Nos disques mythiques (8)

Je n’ai pas beaucoup de disques que je peux considérer comme mythiques dans la production française toutes périodes confondues. Il y a des trucs que j’aime bien et d’autres moins. Tout au plus, ce qui pourrait approcher cette définition s’étend plutôt sur l’ensemble d’une carrière. Les puristes admettront que les carrières de Ronnie Bird et Noël Deschamps sont intéressantes à plus d’un point. Le plus difficile pour les vedettes françaises, hors chanson traditionnelle, fut de trouver un style propre et un répertoire plus ou moins de création originale. Les meilleurs purent s’entourer de la crème des compositeurs et arrangeurs nationaux. Le Suisse Larry Greco fut dans une moindre mesure, l’un de ceux que l’on peut  classer dans la catégorie supérieure. Un chanteur exceptionnel dominé par le punch et une musique souvent remuante qui devinrent assez vite son image de marque. Il ne réussit pas mal, il crée un véritable tube en 1962 « Mary-Lisa » suivi de trois autres disques chez Decca dont une mémorable reprise de « Bossa Nova Baby » via Elvis Presley. Il a assez peu repris des chansons, étant tout à fait capable de composer des originaux qui tiennent la route. C’est justement comme compositeur qu’il intègre le clan Hallyday-Vartan et lui refile notamment « Un Ami Ca N’a Pas De Prix ».
En 1965, il signe chez Pathé-Marconi dans le but de réenregistrer. Il y retrouvera son compatriote Ken Lean, immortel producteur du fameux  « Stalactite » pour les Aiglons et sûrement une sorte de Phil Spector en beaucoup plus modeste. Faisant partie du fameux clan, il n’a pas trop de mal à s’adjoindre les services de Eddie Vartan, frère de l’autre et réputé chef  d’orchestre. Ils mettent en boîte un titre extraordinaire composé par Larry, « Jette-Là ». C’est pour moi l’un des quelques rares disques que les Anglais ou les Américains peuvent nous envier. C’est un de ces trucs qui possède un son, les perfectionnistes savent ce que j’entends par là. Il est facile d’enregistrer un disque, mais beaucoup plus difficile de lui donner un son qui le distingue du reste ou qui sonne comme quelque chose de nouveau. Larry n’est pas un personnage à première vue qui ressemble à un minet. Il est ceinture noire de judo et c’est très certainement un rocker dans l’âme. Son vocal à l’arraché et hurlant dans ce titre témoigne de cette fougue. Les notes de la pochette parlent d’un enregistrement en « coup de poing », belle illustration de la chose. Le titre eut quelques succès à l’époque de sa sortie, il se classa dans le hit parade de SLC et fut aussi programmé dans l’émission. Il est vrai que les fans de yéyé plus sirupeux n’y trouvèrent que peu d’intérêt, tant la rage qui se dégage de l’ensemble est à l’opposé d’un titre de variété pure. Le disque contient aussi une reprise de « Ciao Ragazzi » (Je M’en Vais Demain) de Adriano Celentano, plus remuante que l’original et là encore avec ce vocal ravageur. Deux autres titres originaux du chanteur, de bonne facture et plus calmes complètent le disque, « Tu L’as Voulue », C’est Fini, Bien Fini ».

Larry Greco est toujours de ce monde, il chante encore occasionnellement. Il a continué d’enregistrer épisodiquement, mais a surtout travaillé dans l’ombre, avec David Bowie d’après ses aveux.

Après bientôt 50 ans, mon opinion n’a pas changée, c’est toujours un must. Il fit partie de mes premiers disques  et il sera encore là à mes dernières écoutes. Et si dans mon home quand j’aurai atteint l’âge respectable de cent ans, ils m’interdisent de l’écouter parce que ça fait trop de bruit, je les enverrai au diable. Il y a un rien de satanique dans ce disque

Nos disques mythiques (7)

Dans la production phonographique française, 1966 est une année comme une autre. Les disques se suivent et ne ressemblent pas. Alors que Johnny vend des tonnes de « Noir C’est Noir »et que Antoine élucubre sur sa destinée de futur marin, on se régale comme on peut. Les disques Vogue, sûrement un des meilleurs labels dans la publication sous licence à l’époque, publie un truc enregistré précédemment sur le label californien GNP Crescendo, « Pushin Too Hard » par les Seeds. C’est la seconde tentative de Vogue de publier un disque du groupe. La première tentative remonte à l’année précédente, mais est passée complètement inaperçue. Cette fois-ci la publication a un atout supplémentaire, elle est classée dans le hit parade américain dans la tranche des trentièmes places. Au plan local, on peut considérer cela comme un succès moyen. Les Seeds menés par la charismatique Sky Saxon officient dans le style psycho garage. Le groupe n’a pas encore gagné son galon de légende, mais cela viendra. En attendant, « Pushing Too Hard » fait quelques adeptes chez les teenagers avides de nouveautés pas trop conventionnelles, celles qui ont un son nouveau, un punch évident. En France, il ne se passe rien, le disque récolte presque un aussi inaperçu que le précédent, un peu moins quand même. Quelques initiés l’achètent et le mettent sur l’électrophone. Ce sont des curieux, car le disque n’est programmé sur aucune radio, ni chroniqué dans aucun journal. Qu’importe,  le titre va devenir une référence absolue chez  les amateurs du genre. Votre serviteur en a une copie dans sa collection, elle fait partie des ces reliques que l’on ressort avec précaution comme pour en humer les relents et voir si par hasard elle n’a pas pris une odeur de sainteté.

La publication française est sous la forme de l’époque, un 45 tous  4 titres, un EP ou extented play. Sauf qu’ici, il n’y a que trois titres, « Try To Understand », ruisselant de garage punk et surtout « Evil Hoodoo ». Titre débridé à l’assaisonnement  psychédélique et guitare fuzz, il occupe entièrement la face B et pour cause.  Alors que l’habitude de la durée d’un titre à l’époque est de 2 ou 3 minutes, lui il étale sa maestria sur plus de 5 minutes. Il existe aussi une version française de « Pushin Too Hard » enregistrée par un certain Nicolas Nils, chez Vogue comme par hasard, « Il Faut Trimer Dur ». Sans être fabuleuse et avoir la saveur et le punch de l’original, sa version est plaisante.
Sky « Sunlight » Saxon nous a quittés en 2009, il a rejoint d’autres légendes.