Le surf est un style de musique qui sera considéré par certains comme une sorte de rock and roll édulcoré. En général, les rockers de la première heure regardent cette musique avec une certaine hauteur. Il est sûr que c’est une musique beaucoup plus douce, moins bruyante. Comme elle est née en Californie, on peut entendre dans certaines chansons une influence latine, le Mexique n’est pas si loin. Ce qui est sûr, elle est la transition entre le rock basique et un développement dans la recherche sonore qui va prendre le pas. On retrouvera des influences de surf dans la musique à Jimi Hendrix ou des groupes comme Iron Butterfly. Ce qui est certain, c’est que le pionnier de la surf music fut Dick Dale. Dick Dale (Richard Mansour) est né en 1937. Il n’est pas vraiment un Américain, mais son père est libanais et sa mère polonaise. C’est seulement en 1954 que ses parent émigrent aux USA, en Californie. Bien vite il se découvre une passion pour le surf, pas la musique attendez qu’il l’invente, mais le sport. Il est aussi attiré par celle-c et apprend plusieurs instruments dont la guitare. Comme il est gaucher et par manque de moyens, il joue sur une guitare pour droitier à cordes inversées, ce qui lui permettra un attaque particulière qui ne sera pas étrangère à son image sonore. Quand il adoptera des guitares pour gaucher, il conservera les cordes inversées. Tout reste à créer. Son but avoué et de recréer en musique les sensation du surfeur sur la vague. Il s’y attelle et commence à mettre au point son jeu qui consiste surtout à jouer sur les notes basses de la guitare avec un effet de réverbération poussé à fond, ce qui donne ce son vrombissant. Il aura l’occasion aussi avec sa marque de guitare, Fender, d’expérimenter et mettre au point diverses techniques d’amplification et de réverbération. En 1961, il se lance avec un premier disque « Let’s Go Strippin », qui est le premier vrai disque de surf, accompagné par son groupe les Del-Tones. Il le publie sur son propre label, Deltone, car il est aussi un homme qui se méfie du showbiz, et il le sera toute sa vie. Suivent plusieurs disques et un album « Surfer’s Choice » en 1962, qui sera distribué nationalement pas Capitol. Devant, la popularité grandissante de cette musique, Dale est obligé de concéder une meilleure distribution, impossible avec un petit label. Cette même année sort le titre qui fera sa gloire « Miirlou », un vieil air d’origine grecque, mais populaire dans les pays arabes. C’est son oncle qui joue de l’oud, un instrument à corde d’origine arabe, qui lui inspira de mettre au point cette chanson dans son style. Il l’a jouait sur une seule corde de son instrument. Bien vite le surf devient très populaire et est adopté par pas mal de monde. Des groupes instrumentaux, les Surfaris, les Chantays auront leur heure de gloire. Des groupes vocaux, certains morceaux de Dick Dale sont vocaux, Jan et Dean et bien sûr les Beach Boys, qui finiront d’exporter cette musique dans le monde entier. Dick Dale continuera d’enregistrer plusieurs albums au cours de cette première moitié des sixties. L’invasion des groupes britanniques, Beatles et autres, portera un coup fatal au surf, qui passera au second plan. Ce n’est pas la mort de cette musique, bien loin de là, elle sera toujours liée avec la fameuse planche et la nostalgie. Pour Dick Dale, l’infortune ne sera pas tellement musicale, mais on lui diagnostique un cancer du rectum. Il s’en sortira, mais pour un long moment ses activités musicales seront mises en veilleuse. Il continuera malgré tout à se produire sur scène et participer à des activités musicales. On le voit notamment sur l’album solo de Keith Moon des Who. En 1979, autre coup du sort, il manque de perdre une jambe suite à une infection, en se blessant dans une eau polluée. Depuis lors, il est devenu un militant actif écologiste. Les années passent, il enregistre des albums en 1983, 1993, 1994. Mais un coup de chance va relancer sa carrière via le cinéma. La fameux film « Pulp Fiction » de 1994 intégrera « Misirlou » dans le générique du film. Un tas de spectateurs trop jeunes pour avoir connu l’heure de gloire du surf, redécouvriront son créateur. Depuis il n’arrête plus. Il ressort un excellent album en 1996 « Calling Up Spirits » où il se montre très virulent dans sa technique de jeu. Il reprend « Third Stone From The Sun » de Jimi Hendrix. L’année précédente il a adapté en version surf un extrait du « Carnaval Des Animaux » de Camille Saint-Saëns, pour une animation dans un parc Disneyland. Il tourne, tourne et tourne encore, recueille les compliments et les honneurs. Il visite plusieurs fois l’Europe où on le reconnait enfin, ce qui n’a pas trop été le cas dans les années 60. En 2008, il subit une nouvelle attaque de son cancer, il se retire de nouveau pour un temps, mais il a l’air de s’en sortir une nouvelle fois, ce qui augure de nouvelles tournées pour bientôt. Son jeune fils Jimmy fait maintenant partie de son orchestre, c’est beau la famille. Un peu tous les styles de musique moderne ont leurs héros, on peut dire de la surf music qu’elle n’en a qu’un. Mais il est de taille, la taille de la plus grosse vague de surf que les rivages californiens ont vue.
