En passant

Exploration en terre musicale inconnue (27)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1965 – The Lewis Sisters / You Need Me. Les artistes blancs sont plutôt rares sur le label Tamla Motown ou ses dérivés. En voici un exemple avec ce duo de soeurs qui officia par la suite à la composition pour d’autres vedettes de l’écurie, leur deux tentatives s’étant soldées par des échecs. Un rarissime EP et très recherché fut publié en France. Musicalement c’est bien et cela peut faire penser à une production de Phil Spector, ce qui ne gâche rien.

 

1960 – Freddy / Près De Mon Coeur. C’est une grosse pointure de la variété allemande. Il essaya à plusieurs tentatives de percer le marché français. Cela ne fit pas trembler la république, mais en retour les fans allemands s’intéressent à ces publications.

1963 – Sophia Loren / Donne-Moi Ma Chance. Le sex-symbol du cinéma italien s’essaya plusieurs fois à la chanson, aussi en français. En France, on ne peut pas dire que ses disques furent accueillis avec enthousiasme, ils sont tous assez rares. En pleine période yéyyé, elle enregistre ce titre qui réussit mieux à Richard Anthony.

1973 – Ipi’ N’ Tombia / The Warroir. Dans les années 1970, la musique africaine commence à sortir du ghetto et à se mélanger à la pop. Sans doute encourage par la réussite de Burundi Steïphenson Black en 1971, Barclay publie sous licence ce nouvel opus avec ces artistes de l’Afrique  du Sud. Il connut une meilleure réussite sur le plan international que sur le plan local français.

1963 – Tammy Montgomery / If You See Bill. Elle sera connue plus tard sous le nom de Tammy Terrell et collaborera étroitement dans des duos avec Marvin Gaye. Bien que le titre qui nous intéresse ici a été enregistré en 1961, il ne sera publié que deux ans plus tard en France par Vogue qui avait acquis les droits pour le label Scepter populaire aux USA avec les Shirelles et les Chiffons. Lors de cet enregistrement, elle n’a que 15 ans, mais possède déjà une voix exceptionnelle. Elle mourut prématurément à l’âge de 24 ans d’une tumeur au cerveau. Une jolie pièce de collection.

1967 – The Mindbenders / We’ll Talk About It Tomorrow. Quand ils se séparèrent de Wayne Fontana, les Mindbenders connurent plus de succès que leur ancien complice. Deux EP’s furent publiés en France. Si le premier est très relativement courant, le second est nettement plus rare. Il contient ce qui devait être leur prochain tube et qui ne le fut pas tellement « We’ll Talk About It Tomorrow » et une curiosité, un titre des Zombies « I Want Her She Wants Me » qu’ils enregistrèrent en primeur avant qu’il paraisse par les créateurs. Je vous mets les deux pour le même prix.

1957 – Sonny James / Young Love. La musique country est très populaire aux USA, elle est à l’Amérique ce que le café est à l’Italie. De nombreux chanteurs suivirent les traces du plus populaire d’entre eux, Hank Williams. Sonny James devint une autres de ces pointures très prisées dans ce style. La France resta assez distante de de ces publications qui virent le jour dans les années 50, on préférait André Verchuren.

1968 – Liberace / Happy Barefoot Boy. Pianiste et chef d’orchestre immensément célèbre aux USA au style très kitch qui fit pâmer de bonheur toutes les vieilles rombières de Las Vegas. Assez bizarrement, les éditeurs français qui ont parfois mauvais goût l’ignorèrent complètement exception faite de cette publication de1968, sans doute un peu aidé car il s’agissait de la musique d’un film. Musicalement rien à dire, c’est du beau travail comme n’importe quel disque de Richard Clayderman, mais on peut préférer Led Zeppelin.

1966 – Niemen / EP- Jamais etc… (Czeslaw) Niemen est un chanteur polonais qui avait sans doute trouvé un moyen de s’évader de son pays sous l’emprise communiste, enregistrer un disque en France et en français, quatre titres dont il compose la musique. Ici il est dans la variété, mais se tournera plus tard vers la pop. Il est connu dans son pays, mais il ne percera jamais en France avec cet EP publié par AZ. A quoi pouvait ressembler ce disque ? Eh bien voici un clip avec ces quatre titres. C’est assez aguicheur et chanté sans trop d’accent, on a vu pire dans ce domaine. Il est décédé en 2004.

