Nos disques mythiques (10)

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Ce disque a une importance capitale dans ma vie. Si j’en suis là aujourd’hui avec mes connaissances musicales, c’est un peu grâce à lui. En 1965, j’avais déjà flashé sur un ou deux groupes dans la même lignée. Il y avait les Yardbirds et les Pretty Things et dans une certaine mesure les Rolling Stones, bien que cette année là ils nous proposaient déjà des choses plus personnelles. Ma passion pour les Yardbirds m’avait fait découvrir leur fameux premier album « Five Live Yardbirds ». Pour les Pretty Things, je m’en tenais pour des raisons surtout financières aux 45 tours. Un jour dans un magasin en parcourant le bac des soldes, je suis tombé sur un 33 tours qui m’a intrigué. La pochette étalait une photo avec cinq gaillards qui avaient l’air de sortir d’un conte de Dickens racontant l’histoire d’une bande qui sévissait dans les bas fonds d’un sordide quartier.  Mes connaissances musicales étaient encore assez élémentaires, mais en parcourant les titres des chansons, j’ai remarqué que sur les crédits des compositeurs des chansons figuraient Chuck Berry, Willie Dixon, Bo Diddley. De plus, une des chansons « To Much Monkey Business » ne m’était pas inconnue, elle figurait en ouverture du disque des Yardbirds et je l’adorais. La somme demandée étant assez modeste, je pris le risque d’acheter la chose. Arrivée à la maison, j’ai avalé le contenu sans subir d’indigestion, charmé par la découverte. Depuis,  je fais partie d’une secte, celle des Downliners Sect et l’album fait toujours partie de ma collection.

Dans l’immédiate suite qui vit le couronnement des Beatles, pas mal d’artistes s’engouffrèrent dans la porte ouverte pour faire du Beatles. Dans l’ombre de cet engouement, d’autres misaient misaient sur un style plus brut, importé de l’Amérique noire des bluesmen et plus spécialement de Chicago via les studios Chess. Les Rolling Stones en sont l’exemple le plus connu. Historiquement, et plus spécialement en 1964, il y a très peu d’albums publiés en Angleterre et interprétés par des musiciens anglais qui peuvent se recommander uniquement de cette influence là. Les Stones, les Yarbirds et justement les Downliners Sect. Dans le cas des Downliners Sect, on ne peut pas dire que cette oeuvre pionnière leur rapporta un francs succès. L’album se vendit plutôt modestement, de quoi en faire une pièce de collection assez difficile à trouver par la suite. Et pourtant c’est une pièce maîtresse dans le style, qui entrera quand même dans la légende plus tard avec toute la reconnaissance avec laquelle on peut vénérer cette galette.

L’album fut publié par Columbia et produit par Mike Collier. Le contenu propose quelques reprises et des originaux, ces derniers sont tellement parfaits qu’ils sonnent exactement comme si c’était des reprises. Voici le contenu en détail:

  1. Hurt By Love
  2. One Ugly Child
  3. Lonely And Blue
  4. Our Little Rendezvous
  5. Guitar Boogie
  6. Too Much Monkey Business
  7. Sect Appeal
  8. Baby What’s On Your Mind?
  9. Cops And Robbers
  10. Easy Rider
  11. Bloodhound
  12. Bright Lights. Big City
  13. I Wanna Put A Tiger In Your Tank
  14. Be A Sect Maniac

Pour les reprises les spécialistes noteront la présence de titres de Charlie et Inez Foxx, Chuck Berry, Jimmy Reed, Bo Diddley, Larry Bright, Muddy Waters. Les originaux sont du groupe ou attribués au producteur. Vous remarquerez au passage qu’ils s’amusent à faire des jeux de mots avec les titres et le nom du groupe « Sect Appeal » ou « Be A Sect Maniac ». Les interprétations ne manquent pas de punch, c’est même de temps en temps assez sauvage, mais toujours très classe. C’est un album indispensable pour les amateurs du genre et une belle découverte pour ceux qui considèrent que la variété, on en a vite fait le tour.

Pour la suite, le groupe continuera de s’illustrer en ne faisant rien comme les autres. L’année suivante, ils sortent un album qui contient de la musique country « Country Sect » et un 4 titres « The Sect Sing Sick Songs », faisant la part belle aux titres ayant la mort pour thème. En 1966, c’est un album « The Rock Sect’s In » où figure « Why Don’t You Smile Now » en version originale. Ce titre sera repris par le… Velvet Undergound, rien que ça! Si le groupe reste peu connu en Angleterre, ils explosent en Suède où ils obtiennent un succès pas possible avec une reprise de « Little Egypt » des Coasters dans une version pour le moins succulente. Cela leur vaudra un album typiquement suédois, certainement le plus rare de leur discographie, j’ai mis 30 ans pour en trouver une copie et je l’ai payé nettement plus cher que le premier.

