La télévision suisse a toujours été un média plutôt pauvre dans un pays plutôt riche. Ce n’est pas entièrement un fait du hasard, pour une population d’un peu plus du dixième de la France, elle devait en plus partager la poire entre les trois langues nationales aux sensibilités différentes. Fondée en 1954, pendant de nombreuses années elle a fonctionné sans publicité avec un jour sans programmes, le mardi. Comparativement à sa concurrente française, elle a sans doute eu un aspect plus culturel, reportages, nombreux débats politiques en relation avec les multiples votations qui font appel à l’opinion des citoyens, émissions sur tous les aspects de la société dans le monde. Dans ce genre, l’émission Temps Présent, existe depuis plus de 50 ans. Les chroniques historiques de Henri Guillemin, un précurseur d’Alain Decaux, font encore référence aujourd’hui. Le divertissement existe aussi, mais de manière plus discrète, ce sont rarement des programmes où il faut faire de l’audience à tout prix et du grand spectacle. Pour la Suisse d’expression française, à côté d’une production locale minimaliste, on a souvent fait appel à des vedettes françaises de passage pour nous en chanter une le plus souvent en playback, ceci depuis les débuts. Uns grande partie de ces archives ont été mises en ligne. On y retrouve des noms connus, des chansons connues, mais dans des clips différents, parfois agrémentés d’une petite interview. Pour cette musique de confinement, j’ai fouillé ces archives pour vous en proposer des extraits.
Dalida en 1959
Johnny Hallyday, 191, live à Genève.
Les Chaussettes Noires en 1961.
Henri Salvador, 1962.
Danyel Gérard, 1964.
Sylvie Vartan, 1964.
Chantal Goya, 1964, deux chansons de ses débuts.
Monty, 1964.
Frank Alamo, 1965.
Jacques Brel, en live, 1965.
Françoise Hardy, 1965, pour moi sa plus belle chanson.
Hugues Aufray, 1965.
Les Gentlemen, un groupe suisse comprenant deux anciens Mousquetaires de Larry Greco, très british.
Marie Laforêt, 1966.
Antoine, 1966.
Jacques Dutronc, 1966.
Dani, 1967.
Scott McKenzie, 1967, le trip hippie façon showbiz.
Nino Ferrer, 1967, dans une reprise de James Brown.
Bobby Lapointe, l’as du jeu de mots.
Nicoletta, 1966, son titre repris par Ray Charles.
Serge Gainsbourg, 1968, apparemment à jeun.
France Gall, 1968.
Zager And Evans, leur fameux tube.
Veronique Sanson, les débuts.
Johnny Hallyday, 1974, en live au pénitencier de Bochuz, une des premières expériences du genre.
Un concert des Dogs en Suisse, qui nous rappelle cet excellent groupe.
Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts. Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.
1971 – Marie Archangelo / En Gongol A Monti Comissaire. Le label Sonafric distribuait en France de la musique d’origine africaine, certainement à destination d’une population immigrée. Depuis le temps, certaines de ses publications sont devenues rares et plutôt recherchées. Il est vrai que depuis quelques dizaines d’années, de plus en plus d’amateurs considèrent le continent africain comme une des grandes sources de la musique moderne, alors on essaye d’y remonter en recherchant parmi les obscurités. Cette chanson qui peut avoir une inspiration française avec son accordéon est un exemple de ce que l’on peut retrouver en Louisianne avec la musique cajun. Disque très rare.
1969 – Astronaut Alan & The Planets / Fickle Lizzie Anne. Le producteur d’origine allemande Mark Wirtz fut très actif dans les sixties, il fut notamment producteur du groupe Tomorrow, l’un des premiers groupes psychédéliques anglais. L’un des membres du groupe, Keit West décrocha un tube en 1967 avec « Excerpt From A Teenage Opera ». En 1969, en pleine conquête spatiale, il produit l’unique réalisation de ce groupe, un titre à l’influence reggae qui n’est pas sans rappeler dans certains passages une célèbre histoire de lion qui est mort ou dormait selon les versions. Disque assez peu courant autant que ses passages radio à l’époque.
1966 – Sonny And Cher / Have I Stay Too Long. Les publications françaises d’origine de ce duo sont très inégalement rares ou courantes. Cet EP de 1966 fait partie du lot des plutôt rares, sinon le plus rare. J’imagine qu’il a été publié surtout pour profiter de leur popularité en France qui était assez grande. Vu qu’il ne contient pas de tube, il s’est assez peu vendu. Pas facile d’en apercevoir une copie.
