Django Reinhardt, la guitare dans les nuages célestes

Le centenaire de sa naissance nous amène presque naturellement à parler de celui qui fut un des premiers guitar hero du siècle passé. Son apport musical est énorme, il a influencé les générations suivantes même s’ils ne sont pas à proprement parler des jazzmen.
Né Jean Reinhardt en 1910, dans une famille nomade qui se trouve en ce moment là en Belgique. Son enfance est celle des voyages à travers l’Europe, sa famille fuit la guerre et finit par se fixer à Paris. A dix ans il s’intéresse au banjo et devient vite un expert en dextérité. Avant d’adopter finalement la guitare, il essaye aussi le violon. Adolescent il court les cachets, avant d’impressionner un accordéoniste, Jean Vaissade qui lui donne l’opportunité de figurer sur un premier disque en 1928. Il ne sait par ailleurs, ni lire, ni écrire. Un accident malencontreux le brûle à la jambe droite et à la main gauche, dont il perd l’usage de deux doigts. D’après les médecins, il ne pourra plus jouer de guitare. Faisant fi de leur diagnostique, il commence un longue rééducation et finit par réussir le miracle, il retrouve toute sa maestria, malgré son infirmité. Très vite, il se bâtit une nouvelle réputation avec notamment Stéphane Grapelli. Avec ce dernier, il fondera le Hot Club de France, un orchestre de jazz qui tournera en Europe jusqu’à la guerre, enregistrant de nombreux disques. En 1940, il enregistre son titre le plus célèbre « Nuages » avec la complicité de Hubert Rostaing. Il passe la guerre en France, tandis que Grappelli séjourne en Angleterre. Très attentif à l’évolution musicale, il propagera avec quelques uns l’invasion du be bop, dès la fin de la guerre. Le Hot Club reprend les tournées. En 1946, il effectue une tournée aux USA et joue avec Duke Ellington. Par le peu d’exposition que lui donne Ellington, il est déçu de cette tournée. Il est pourtant très bien accueilli par le public, car il est pratiquement la seule vedette de jazz qui n’est pas américaine et qui peut rivaliser avec ces derniers, chose qu’il admettent en toute sincérité, sans fausse modestie. De retour au pays, il continue les tournées avec l’orchestre, démontrant qu’il est toujours à l’avant garde du jazz, tant son jeu est innovateur et inspiré. Eddie Barclay, alors débutant dans le métier, sera parmi les derniers à capturer en studio toute sa fougue dans huit titres qui deviendront légendaires. Le 16 juin 1953, il meurt prématurément d’un hémorragie cérébrale, alors qui est toujours en pleine gloire.
Parler de Django est un acte un peu inutile, j’ai résumé l’essentiel. C’est un musicien qui s’écoute et pour autant que l’on comprenne un peu la musique, il ne reste que l’extase devant le résultat. Un homme illettré, qui n’a jamais su lire une partition, a donné une immense baffe au monde du jazz. Son nom, sa légende, intacte après toutes ces années, est prête à traverser les siècles. Les noms légendaires sont nombreux, mais une petite poignée a fait cette légende, il en fait partie. Tant de monde l’interprète en espérant qu’un brin de son génie rejaillira sur eux.

Ses enregistrements sont nombreux, pléthoriques. Selon les époques, ils appartiennent à diverses tendances. Il y a le soliste et l’accompagnateur, le rôle est différent, mais d’un génie égal. Plutôt que celui-ci ou celui-là, le tout est à découvrir selon son désir.

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The Andrews Sisters – Raz-de-marée dans les 40’s

andrew sistersDe nos jours, musicalement, il nous semble que beaucoup plus d’artistes noirs ont obtenu le statut de légende avant 1950. C’est en grande partie vrai et pour la bonne raison que la musique que nous écoutons maintenant, le blues, le rock and roll, la soul, sont directement dérivés de l’apport des noirs et de leurs traditions musicales ancestrales. Pourtant quelques artistes typiquement blancs parviennent à se glisser dans cette suprématie, surtout en recyclant la musique noire, il est vrai. Benny Goodman, Glen Miller sont les plus connus, mais on peut leur opposer la grande gloire que connut un trio vocal féminin, les Andrews Sisters.
Les soeurs Andrews, ce sont LaVerne Sophia (1911-1967) contre-alto; Maxene Angelyn (1916-1995) soprano; Patricia Marie (1918-) mezzo-soprano. Le groupe est fondé vers le milieu des années 20. Avant leur avènement, elles chantent et sont imitatrices dans diverses formations, elles font aussi du vaudeville. Ce n’est qu’en 1937 qu’elles obtiennent leur premier grand succès « Bei Mir Bist Du Schon », l’adaptation d’un air yiddish. Il s’en vendra un million de copies et elles seront le premier groupe féminin a obtenir un disque d’or. Pendant plus de dix ans le succès ne les lâchera pas, elles seront immensément populaires et se produisent avec les plus grands noms de l’époque, notamment Bing Crosby avec qui elles enregistrent. Nombre de leurs chansons sont ancrées dans les mémoires « Boogie Woogie Bugle Boy », pour n’en prendre qu’une. On les verra au cinéma et un peu partout spécialement durant la seconde guerre mondiale ou elles seront un emblème pour l’effort de guerre. A partir de 1953, le groupe se dissout et se reforme au gré des évènements, fâcheries et réconciliations. A la mort de l’ainée en 1967, les choses seront plus calmes, bien que les survivantes n’abandonnent pas tout à fait. Elles sont remises à la mode par Bette Midler qui reprend « Boogie Woogie Bugle Boy ».
Le grand mérite des Andrews Sisters est d’avoir créé un style vocal qui fait encore référence aujourd’hui. Toujours imité, jamais égalé, est une formule qui convient bien. L’appellation de swing est faite pour elles, bien qu’elles savent aussi chanter à merveille des chansons plus lentes et romantiques. Leur succès est comparable à ce que sera la beatlemania vingt ans plus tard. Il inclut non seulement la musique, mais aussi le reste, les prémices de la pinup, le spectacle de cabaret et tout ce qui peut faire le bonheur des rêveurs qui les écoutent au clair de lune.


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