En 2013, le groupe existe toujours avec Don Craine et Keith Grant, respectivement guitariste rythmique et bassiste et aussi les deux chanteurs attitrés, survivants du groupe original. Au fil des ans ils ont enregistré ici et là quelques galettes dont la plus exotique est un album (excellent) de punk sous le nom F.U.2, album publié en France en 1977, sûrement un des rares albums punk enregistré par des presque quadragénaires. Sous le nom de Haedcoats Sect, ils ont collaboré avec Billy Chiddish un déroutant et intéressant personnage, à la fois musicien, écrivain, poète et peintre.

Vous avez vos livres de chevet? J’ai des disques de chevet et assurément « The Sect » en est un!

L’album en entier

Nos disques mythiques (9)

Les Sorrows ont une carrière plutôt brève, tout se joue pour le meilleur entre 1965 et 1967. Ils furent heureusement assez vite récupérés par l’histoire qui les encensa une dizaine d’année plus tard, en laissant quelques regrets. Il est de bon ton aujourd’hui d’acclamer tout ce qui a pu enregistrer le moindre disque dans les années 60, le plus souvent d’obscures créations qui méritent de le rester. Et puis il y a les autres, ceux qui proposèrent du matériel créatif, mais qui eurent de la peine à s’imposer au premier plan. Les Sorrows c’est un peu cela, à peine un peu plus.
Ils viennent de Coventry et cherchent à Londres de quoi faire fortune. Ils réussissent à se faire signer pour le compte des disques Piccadilly, une sous-marque de Pye. Leur musique est plutôt remuante, ils sont habillés de noir sur les photos et se donnent un petit air de méchants. Ils enregistrent deux disques qui passent complètement inaperçus. Pour le troisième, les choses bougent. Ils ont la chance de rencontrer un compositeur producteur de talent, Miki Dallon. Ils enregistrent une de ses compositions « Take A Heart »  aussi enregistrée par Boys Blues.  C’est assurément le truc qu’il faut pour briser la glace. Le titre est très original, l’intro avec la batterie et la guitare basse qui suggèrent un battement de coeur. Le tempo est plutôt calme, rompu au milieu du disque par un solo de guitare explosif. Bien que pas très commercial, le disque réussit quand même à se hisser au milieu des charts, leur offrant une mise en lumière bienvenue. Cela encourage la maison de disques à publier leur unique et très rare album. En France, l’accueil est plutôt bon, les titres sont édités sous la forme habituelle en 4 titres, reprenant les deux titres du 45 tours anglais précédent pour compléter. Un peu plus tard sortira aussi l’album, identique avec un lettrage plus visible. Ils sont bien épaulés par le magazine Disco Revue qui publie quelques éloges sur le groupe suite à leur passage à Paris au fameux club, La Locomotive. Le phénomène ne gagnera jamais les grandes foules, mais sera bien suivi par les plus branchés qui achèteront leurs disques et qui nous permettent aujourd’hui de s’en procurer une copie avec parfois bien de la peine. Avec le temps et la réputation acquise plus tard, cela en fait un groupe où toutes les pièces originales ont valeur de pièce de collection avec un prix en rapport.
Cette publication, magnifiée par « Take A Heart », rappelle que 1965 fut un grand cru dans l’histoire de la musique, une année de transition entre un certain passé et un avenir prometteur. Les Sorrows avaient un potentiel certain d’excellents musiciens, potentiel certainement mal exploité par manque de réussite commerciale. Pour s’en persuader, il suffit d’écouter le disque suivant « You Got What I Want« , qui ne sortira jamais en France bien qu’il existe un second 4 titres postérieur, encore plus difficile à dénicher.
Leur fameux titre fut aussi enregistré en allemand et en italien. La version italienne connut un bon succès en Italie et leur permit de démarrer une seconde carrière assez fructueuse, mais moins intéressante. Elle se poursuivit jusque à la fin des années 60. En 1966, Don Fardon, le chanteur, quitte le groupe et entame un carrière qui sera ponctuée par un hit international en 1969, « Indian Reservation« . En 2012, une réincarnation du groupe est remontée sur scène.

Teenage Letter

Baby

We Should Get Along Fine

Pour la tv allemande en live