Vers une autre chanson française -2-

Suite de la première partie avec trois dames pas très conventionnelles

Colette Magny

On ne peut ignorer la présence de Colette Magny (1926-1997) dans la chanson française. Voix grave sur des textes engagés, elle ne dédaigne pas chanter en anglais ou en espagnol ou reprendre des airs de jazz et de blues. Malgré une chanson à succès en 1963 « Melocoton », elle sera le plus souvent la chanteuse de quelques fidèles qui la suivent avec le plus grand plaisir tout au long de sa carrière. L’ensemble de sa discographie est à redécouvrir sans hésitation, autant musicalement que pour la force des messages qu’elle fait passer.

Catherine Ribeiro

Elle est à quelque part la fille spirituelle de la précédente. A l’époque où la première chante son « Melocoton », la seconde commence une carrière courte au cinéma sous la direction de Godard, « Les Carabiniers ». Deux ans plus tard, chez Barclay, elle connaît un premier succès en tant que chanteuse avec « La Voix Du Vent ». Il sera suivi de quelques disques moins visibles très recherchés par les collectionneurs. Les choses pourraient en rester là, si son partenaire du film de Godard, Patrice Moullet, n’était aussi un musicien original, inventeur d’instruments aussi nouveaux qu’originaux. A la fin des années 60, de leur complicité nait le groupe Alpes. Ribeiro en devient la chanteuse et parolière des musiques de Moullet. Elle se distingue très vite par son chant écorché et ses textes très souvent anarchistes, soulignés par des musiques que ne renie pas la musique progressive allemande qui connaît ses premières transes avec des groupes comme Amon Dull II. Cas presque unique dans la chanson française en dehors de quelques auto-productions, les paroles sont autant d’occasions d’expérimenter une musique pas toujours facile d’accès, mais d’une originalité certaine. Même si les médias boycottent, les albums du groupe connaissent un succès certain auprès de fans qui ont sans doute une envie de chansons moins traditionnelles. Mais Ribeiro est aussi une grande admiratrice de cette chanson des grands auteurs et interprètes. Elle se démarque peu à peu de la musique de Alpes qui a cessé d’exister en tant que groupe. La suite de sa carrière est surtout consacrée à remettre en mémoire les chansons qu’elle adore. Cela commence avec l’album « Le Blues De Piaf » en 1977. Elle y interprète avec sa fougue habituelle une sélection des titres de Piaf qui se prêtent à des arrangement plus modernes. Elle est toujours active aujourd’hui, le temps ne semble pas avoir éméché, ni sa foi, ni sa vivacité, malgré son lot de drames personnels. Elle interprète aussi bien son répertoire de Alpes que SA chanson française. Je lui voue une passion qui fêtera bientôt ses 50 ans. Autant d’années de bonheur musical.

Un des temps forts de la période Alpes

Peut-être la plus belle chanson de Léo Ferré « La Mémoire Et la Mer »

Mama Béa Tekielski

Une autre chanteuse qui fait de la chanson, mais de manière pas très conventionnelle. Je l’ai découverte vers 1977, visuellement magnifiée par une photo de pochette sur laquelle elle semble tenir un énorme pétard dans la main. Dans ses mains elle sait aussi tenir une guitare, une Fender, elle n’en joue pas toujours comme toute une chacune. Dans l’album en question « La Folle », il y a quelques délires musicaux pour le moins plaisants. Sa voix chevrotante convient à merveille à son répertoire blues-rock qui s’envole parfois vers des sons très personnels. Elle se réclame pourtant d’inspirations  bien plus traditionnelles, Brel, Ferré. En 1978, c’est ce que l’on peut considérer comme sa grande année, celle qui expose son nom aux médias avec son album « Ballade Pour Un Bébé Robot » dont est extrait un titre qui marche assez fort « Faire Eclater Cette Ville », plutôt conventionnel dans son répertoire, mais assez efficace commercialement. Les médias se désintéressent malheureusement vite d’elle, elle reste confinée dans les circuits branchés. Elle revient pour un temps en première ligne quand on lui confie la voix de Piaf pour le film de Lelouch, « Edith Et Marcel », en 1993. Sa carrière est parsemée d’une vingtaine d’albums dont un en hommage à Ferré. Son vaste répertoire de touche à tout musical devrait lui valoir enfin une reconnaissance méritée. Malheureusement la chanson française a des côtés conservateurs qui confinent parfois à l’usure. Je vois tout à fait Mama Béa dans une mouvance de renouveau qui s’exprime par la diversité de ses ambiances. Qu’a-t-elle de moins qu’un Brassens, qu’une Barbara? Rien justement!!!

Un extrait de « La Folle »

En live le titre qui a fait éclater une certaine ville.

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