Ils la connaissent mieux que moi (4)

Dans le cas des Beatles, certaines de leurs chansons bien qu’il s’agisse de reprises, ont passé à la postérité grâce à leur version. Pour pas mal de gens, c’est les Beatles et rien d’autre. Leurs premiers disques et albums alignent pourtant quelques unes de ces chansons qu’ils puisèrent ailleurs. En voici quelques unes, en zappant volontairement les originaux trop connus.

Une des chansons phares de leurs premier album, bien qu’il n’était pas prévu d’en faire un hit, devint quand même très populaire, tant et si bien qu’elle fut longtemps chantée lors des concerts. Il s’agit bien sûr de « Twist And Shout », dont ils se basèrent sur la version des Isley Brothers. Mais la version originale est le fait d’un autre groupe, les Top Notes. La chanson est composée par Phil Medley, plus tard un des Righteous Brothers, et Bert Berns, plus tard compositeur et fondateur du label Bang, ici sous le pseudo de Russell. Assez marrant, ce disque a été produit par le fameux  Phil Spector, sans grand succès.

Les Shirelles semblent avoir suscité de l’admiration de la part  des Beatles, car deux de leurs chansons figurent sur leur albums, « Boys », « Baby It’s You ». On peut jouer le jeu de savoir qu’elle est la meilleure interprétation, mais vocalement les Shirelles font ça merveilleusement bien.

Arthur Alexander a aussi suscité pas mal d’admiration de la part des artistes anglais de l’époque. On retrouve ses chansons chez pas mal de monde, Rolling Stones y compris. Les Beatles, eux, avaient choisi « Anna ».

Les Cookies, autre groupe vocal noir, a aussi le plaisir de voir un de leurs titres repris sur le premier album, ce qui n’est pas rien. 

Alors la suivante, je ne sais pas où ils ont été la chercher, mais le fait est qu’il l’ont trouvée. Aussi une superbe interprétation de ce groupe féminin noir de Chicago, les Donays.

Encore plus étrange, ils ont été repêcher le titre d’une comédie musicale « The Music Man », qui tient de l’opérette, mais leur version est bien différente.

En 1959, Little Richard enregistre un medley de deux chansons « Kansas City (titre différent de celui rendu célèbre par Wilbert Harrison)/Hey Hey Hey », un enregistrement relativement obscur à comparer au reste. C’est le titre idéal pour faire chauffer une salle en ayant pas trop l’air de cloner les autres. Les Beatles  l’emploient pour combler le manque d’originaux pour l’album « For Sale ». Il faut dire que la machine s’emballe et ils n’ont plus le temps d’aller cueillir des fleurs.

Le répertoire de Buddy Holly est un presque un puits sans fond pour aller y puiser une chanson ou l’autre. Comparé aux autres rockers de légende, son style est une merveille d’inventivité. Il est une inspiration majeure pour les groupes anglais. Je crois que l’on peut dire que peu de gens savent que c’est lui qu a créé « Words Of Love ».

Assez peu connu « Mr Moonlight » fut créé en 1962 par les bluesman Piano Red et enregistré sous le nom de Dr Feelgood. Cette chanson fut aussi au répertoire des Merseybeats deux ans plus tôt.

Les Beatles ont revisité trois fois le répertoire de Larry Williams, mais celle-ci, « Bad Boy », fut un peu plus difficile à écouter, car elle ne figurera dans la discographie anglaise qu’en 1966 sur la compilation « Oldies But Goldies » qui rassemble un peu ce qui n’avait pas encore fait l’objet d’une publication sur 33 tours pour les Anglais.

Voilà, j’ai à peu près fait le tour de ce que les Beatles puisèrent ailleurs, presque exclusivement dans le répertoire noir, et inclurent dans leur discographie officielle. Après l’album « For Sale », leurs enregistrements ne comporteront que des originaux, à l’exception d’un court extrait folk figurant sur « Let It Be ».

Plus frustrant sera les reprises,que les Beatles enregistrèrent pour la télévision, notamment la BBC, et elles furent nombreuses. Le fan qui aurait pu aimer l’une ou l’autre n’avait aucune possibilité de les écouter sur disque. Il fallut quelques dizaines d’années avant ce cela soit possible, ce qui favorisa leur publication sur des disques pirates. Cela pourra faire l’objet d’un futur article.

Du sexy sur les pochettes de disques des 50’s au 70’s

Ma longue carrière de collectionneur et chasseur de vinyle m’a permis de visualiser et d’admirer des dizaines de milliers de pochettes de disques. Je les ai toujours considérées comme des ouvres d’art à part entière. Leur magnificence s’étale particulièrement bien sur les pochettes d’albums, un carré d’un peu plus d’une grosse trentaine de centimètres de côté. L’idée d’en faire un étalage artistique remonte surtout aux années 60, spécialement à partir  de 65-67 quand le lancement d’un artiste se faisait sur la réputation de quelques titres s’étalant sur les deux faces d’un 33 tours, dont on extrayait éventuellement un 45 tours. Avant c’était le contraire, l’album était plutôt une compilation des précédents avec éventuellement un ou deux titres inédits. Dans les années 50, on faisait assez peu de cas de la présentation d’une pochette de disques. C’est très visible en France ou le EP 4 titres domine largement. La mise en scène est souvent répétitive ainsi que les photos souvent pâles ou grossièrement découpées, une laideur sans nom. C’est un peu plus sympathique dans les pays anglo-saxons, un marché nettement plus vaste, où l’on prend un peu plus soin de la présentation et surtout où les albums sont plus nombreux.

Après l’apparition du rock and roll et la suite qui en découle, on est conscient que le teenager recherche un contact visuel avec ses idoles. La discographie des albums de Presley en est une belle illustration, la pose est souvent tout à l’avantage du modèle. L’idée d’en faire quelque chose de sexy, si cela existe, est tout à fait involontaire. Par la suite la vapeur fut inversée et on cultivera quelquefois l’idée du sexy, parfois sans rapport aucun avec le contenu, même s’il apparaît de façon très suggérée et s’il flirte parfois avec la perversité.

Sans aller vers l’encyclopédie, voici quelques illustrations sur le sujet tirées de ces fameuses pochettes éditées il y a bien longtemps pour certaines.

 

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Dans les années 50, la très populaire péruvienne Yma Sumac étale ses charmes sans trop les montrer. C’est typique du sexy involontaire, mais on la travaille sur chaque nouvelle publication.

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Ici c’est un peu moins involontaire, mais évidemment quand on tient un sex symol qui chante, on le met plutôt en évidence sur la pochette. La première est juste ce qui sert d’illustration pour la bande sonore d’un film dans lequel BB joue, mais la seconde est destinée à taper dans l’oeil avec cette pose plutôt légère, attitude et vêtements. Ici la réédition à l’identique bien des années plus tard.

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L’album de 1968, on va un peu plus loin dans la suggestion, quatre ans et des poussières après la précédente.

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Peut-être la plus culottée (enfin plutôt déculottée) de cette fin des sixties. Des femmes à poil pour habiller le talent du plus révolutionnaire guitariste de ces années-là.

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L’intérieur de la pochette dépliante du premier album en 1969 où l’on voit les membres à poil. Elle fut censurée dans son édition française. Je ne sais pas ce peuvent penser les adolescentes d’aujourd’hui, mais qu’elles ne rient pas, ils pouvaient incarnaient l’idée du mec dont leur grand-mères rêvaient. L’album n’avait pas besoin de cette publicité, car musicalement il est fantastique. 

La machine est lancée, sans plus entrer dans le détail voici quelques pochettes, toutes années 70, chacun y trouvera son compte

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