C’est encore une chanson de Bob Dylan qui deviendra un standard via les reprises faites par d’autres interprètes. Les Byrds, Manfred Mann plusieurs fois, cartonnèrent dans ce genre d’exercice. Celle-ci est enregistrée en fin 67 et parue sur l’album « John Wesley Harding » de 1968. Elle suscita l’intérêt de Jimi Hendrix en fit une version très personnelle pour « Electric Ladyland » et qui devient un de ses grands succès. La même année, les Nashville Teens en font aussi une reprise à leur manière. Elle illustre de manière parfaite que l’inspiration peut prendre des chemins complètement différents. Je l’ai incluse à titre de comparaison.
Version originale, Bob Dylan (1967)
La version de Jimi Hendrix, 1968
La reprise complètement différente des Nashville Teens, 1968
Dans le fatras de la production phonographique, il y a des millions de chansons dont seule une petite partie émerge des profondeurs. C’est un peu la même chose que l’iceberg dont vous voyez le sommet hors de l’eau. Même chez les artistes très connus, il y a les succès et la part qui reste plus ou moins dans l’ombre. D’autres artistes n’ont jamais accédé à la notoriété, mais parfois on trouve dans leur démarche, de très intéressantes petites pépites. Ils se peut aussi qu’elles furent des succès dans une autre partie du monde, mais restent plutôt inconnues chez nous. Elles ne demandent qu’à briller de tous leurs feux. C’est un peu le principe de cette rubrique, exhumer ces chansons qui méritent une peu plus que de rester au fond de la cave. Sans distinction de style, artistes connus ou inconnus, ils n’ont pas échappé, un jour ou l’autre, à ma curiosité. Assez pour que je m’en rappelle encore aujourd’hui.
Un choix parmi d’autres…
The Searchers – Western Union (1967)
The Fire Escape – Love Special Delivery (1967)
Tiny Tim & The Enchanted Forest – Earth Angel (1970)
The Turtles – Wanderin’ Kind (1965)
Steel Mill – Treadmill (1972)
Ca cartonne !
La musique c’est aussi ça…
Trois chansons où il est question de fumée..
The Shamrocks – Smokerings
Johnny Hallyday – Fumée
Jumping Jewels – Smoke Signals
Kessler Sisters Alice et Ellen(1936 – 2025)
Originaires de l’Allemagne de l’Est, ces soeurs jumelles connurent un long succès international dans un style proche de la variété. Elles enregistrent en allemand, français, italien, anglais. Alice fut la femme de Marcel Amont de 1961 à 1968. Elles ont choisi de mourir ensemble par mort assistée.
Oui, Oui, Oui, Oui (1959)
This Girl’s In Love With You, The Ed Sullivan Show (1970)
Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.
Découverte d’Hawaï suite
Pour beaucoup de monde, Hawaï est une île. En réalité c’est un archipel de plus de 130 îles de tailles diverses, dont huit en sont les principales. Autre particularité partagée avec l’Alaska, ils n’ont pas de frontière commune avec les USA. Bien sûr on peut se contenter de rester sur l’île principale, mais notre voyageuse va aller explorer l’île de Kauaï, tout en nous renseignant sur les légendes de l’archipel et les moeurs des habitants. Elle s’avère plutôt curieuse et érudite.
Les communications entre les différentes îles sont mauvaises et très irrégulières. Le navire qui fait le trajet entre l’île de Hawaï étant en réparation et une avarie venant de se produire à celui qui le remplaçait, je renonçai forcément à visiter le célèbre volcan du Kilauea. Hawaï, la plus grande des huit îles habitées de l’archipel, possède, outre le Kilauea, deux sommités imposantes, le Mauna Loa ou Grande Montagne (4170 mètres) et le Mauna Kea ou Montagne Blanche, volcan éteint, plus élevé encore et, comme son nom l’indique, couvert de neige toute l’année. Le Kilauea, en repos depuis quelque temps déjà, est un des volcans les plus beaux et les plus formidables de la terre. Lorsqu’il est en activité, son cratère, un immense lac de feu, déverse sur les flancs gris de la montagne des torrents de matières incandescentes. La lave en fusion, qui s’élève en jets de vingt mètres de hauteur, forme des fontaines ardentes d’une magnificence incomparable. Heureux celui qui peut jouir de ce spectacle unique, aussi grandiose que rare, car le volcan sommeille pendant des années. Ce phénomène a donné naissance dans les îles à des mythes d’une poésie sauvage et puissante. Le lac de feu, le Halemaumau était l’entrée de l’enfer et la demeure de la redoutable déesse Pélé. Personne ne s’y hasardait sans apporter en offrande à celle-ci les baies sacrées du ohelo. En temps d’éruption, on cherchait à apaiser sa colère en immolant des animaux et d’autres victimes dans le fleuve de lave. On y jetait aussi des cadavres dans l’espoir que la terrible déesse, admettant les morts au nombre de ses serviteurs, serait favorablement disposée envers leur famille. On raconte que le cadavre du grand conquérant Kamehameha Ier fut lancé en 1819 dans le cratère du Kilauea par ses fidèles, qui ne