Caddy (1940-2000), guitare solo, fut le soliste des Pirates de Johnny Kidd
George Bellamy (1941 -) guitare rythmique, père de Matthew, membre de Muse.
Heiz Burt (1942-2000) guitare basse, né en Allemagne.
Roger La Verne (1938 -) Claviers.
Clem Cattini (1938 – ) batterie, aussi musicien de Johnny Kidd.

Les Tornados ne seraient rien ou presque s’ils n’avaient pas rencontré un personnage étonnant de créativité et producteur indépendant, Joe Meek. Ce dernier a son propre studio d’enregistrement, c’est plus un appartement qu’un lieu avec des trucs et des machins partout. Qu’importe, en bidouillant ce qui existe, il arrive a créer un son original et ne s’en prive pas. Etre indépendant, signifie qu’il propose ses enregistrements à des grandes compagnies, qui acceptent ou refuse de publier ses productions. Il a une liberté totale de création, ça plait ou pas. Sa première production, qui va le rendre célèbre pour l’éternité, est le fameux hit de John Leyton « Johnny Remember Me » qui se classe no1 en Angleterre en 1961. C’est ce que les gens du cru appellent un « death song », chanson évoquant un fait lié avec la mort, ici un homme qui se lamente sur son amour parti dans l’au-delà, ambiance musicale à la clef. En 1962, a lieu un évènement capital pour l’histoire de l’humanité, non pas une bombe atomique qui fera encore plus de morts, mais le premier satellite de communication baptisé Telstar. L’événement est retransmis à la télévision et justement Meek la regarde. Il décide de fêter ça à sa manière en composant un instrumental pour marquer l’événement. Il faut quand même se rappeler qu’en 1962 l’espace fait rêver, le premier homme dans l’espace est vieux d’une année et on a pas encore marché sur la Lune, bref c’est encore assez mystérieux. La partition finie, il faut maintenant quelqu’un pour la jouer. Justement il y a un groupe avec lequel Meek a déjà produit un disque sans grand résultat, les Tornados. Le groupe sert tout d’abord de groupe d’accompagnement au rocker anglais Billy Fury, mais ils sont consignés pour une production exclusive.

Le genre de lieu où fut enregistré un disque vendu à 50 millions d’exemplaires

A fin d’été 62, le disque est publié et commence très vite à enthousiasmer un vaste public, du jeune garnement au grand-père à la retraite. Il ravage littéralement la planète entière et ne manque pas une première place, là ou des classement existent. On en vendit quelques millions sur le moment, il est maintenant couramment admis que les ventes totales se chiffrent à 50 millions. Joe Meek, et une bonne partie de la discographie du groupe le montre, affectionnait les bruitages en surimpression de la mélodie et également une recherche sonore très originale pour donner un maximum d’effet à l’idée de musique spatiale ou insolite. A part les hits, on découvre dans la discographie quelques titres magnifiés par la créativité du producteur. Cela préfigure aussi la musique disco d’une quinzaine d’années, certains titres ne sont pas tout à fait étrangers à une sorte d’ébauche de ce style. Ennio Morricone s’inspira pas mal du style pour certains génériques de westerns.
Bien que leur disque suivant « Globe Trotter » réussisse une bonne 5ème place en Angleterre, les disques suivants « Robot », « The Ice Cream Men », « Dragonfly » vont en succès decrescendo. Les USA misent sur « Ridin’ The Wind », qui fait là-bas suite à « Telstar », version où sont rajoutés quelques effets sonores en guise d’introduction. Le titre pourtant excellent, n’impressionne pas et il se positionne très modestement au fond des classements. Assez étrangement l’Angleterre ne publie pas d’album dans la foulée immédiate, il faudra attendre 1964, alors que le groupe était déjà bien rentré dans le rang. Seuls les USA et la France profiteront de l’occasion. La France adoptera une politique un peu particulière, ignorant certains titres pour en privilégier d’autres. Au total sept 45 tours EP 4 titres seront publiés, ce qui constitue à ma connaissance, le record mondial. Les collectionneurs ont encore les pochettes de ces disques en mémoire, illustrés parfois de manière humoristique.
Bien vite la fortune des Tornados tournera. De nombreux changements de personnel n’aideront pas la cohésion du groupe. Le premier Heinz, fera une courte carrière sous son prénom en rendant hommage à son idole Eddie Cochran, en 1963, toujours sous la houlette de Meek. Son principal et grand succès « Just Like Eddie », lui permettra de survivre dans les mémoires plus que les autres membres. En 1965, il ne reste dans le groupe plus aucun membre original. De plus Joe Meek a de nombreux problèmes personnels. Il est ouvertement homosexuel et une campagne contre lui, dans la presse à sensation, lui fermera pas mal de portes. Bien qu’il continue à produire de nombreux groupes, les succès sont absents. Il se suicidera en 1967, en laissant des regrets éternels. Il est toujours très étudié par les encyclopédistes qui voient en lui un rouage essentiel des sixties. En plus de nombreuses bagarres sur sa succession, ont empêché pendant longtemps son oeuvre d’être rééditée, il fallait chercher les pièces originales pour satisfaire sa curiosité.
Avec les Tornados, il a produit la partie la plus visible de l’iceberg et aussi la plus innovative. Il faut se rappeler qu’en 1962, mettre de l’électronique dans la musique passait un peu pour de la sorcellerie. Il a réussi de faire passer le message et si maintenant la musique des Tornados peut sembler un peu ringarde pour certains. Il y a bientôt 50 ans c’était aussi révolutionnaire que prendre la Bastille musicale de ce qui se faisait alors.