1966 – The Temptations / Get Ready. Encore une de ces pièces Tamla Motown qui atteint des bons prix chez les collectionneurs. C’est aussi ma préférée du groupe. Il y a 20 ans, j’ai proposé une copie en parfait état que j’avais à double de cet EP pour un prix qui devait correspondre environ à une cinquantaine d’euros. On m’a presque traité de voleur. Aujourd’hui, ce même disque peut friser les 200 euros, moi-même j’ai vendu ce doublon pour 150 euros il y a trois ans. Sur le clip, en introduction vous reconnaîtrez si vous êtes un spécialiste, Paul Revere et les Raiders.
1969 – Scott Walker / The Rope And The Colt. Un disque qui détonne assez dans la discographie de Scott Walker, la musique du film de Robert Hossein « Une Corde, Un Colt », un western. Voilà bien un chanteur qui du crooner à la musique expérimentale, n’a fait que de belles choses. Il est malheureusement décédé en 2019.
1970 – Tam White / Lewis Carroll. Un chanteur écossais avec une discographie comportant un ou deux beaux collectors. Cette rare pièce en fait partie.
1969 – Wallis / Johan. Une américaine devenue top model en France qui s’essaya à la chanson. Cette chanson a été écrite par William Sheller avec pour les paroles la collaboration de Tony Arena, son copain d’alors, qui comme tout le monde le sait, fut un des Irrésistibles (My Year Is ADay). Malgré une promo de Drucker, je ne me souviens pas d’avoir entendu ce disque à l’époque. C’est un disque courant parmi les pas très rares. Elle sera la femme du couturier Claude Montana, Elle se suicide en 1996.
1966 Susan Christie / I Love Onions. Une chanteuse de folk et variétés américaine. Elle profite sans doute de la vague qui voit resurgir les chansons vieux style qui ont une certaine cote en 1966. Cette histoire d’oignons ne fit pas trop couler des larmes d’admiration, même si elle eut un petit succès aux USA. En France on préfère nettement ceux de Sidney Bechet, nettement plus facile à cueillir dans les champs de collectors.
1956 – Petula Clark / With Your Love. Une très grande partie de la discographie française de Petula Clark est très courante. Mais plus l’on se rapproche des débuts, la première publication française date de 1956, plus ils deviennent difficiles à dénicher. Il est vrai qu’elle n’a pas tout de suite cartonné, ce n’est qu’à partir de 1958 – 1959 qu’elle devient peu à peu une vedette en France, spécialement en enregistrant en français. Evidemment les premiers disques sont recherchés par les fans qui atteignent parfois des sommes rondelettes. Sur ce second EP, on trouve en version anglaise, l’un des titres de Bécaud « Mes Mains » devenu « With Your Love. Une grande dame de la chanson qui est encore pleine de punch à bientôt 90 ans.
1962 – The Mar-Keys / Foxy. Surtout connus en France grâce à « Last Night » qui fut un des premiers indicatifs de « Salut Les Copains » sur Europe 1, il existe d’autres publications d’eux nettement moins visibles comme cet Ep de 1962, qui fut l’indicatif de… rien du tout, c’est évidemment plus rare.
1965 – Millie / I’ve Fallen In Love With A Snowman. Chanteuse jamaïcaine, elle connut un grand succès en 1964 avec « My Boy Lolipop » (C’est Toi Mon Idole par Agnés Loti et un tas d’autres). On se souvient surtout d’elle pour être une des pionnières de l’avènement du reggae en Angleterre. Il existe cinq EP’s en France, qui à l’exception du premier sont tous assez rares et recherchés. Ici un extrait du troisième. Elle est décédée récemment.à Londres âgée de 73 ans.
1958 – Ricky Nelson / Good Rockin’ Tonight. Les trois EP’s de Ricky Nelson publiés en France par London à la fin des années 50 sont très rares et très recherchés. En fait, ce sont surtout ceux qui contiennent du rock and roll, musique que Nelson a abordé par la tranche. Le troisième qui contient le titre proposé est monté à 550 euros aux enchères pour une copie en parfait état. Alors si jamais dans les disques de vos parents, on ne saurait être trop prudent…