voulurent pas que le moindre fragment des os du puissant souverain tombât entre les mains de ses ennemis. Une antique croyance des Hawaïens veut en effet que l’âme ne trouve pas de repos aussi longtemps que l’ennemi a en sa possession une partie du corps qu’elle habita. Une ancienne légende hawaïenne montre combien la colère et la vengeance de Pélé sont terribles. Au XIVe siècle vivait dans le district de Puna, sité au sud-est de l’île, le courageux Kahavari, guerrier renommé par sa bravoure. Il habitait avec sa femme et ses deux enfants une hutte d’herbes située non loin de la côte. Ses champs lui rapportaient d’abondantes récoltes. Aimé de ses sujets auxquels il donnait des fêtes brillantes, sa popularité dépassait celle de tous les autres chefs. Les solennités en l’honneur du dieu Lono venaient de commencer par une journée radieuse comme on n’en voit que sur ces îles fortunées. Les vents alizés agitaient les feuilles bruissantes des palmiers et éparpillaient l’écume des vagues qui viennent se briser sur les récifs de coraux. Un holua, combat singulier, devait avoir lieu entre le prince et son meilleur ami, Ahua. Réunis en grand nombre au pied de la colline, les indigènes, en attendant le spectacle, s’amusaient à leur manière naïve. Des musiciens jouaient de la guitare, soufflaient par le nez dans des flûtes ou battaient le tambour pour faire danser les autres. Les plus paresseux, étendus sous les palmiers, mangeaient des bananes et des noix de coco, ou suçaient des morceaux de canne à sucre. Peuple heureux, à moitié nu, que les blancs ont contraint à adopter un habillement qui le gêne, et auquel ils ont enlevé l’illusion que la vie est belle et faite pour en jouir sans souci du lendemain.
Salués par les acclamations de la foule, Kahavari et son ami Ahua apparurent au pied de la montagne. Le holua consiste à descendre la montagne sur une sorte de véhicule primitif; le vainqueur est celui qui arrive le premier dans la vallée. Kahavari et Ahua étaient aussi habiles l’un que l’autre à cette course, aussi le peuple s’attendait-il à une lutte des plus captivantes. Les deux adversaires, parvenus au haut de la colline, allaient partir lorsqu’une femme hideuse se présenta devant eux et somma Kahavari de concourir avec elle. Le prince, étonné, regarda avec dédain cette apparition misérable et chétive et dit: «Moi, je me mesurerais avec une femme? — Pourquoi pas, si cette femme est plus forte que toi et si elle ne manque pas de courage. — Tu es téméraire, femme, reprit dédaigneusement le prince. Connais-tu le holua? — Suffisamment pour atteindre le pied de la colline avant le prince de Punn. — S’il en est ainsi, prends un des traîneaux et essaie, dit Kahavari. Ahua donna son traîneau; un moment après, Kahavari et derrière lui son étrange adversaire descendaient la colline avec la rapidité de l’éclair. Le prince arriva le premier, accueilli par les cris de triomphe de la foule. Par des gestes, la femme fit comprendre qu’elle désirait reprendre le combat. Silencieux, ils remontèrent la côte et se préparèrent à une seconde course. — Attends, dit tout à coup la femme, dont les yeux brillèrent d’une lueur diabolique, ton traîneau doit être meilleur que le mien. Si tu es honnête, tu le changeras contre le mien. — Pourquoi changerais-je avec toi? repartit le prince mécontent. Tu n’es ni ma femme ni ma sœur. Je ne te connais pas. Recommençons donc! Kahavari s’élança sur la piste, persuadé que la femme le suivait. Il ne remarqua pas qu’elle venait de frapper la terre du pied et qu’un large fleuve de lave coulait du côté de la plaine. Arrivé au bas de la colline Kahavari se retourna; il vit, avec épouvante, un torrent de feu se précipiter de son côté; debout sur la première vague destructrice, la terrible déesse Pélé lançait la foudre et les éclairs. Kahavari saisit son épée et s’enfuit avec Ahua du côté de la mer, sa seule chance de salut. Affolé, il passa devant sa hutte, jeta un dernier adieu à sa famille et, au moment où le fleuve ardent allait l’atteindre, se jeta dans un canot de pêcheur et gagna le large. Furieuse de voir sa proie lui échapper, Pélé épancha ses torrents de lave très loin dans l’océan. Mais le vent d’ouest s’étant levé, l’embarcation se trouva bientôt hors des atteintes de la déesse. Après une longue odyssée, Kahavari aborda sur l’île d’Oahu où il vécut le reste de ses jours. L’éruption avait anéanti le district de Puna et détruit tous ses habitants. Le prince ne se hasarda jamais à retourner dans son pays, de peur que la vindicative Pélé ne lançât encore une fois sur lui sa lave destructrice. La croyance en la divinité païenne a subsisté jusqu’à présent parmi les Kanakes christianisés. On en voit encore grimper jusqu’au cratère du Halemaumau et jeter dans le gouffre fumant des baies sacrées d’ohelo ou des morceaux de papier sur lesquels sont inscrits les noms des parents morts.