Le hit dans sa version originale

Le second hit, choisi par l’Angleterre pour succéder à Telstar

Celui choisi par les Américains, un de leur plus beaux titres

Le troisième hit Robot, tourné en France, ce sont vraiment les Tornados sous les casques

Brigitte Bardot – Initiales en 45 tours

Brigitte Bardot, le mythe absolu. Connue mondialement comme actrice et dans une mesure moindre comme chanteuse. A l’heure où on décide de la faire chanter, elle a déjà fait le tour du monde avec une chanson dans laquelle elle ne glisse aucun filet de voix. Le Brésilien Jorge Veiga, en 1961, a la bonne idée de créer sur un rythme de là-bas une chanson qui l’encense et portant son nom. Le monde entier fredonnera cette mélodie faisant entrer définitivement, si besoin était, son image dans les foyers. Dario Moreno, le chanteur d’opérette, en fera une version avec des paroles françaises.

Passer du stade de comédienne à celui de chanteuse était un pas à franchir, auquel elle ne dit pas non. Restait à lui créer un style, car sa voix ne la prédestinait pas à cette carrière, un filet de voix diront les plus méchants, bien qu’elle soir capable de quelques fantaisies. Son répertoire sera malgré tout très éclectique, abordant un peu tous les styles avec un bonheur certain. Excepté les musiques de ses films, publiées toujours avec une photo avantageuse, un titre enregistré pour Barclay en 1962 « Sodonie », sera son début de chanteuse.

Son premier vrai disque sort au printemps 1963. II n’y avait pas de raison qu’il ne devienne pas un succès, surtout que les titres proposés sont mieux que du n’importe quoi. On entendra sur les radios, parler d’un endroit qui va devenir célèbre, « La Madrague ». Charmante petite balade qui parle de l’été et de la mer, que sa voix douce emmène vers la rêverie. Bien sûr cette année-là, le yéyé est en pleine expansion, pour coller à cette mode, on lui fait enregistrer « L’Appareil A Sous ». Vu qu’elle enregistre chez Philips, on fait appel à un compositeur maison, Serge Gainsbourg, qui concocte un de ses textes dont il a le secret, lui collant une mélodie bien dans le son de l’époque. Elle chante également un titre en espagnol « El Cuchipe » dans une musique de couleur mexicaine. Elle chantera aussi en anglais, en italien et en portugais au fil de ses disques. Le dernier titre de ce disque, « Je Donne Ce Que Ce Veux » est une des nombreuses allusions à son statut de sex symbol. Ce thème reviendra très souvent, sous des formes diverses et en sous-entendus, avant d’être présent de manière beaucoup plus visible dans sa discographie.

