Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.
Suite du séjour et une rencontre qui pourrait faire passet Louis XIV pour un mec très simple.
Le docteur Kâmpfer, médecin des Hollandais qui, en 1691, accompagna cette ambassade à Yeddo, nous en donne les détails suivants: «Il fut d’usage, pendant environ un siècle, d’aller chaque année offrir des cadeaux au shogoun. Plus tard, les affaires devenant toujours moins brillantes, le coûteux voyage ne se fit plus que tous les quatre ans; les offrandes par contre devaient être envoyées annuellement. L’ambassade ne se composait plus que de trois personnes: le résident, son secrétaire et son médecin; leur absence durait cinquante jours. Trente-cinq fonctionnaires japonais de tous grades et une multitude de porteurs les suivaient, de façon que l’escorte se montait souvent à 200 personnes. Les Hollandais étaient pourvus de tables, de chaises, de vaisselle, de batterie de cuisine, de vin, de fromage, de beurre et de présents pour le shogoun;les fonctionnaires de celui-ci emportaient une quantité énorme de sucreries, de pâtisseries, de liqueurs, destinées aux visites de haut rang.
Entre Osaka et Yeddo, on passait par Kioto, résidence du mikado; on s’y arrêtait un jour pour déposer les présents qui étaient offerts à l’empereur au retour. Mais jamais l’ambassade ne fut admise dans la salle du trône, ni n’entrevit la personne sacrée du mikado.
L’événement le plus important était la présentation à la Cour de Yeddo. Tandis que l’on portait les présents au palais, l’ambassade se rendait sous escorte dans ses appartements où elle était étroitement surveillée. Elle logeait généralement au fond d’une cour sombre, à l’étage supérieur d’un bâtiment dont les très petites fenêtres donnaient sur cette cour. L’escalier et les portes des appartements étaient fermés. C’est là que l’ambassade attendait le jour de la présentation; elle ne pouvait aucunement communiquer avec l’extérieur.
Le grand jour arrivé, chacun veillait anxieusement à ne manquer en aucune manière à l’étiquette, à n’oublier aucune des cent règles du cérémonial dont tous les détails étaient prévus. L’audience même ne durait guère plus d’une minute. On conduisait les Hollandais dans la salle aux cent nattes où toute la Cour se trouvait assemblée.
Le shogoun demeurait invisible, l’éclairage de la salle étant combiné de telle sorte qu’aucun rayon de lumière ne tombait sur la place où il se tenait. On ne pouvait que deviner sa présence par les offrandes déposées vis-à-vis du trône. Aussitôt qu’un des officiers de la Cour avait appelé: Capitaine Horanda — c’est à-dire «hollandais» — le résident se jetait à quatre pattes, se traînait dans cette posture jusque devant l’invisible souverain, touchait la terre de son front et s’en retournait toujours en rampant comme il était venu. Pendant cette courte scène le silence le plus complet régnait.
L’audience accordée aux premiers Européens arrivés au Japon, alors qu’ils étaient encore une nouveauté pour les insulaires du Nippon, se passait d’une manière bien plus humiliante encore. On conduisait les Hollandais dans une salle où, caché derrière un paravent muni d’une fenêtre grillée, le shogoun se tenait avec ses femmes et leurs dames d’honneur. Lorsque les étrangers avaient défilé à quatre pattes devant le paravent, un interprète leur adressait toutes les questions qui passaient par la tête de ces dames. Le souverain qui, jusqu’à ce moment s’était tenu à l’écart, s’approchait du grillage et commandait aux Hollandais d’enlever leurs manteaux, de se dresser comme des chiens savants, de se faire mutuellement des révérences, de sauter, d’imiter les ivrognes, de bégayer les mots japonais qu’ils connaissaient, de lire du hollandais, de chanter, de danser, bref d’amuser de toutes manières le puissant seigneur.
Parc de Nara
Les jours suivants, ces représentations se répétaient dans les maisons des grands de la Cour.» Vraiment les blancs qui, pour de l’argent, se laissaient traiter de cette façon ont dû faire une triste impression aux Japonais! Et, comble de l’ironie, on ne cessait de répéter aux Européens qu’ils n’avaient qu’à s’en aller et à ne plus revenir. Quelles bassesses la soif de l’or ne fait-elle pas faire? Au commencement, les Hollandais avaient le droit d’amener quatre vaisseaux. Plus tard le nombre en fut réduit à deux, avec Batavia comme point de départ. Le cuivre, le camphre et la porcelaine formaient les articles principaux d’exportation. Les médecins E. Kâmpfer (1690-1692), C.-P. Thunberg (1775-1776) et von Siebold (1823-1829) furent les premiers explorateurs et historiens de ce beau pays si intéressant au point de vue de sa configuration et de son passé.
Les tentatives des Anglais et des Russes d’ouvrir le Japon à leur trafic restèrent sans résultat. Ce furent les Américains qui trouvèrent la clef du pays; ils réussirent, en 1854, à conclure un traité. Les Anglais arrivèrent la même année; les Russes et les Hollandais en 1855, les Français en 1858, les Portugais en 1860, l’Union douanière allemande en 1861, la Suisse en 1864.
Il ne reste plus trace des maisons hollandaises de Deshima; elles furent détruites par un grand incendie. La factorerie chinoise de la même époque a disparu également.
Le tiffin (casse-croûte à la mode japonaise)
A Suivre
Sources : Wikipédia, B.N.F, DP



