Une larme de blues, Johnny Winter

Pour les gens de ma génération, beaucoup de nos héros tenaient une guitare, c’est tellement mieux qu’un fusil. Je me souviens que l’on jouait à celui qui découvrirait le nouveau et ultime branleur de guitare. On prenait volontiers comme point de comparaison ceux qui étaient déjà des stars, Eric Clapton, Alvin Lee, pour ne citer que ces deux. A la fin des années 60, un personnage au physique particulier vint se glisser dans nos admirations, un albinos du nom de Johnny Winter. Pour tout arranger, il était natif d’un état coutumier dans l’apport de musiciens grands crus, le Texas. Il se hissa rapidement parmi les meilleurs et le resta…

Son blues souvent hargneux, sa voix railleuse, sont  les méandres les plus perceptibles de son style. On écoute Winter comme l’on va à la messe, il est une religion dans le blues, lui est un cardinal, sinon un pape. Sa croix est une guitare qui lance des flammes vers le ciel, là ou se cache le dieu du blues. A part une fidélité discographique qui m’a fait acheter la plupart de ses albums, j’ai quand même eu l’occasion de le voir une fois en concert, il y plus de 30 ans, j’en garde un souvenir reconnaissant.

Une chambre d’hôtel, c’est con une chambre d’hôtel, c’est pourtant là qu’il a définitivement abandonné sa guitare. Elle sera peut-être à vendre, son âme il l’a déjà vendue au démon du blues depuis longtemps. Il est peut-être déjà la-haut en train de donner son premier concert. Les héros ne meurent pas, il cessent de paraître.

Dans la constellation de la guitare j’y ai compté une étoile de plus, et bon sang qu’elle est brillante!

 

 

Nos disques mythiques (13)

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Si vous écoutez un titre ou l’autre de ce disque, vous allez certainement penser que vous connaissez cette voix, surtout si vous avez au moins 50 ans. Votre oreille est bonne, cette voix vous allez la retrouver 4 ans plus tard dans l’un des plus fameux titres au succès immortel des années 60, des millions de vues sur YouTube, des milliers de commentaires. Cette voix, c’est celle du monsieur tout à gauche sur la photo. Mais nous n’en sommes pas encore là.  Un groupe originaire du sud de l’Angleterre, tente sa chance et décroche un contart chez Parlophone, la même maison que les Beatles. Pour l’instant, rien de révolutionnaire, ils sont dans la veine r’n’b comme tant de groupes à l’époque. A cette époque, il arrive souvent qu’un nouveau groupe apparu sur le marché suscite la moindre des curiosités. Leur premier disque, deux reprises « Poison Ivy » (Coasters), « I Feel Good All Over » (Drifters), publié en 1963, se classe dans le fond des charts anglais. Le second, deux autres reprises, « Little Bitty Pretty One » (Thurston Harris – excellent), « A Certain Girl » (Ernie K Doe) ne réussit pas à se classer. Parlophone décide de regrouper ces deux 45 tours sous la forme d’un 45 EP, le mini album de l’époque. A l’évidence, un spécialiste de l’époque constatera que les versions enregistrées par les Paramounts sont assez banales, mais néanmoins plaisantes. Le « Poison Ivy » sera mis au répertoire des Rolling Stones l’année de manière plus innovatrice et « A Certain Girl », à peu près en même temps par les Yardbirds sur leur premier single. En bonus, un superbe solo de Clapton, le premier publié sur disque, pour un résultat supérieur. Pour les disques suivants, le groupe tente de percer sans jamais y parvenir, alignant reprises et quelques originaux. Odéon côté français y croit, ils lancent aussi un EP avec 4 titres différents en 1965, compilation de titres postérieurs, magnifié par une superbe pochette avec photo en couleur, qui restera aussi dans l’ombre. 

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Le groupe a pourtant un potentiel certain, mais plutôt mal exploité, il explosera par la suite. Cette suite justement, il faut en parler, c’est historique. Au début de 1967, le groupe à peine remanié décide de révolutionner la conception de sa musique et enregistre un titre qui va devenir fameux, immense, « A Whiter Shade Of Pale » sous le nom de Procol Harum. Eh oui, il s’agit des Paramounts, modestes vendeurs de disques qui vont vendre des millions de copies de leur fameux titre et devenir un groupe de référence pendant dix ans, d’une énorme créativité, abordant plusieurs style avec bonheur et aussi engendrer un guitar hero, Robin Trower.

Pour le collectionneur passionné, les deux premiers (et très rares) disques sont le must pour ceux qui se lancent à la recherche des racines de Procol Harum. J’ai un peu fait le contraire, j’ai suivi presque la chronologie, c’est à dire que j’ai possédé le premier avant que l’on parle de Procol Harum et complété avec le second plus tard. Quand j’ai entendu la fameuse chanson, j’avais tiré un parallèle de la voix avec celle du chanteur des Paramounts, en fait le clavier Gary Brooker, chose que me fut confirmée par la suite. Oui, si Procol Parum remplissait les pages des magazines spécialisés, le nom des Paramounts n’était jamais spécifié. Et pourtant...

Et pour le fun