http://www.dailymotion.com/video/x3gkeg_brigitte-bardot-la-madrague-1967_music

Son deuxième disque « Invitango » est plus léger dans les moeurs, un tango qui lui fait chanter comment cette musique peut enflammer les sens. Le titre qui restera le plus connu sera pourtant « Everybody Loves My Baby », un standard chanté en anglais. Cet air de jazz, musique assez présente dans son répertoire à cette époque, est orchestrée par Claude Bolling. Dans ses premières années de chanteuse, son répertoire sera principalement composé par Gérard Bourgeois et Jean-Max Rivière, additionné de Serge Gainsbourg, encore un peu effacé. Les orchestres seront ceux de Claude Bolling, Alain Goraguer, François Rauber, pour les plus fameux.
Toujours en restant sous l’optique du 45 tours EP 4 titres, 7 publications seront faites, si l’on inclut « Viva Maria », qui est une musique de film. Force est de constater que durant cette période, son répertoire est vaste, sa discographie cache des petites perles un peu méconnues comme « Rose D’eau », très folk, « Les Hommes Endormis », un blues lancinant et fascinant. Dans les actrices qui ont essayé de chanter, il en est qui n’ont pas été si talentueuses, et c’est peu dire.
En 1966, elle quitte Philips pour AZ, et enregistre « Le Soleil » et « Gang Gang », assez dans l’optique des musiques de l’époque qui voient un style nouveau venir des USA, des chansons qui prônent le farniente et les loisirs. Ce disque passe assez inaperçu, mais en 1967, un idylle avec Gainsbourg va donner un coup d’éclat à sa carrière. Ce dernier qui commence vraiment a sortir d’une relative obscurité, absolument pas à la mesure de son talent, va lui composer des chansons sur mesure. Durant l’année, Arthur Penn a remis au goût du jour l’histoire de Bonnie et Clyde, film à grand succès et chanson très populaire. Se démarquant complètement de la musique originale, Gainsbourg compose et chante en duo avec Brigitte un histoire de même inspiration. La chanson est présentée dans un clip pour la télévision dans lequel Bardot s’exibe en bas et porte-jarretelles.


Clip L’appareil A Sous

Pour des raisons contractuelles, le disque est publié par Fontana, alors que la chanteuse est en contrat avec AZ. Pour compenser, Gainbourg lui offre « Harley Davison », publié chez AZ, sans doute son titre le plus resté dans les mémoires et succès de l’époque. Le style musical, avec la face B « Contact », est cette fois d’obédience psychédélique, ajoutant encore une corde à son archet musical déjà vaste.

Dans les coulisses il se mijote un truc très fort que Gainsbourg met au point. Il s’agit du fameux « Je T’aime Moi Non Plus », qu’il enregistre une première fois avec elle. A sa demande le titre ne sera pas publié, on sait qu’il le refera avec Jane Birkin et le succès que l’on sait, puisqu’il parviendra à la première place des charts anglais. En 1969, elle revient brièvement chez Philips, le temps d’un simple « La Fille De Paille », très genre variété, qui passe assez inaperçu. Elle passe ensuite chez Barclay, sa toute première maison de disques, et est à deux doigts de renouer avec un grand succès. La chanson en question « Tu Veux Tu Veux Pas », une chanson brésilienne, est fait pour son image coquine au niveau des paroles. Mais elle est en concurrence avec la version de Marcel Zanini, qui remporte la palme au niveau de la popularité. Arrive une suite quelques disques pour Barclay, bandes sonores de films dont « Boulevard Du Rhum » où elle interprète « Plaisir D’Amour » avec Guy Marchand, suivi par un duo avec Laurent Vergez. Cette période n’engendra pas de succès réel. Elle s’impose avec une certaine popularité en duo avec Sacha Distel « Le Soleil De Ma Vie », adaptation d’un tube de Stevie Wonder. Nul ne s’en doute trop à ce moment là, mais c’est son dernier disque avant longtemps. Comme on le sait elle met sa carrière en suspens pour se consacrer à la cause animale. Elle reviendra un fois à la chanson en 1982 avec « Toutes Les Bêtes Sont Aimer », en relation avec sa nouvelle profession de foi. Enfin en 1986, le public aura droit à « Je T’aime Moi Non Plus », enfin publié officiellement.
Le mythe Bardot continue et continuera. Il est facile à entretenir, tant il fut grand. La meilleure preuve est qu’elle sert encore de référence à des jeunes demoiselles qui ne l’ont pas connue quand elle était artistiquement en activité. Ses attitudes, ses pas de danse, sa coiffure, ses vêtements, sont autant de points de repère qui servent de modèle à une certaine nouvelle génération. Son héritage phonographique est bien présent. Les pièces originales qui ont la saveur de l’époque se vendent bien et parfois fort cher. Cet héritage est intéressant, tant pas sa diversité que sa saveur agréable.

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