Quand on goûte un plat pour la première fois, on peut trouver cela bon ou mauvais. S’il nous paraît bon, force est qu’on va continuer à le manger, des dizaines de fois, des centaines de fois. A la longue, on va trouver que celui que l’on a mangé ici est meilleur que celui que l’on a mangé.
En musique c’est un peu la même chose, pour autant que l’on aie des points de comparaison entre un grand nombre d’artistes, on va plus apprécier un artiste pour un titre, plusieurs, l’entier ou presque de leur discographie. A travers ma collection de disques,plutôt abondante, j’en arrive au même résultat. Il y a des artistes qui se détachent du lot, qui font partie de ceux qui reviennent constamment, qui ne sombrent jamais dans l’oubli. Dans ceux qui font partie de la « British Invasion », terme générique employé par les spécialistes pour désigner les artistes anglais qui partirent à la conquête du monde avec leur musique dans les années 60, il y en a une dizaine qui furent des géants. Les Zombies en font assurément partie
En 1963, une bande de collégiens entre 18 et 20 ans tournent avec un groupe qu’ils appellent the Zombies. Il sont composés de Colin Blunstone, chanteur; Rod Argent, claviers; Paul Atkinson, guitare; Chris White, basse; Hugh Grundy, batterie. Vainqueurs d’un crochet amateur, il gagnent le droit de pénétrer dans les studios Decca à Londres, pour enregistrer un disque. L’idée de Rod Argent est d’enregistrer une reprise du classique « Summertime », chanson qu’il adore. Sur les conseils de la production, ils enregistrent une composition de Rod, « She’s Not There ». Le disque se comporte honorablement en Angleterre où il se classe 12ème. La publication du simple aux USA entraîne un vent de folie et il se classe 1er au Cashbox et second au Billboard. Ils débarquent sur le continent américain où ils deviennent des stars d’un jour à l’autre. Ce hit devient un des plus grands classiques des sixties. Le second simple, une composition de Chris White « Leave Me Be » passe plus inaperçu. Le troisième « Tell Her No » les ramènent dans le top ten US. La suite est plus hasardeuse, les titres suivants, bien que acclamés par le critique qui pour une fois ne se trompe pas, ne rencontrent pas de gros succès. Un premier album « Begin Here » passe assez inaperçu. Un simple destiné au marché US « I Want You Back Again » devient contre toute attente un hit en France, 3ème dans le hit parade de SLC. Le cinéaste Otto Preminger les contacte pour apparaître dans le film « Bunny Lake A Disparu », dans lequel ils interprètent deux titres dont le fameux « Just Out Of Reach ». Cela n’influence pas le cours du succès. En 1967, lassés par le peu d’enthousiasme de Decca pour relancer leur carrière, ils quittent et signent avec CBS. Un liberté totale de création, compensée par un manque quasi total de soutien financier, leur permet de mettre en route des séances de studio qui aboutiront à la parution de l’album « Odessey And Oracle. C’est un chef d’œuvre incontestable, une création qui rivalise sans peine avec les meilleurs moments discographiques de cette époque et fait même de l’ombre au fameux « Sgt Pepper » des Beatles. Faisant la part entre un psychédélique à la sauce anglaise et des morceaux plus intimistes, il est tardivement mis sur le marché alors que le groupe est officiellement séparé. Des simples en sont extraits et passent inaperçus. Mais au début 1969, l’un d’eux, « Time Of The Season », commence à monter dans les charts US et rate de peu la première place. L’intérêt pour les Zombies est complètement relancé, mais le groupe n’existe plus et ne se reforme pas. Rod Argent a mis au point une nouvelle formation, Argent, qui connaîtra quelques succès. Colin Blunstone fera aussi une carrière assez honorable, il profite de ce regain de succès pour enregistrer une version pop de « She’s Not There ». Le titre se classera dans les charts anglais. Chris