1975 – Delizia / Alors Le Bel Eté. Pour ceux qui ne le savent pas, c’est une des soeurs d’Adamo, née en 1952. Sous la houlette de son frère qui lui écrivit quelques titres, elle tenta avec plus ou moins de succès, plutôt moins, de percer dans la chanson. Une de mes anciennes copines m’a raconté qu’elle fréquentait la même école qu’elle à Mons et que son frère venait parfois la chercher à la sortie de l’école. Alors toutes ces demoiselles pouvaient admirer leur idole. Ce disque enregistré en 1975, composition du frangin, reste de la variété, mais c’est plutôt bien fait. Elle a une belle voix, je dirais même plus puissante que celle de son frère. Bizarre autant qu’étrange, c’est par hasard que je l’ai choisie pour mon article, et en faisant une petite recherche, je vois qu’elle vient de décéder. Alors R.I.P. Delizia.

1971 – Third World War / Ascension Day, Je me souviens que les spécialistes dans la presse française présentaient assez volontiers ce band anglais comme très prometteur, mais qui ne tint pas trop ses promesses. C’est de la pop tendance hard rock. Single publié sans doute pour promouvoir l’album, il ne doit pas s’être vendu à la tonne, et semble même assez recherché, de même que l’album.

1969 – Chantal Kelly / Fragola. La petite Chantal Kelly, je dis petite en faisant allusion à sa taille, après des débuts prometteurs le succès sembla ne plus vouloir trop d’elle. En quittant Philips pour les disques Mouloudji, elle enregistre deux singles teintés de folk en compagnie de Los Incas. Mais le succès ne revient pas. Malgré une tentative de retour en 1981, le temps d’un album, son nom reste pour toujours lié à son fameux premier tube « Caribou ». Le concernant, je peux dire que je n’ai pas beaucoup de disques de l’époque yéyé que je peux qualifier de « sacrés ». Celui-là en est un, je l’ai écouté des milliers de fois.

 

*****

5 réflexions sur “Exploration en terre musicale inconnue (27)

  1. Bonjour M. Boss,
    Encore de belles découvertes pour certaines !! Je ne savais pas qu’ Adamo avait eu une soeur chanteuse.
    C’est bien vrai la génération de mes parents adorait l’accordéon et mon père aurait rêver que j’apprenne à en jouer ……hélas ça n’a jamais été ma tasse de thé ! tant pis si je les ai déçu sur le plan musical car même après je préférai Led Zeppelin aux chanteurs dits à voix pour eux !
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Mais oui Adamo avit une frangine qui chantait. Ella avit eu un petit succès en 1966 avec une chanson qui s’appelait « Prends Le Chien » composé par son frangin. Puis plus rien jusqu’en 1974, son second disque.
      Ah notre bon vieil accordéon. Cet instrument n’a rien de méprisant, il y a de très jolies mélodies.Il passe très bien dans le « Vesoul » de Brel. Mais voilà le style associé était souvent ringard pour la jeunesse. Je me souviens d’un tube d’André Verchuren « Les Fiancés d’Auvergne » qui cartonna pendant des mois sur les radios vers 1960, même sur Youtube, il y a 2,6 millions de vues, c’est dire. Je ne sais pas si vous connaissez cette histoire, mais Verchuren est un ancien déporté qui fut emmené en Allemagne dans le tristement célèbre « Train de la mort » parti de Compiègne le 2 juillet 1944. A l’arrivée il y avait plus de 500 morts. On peut trouver le témoignage de Verchuren dans le livre de Christian Bernadac du même nom. John William, le célèbre chanteur de « La Chanson De Lara » fut lui aussi un déporté, métis de surcroît. Mais grâce à sa voix qui plaisait aux Allemands, il réussit à sauver sa peau.
      Bonne fin de semaine

  2. Hello M.Boss,
    Je ne savais pas pour André VERCHUREN et le train de la mort .
    La mère de mon amie a subie le même cas à LYON …et connue le sinistre Klaus BARBIE …..elle a pu être libérée …à la fin de la guerre ( paix à son âme elle est décédée l’an dernier, j’ai jamais pu vraiment la connaitre victime de la maladie d’Alzeimer les dernières années de sa vie .

    • Hello Cooldan,
      L’histoire est assez peu connue, jamais vraiment mentionnée dans sa biographie, c’est en lisant le livre à Bernadac que je l’ai découverte. Il fut un authentique résistant, contrairement à d’autres opportunistes, c’est pour cela qu’il a été déporté.
      Le sinistre Klaus Barbie mérite bien une place dans les poubelles de l’histoire, c’est tout ce que je retiens du personnage. Quant à la mère de votre amie, paix à son âme, là ou elle est elle devrait l’avoir trouvée.
      Bonne fin de semaine

      • Hello M. Boss,
        Je ne pense pas que la mère de mon amie à pu le retrouver là où elle est , car j’espère bien qu’il est allé directement en enfer ! et qu’i y rôti !
        La mère de mon amie a sûrement été dénoncée aussi car elle a participé à la pose d’une bombe à la Kommandantur qui était située dans un hôtel à Lyon, hélas la bombe a explosée trop tard ….
        Bonne fin de semaine
        cooldan

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