White sera un homme de studios et il semble avoir contribué à l’avènement de Dire Straits. Paul Atkinson devenu manager aura Abba dans ses mains. A la fin des années 80, une reformation sans Rod Argent, qui participe quand même, leur permet de publier un nouvel album « New World ». Depuis quelques années, Argent et Blunstone ont repris le nom du groupe et continuent à tourner sous ce nom et enregistrer de nouveaux titres. Ils ont donné un concert en hommage à Paul Atkinson décédé en 2004 aux USA. Avec le recul, la carrière des Zombies doit être considérée comme celle d’un groupe exceptionnel, l’un des meilleurs des sixties. Le succès assez facile des débuts ne doit pas faire oublier qu’ils n’ont jamais sombré dans la facilité. Certains de leur titres, peu abordables lors d’une première écoute, révèlent tout le bonheur de leurs visions musicales. C’est comme un jeu de mots dont on ne saisit pas tout de suite la subtilité, mais qui nous fait mourir de rire lorsque l’on en a compris le sens. A redécouvrir d’urgence.
A St Albans on oublie pas les Zombies
Les quatre membres originaux restants lors de la réunion pour l’inauguration de la plaque commémorative
Colin Blunstone (à gauche); Rod Argent (3ème); Hugh Grundy (6ème); Chris White (7ème)
Curiosités françaises
Adaptations françaises du répertoire des Zombies
Le recordman est Noël Deschamps, il en a repris cinq
Te voila – She’s Not There
Souviens toi que moi je t’aime – I Remember When I Loved Her (superbe version, surclasse même l’original)
Je l’attends – The Way I Feel Inside
La vie est un combat – I Want You Back Again (le hit français des Zombies)
L’inflexible – Is This The Dream
Les autres:
Franck Alamo – Dis-lui non – Tell Her No
Gillian Hills – Rentre sans moi – Leave Me Be
Les Bel Canto – Les Filles D’Eve – She’s Not There (Canada)
Les Del-Hir – On m’a souvent parlé d’elles – She’s Not There (Canada)
Pussy Cat – Te voila – She’s Not There (reprise de la version de Noël Deschamps)
Discographie française années 60
Dans l’ordre chronologique les publications françaises des années 60. Ce sont toutes des pièces assez difficiles à trouver, le premier étant, à mon avis, le plus courant. Assez bizarrement, le hit français n’a pas eu vraiment de suite officielle, sinon le EP du film « Bunny Lake A Disparu » sur RCA, mais qui fut toutefois sorti en 2 titres par Decca. C’est plus à considérer comme une musique de film, c’en est une, que comme un disque des Zombies. Par contre, je me souviens d’avoir entendu à Salut les Copains, « Going Out On My Head », qui ne semble jamais avoir été publié en pressage français. Il manque en illustration, le simple avec « Imagine The Swan », publication postérieure à « Time Of The Season » pour profiter du succès retentissant et inattendu de « Time Of The Season ». Ce n’est que partiellement enregistré par les membres originaux.
Aperçu musical
L’immortel
Le second hit
Le tube inattendu de 1969
Superbe titre
Le hit français, aux relents jazz, 3ème à Salut les Copains en 1966
Un titre fabuleux
Sorti en 1965 en Angleterre dans une indifférence presque générale, il a le mérite d’exister. Magnifié par un pochette dont Decca avait le secret, c’est un album très recherché, un panachage des possibilités éclectiques du groupe. Bien plus rare que son pendant américain, il est souvent proposé dans sa réédition sur Ebay, souvent de manière trompeuse par le vendeur. L’édition originale a obligatoirement le label rouge, lettrage argent comme illustré ci-dessus. De plus l’édition originale a le numéro de catalogue LK 4679, écrit en petits caractères en haut à gauche.
Ecouter sur YouTube, l’intégrale de l’album
Le second et fantastique album, hyper rare dans sa version originale anglaise.
Ecouter sur YouTube, l’intégrale de l’album et quelques bonus
Deux documents rares pour la tv française, le premier est un titre qui n’existe pas dans la discographie