Nos disques mythiques (14)

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En 1966, la mode passe au psychédélique, c’est bien sûr un courant qui nous vient des USA. Il est une réponse à l’invasion anglaise qui débuta en 1962 avec les Tornados, suivis des Beatles. Pour cette année-là, très peu de disques sont édités en France et encore moins programmés par les radios, à l’exception de ce qui pouvait concerner les très grands artistes comme Beatles ou Stones. Toutefois ils n’étaient pas spécialement représentatifs de ce mouvement vu sous l’angle américain. Parmi ces très rares publications, il y a celle qui nous intéresse aujourd’hui, le 4 titres des Count Five publié chez AZ. Il y a une bonne raison à cela, le titre « Psychotic Reaction » est à la 5ème place du hit parade US. Le créativité de ce titre est assez étonnante quand on sait que c’est un original composé par les membres et qu’ils sont âgés entre 17 et 19 ans au moment de son enregistrement. On peut imaginer que cela aurait été totalement impossible en France de voir un tel disque sortir des studios nationaux. On peut imaginer le peu de cas que l’on aurait fait à ce genre de démarche musicale et aussi au vu de leur âge. Quoiqu’il en soit, il a quand même été publié ici sous licence du label Double Shot basé en Californie, d’où ils sont originaires. Le disque n’a jamais passé à la radio, du moins je ne l’ai jamais entendu. C’est encore une bizarreté quand on sait que le label AZ a été fondé par Lucien Morrisse, ex-mari de Dalida, et directeur des programmes à Europe No 1. Quelques passages à Salut les Copains et c’était sûrement une bonne vente assurée. Heureusement quelques disquaires eurent la bonne idée d’en proposer une copie au client, client dont je fus, séduit par l’originalité de la chose. La pochette était aussi attirante, bien pétante avec son fond jaune et lettrage rouge, présentant le groupe vêtu de ces pèlerines noires tout droit sorties d’un film de Dracula.

Le titre principal est bien représentatif de cette époque, pas seulement musicalement, mais aussi socialement. Une banale histoire de fille qui vous rend malheureux et on va tout de suite dans la psychanalytique, Freud aurait sans doute aimé. Musicalement c’est excellent, cet harmonica en toile de fond et cette guitare fuzz en font un vrai délice. La perle ne manquera pas de se retrouver dans la première compilation « Nuggets » dédiée au mouvement garage et psychédélique en 1972, sous la houlette de Lenny Kaye, plus tard guitariste de Patti Smith. C’est aussi la première fois que le mot punk, associé à rock, est employé pour désigner une musique. Cette compilation entraînera au fil des ans un gigantesque mouvement qui verra des milliers d’albums de compilation et autres faire surface, rappelant l’extrême richesse des sixties aux USA et ailleurs. Par la suite, le morceau sera très fréquent dans le répertoire des Cramps et Tom Petty et trouvera de nouveaux adeptes.

Les trois autres titres du disque sont également d’excellentes créations toutes à leur honneur.  

Nos disques mythiques (13)

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Si vous écoutez un titre ou l’autre de ce disque, vous allez certainement penser que vous connaissez cette voix, surtout si vous avez au moins 50 ans. Votre oreille est bonne, cette voix vous allez la retrouver 4 ans plus tard dans l’un des plus fameux titres au succès immortel des années 60, des millions de vues sur YouTube, des milliers de commentaires. Cette voix, c’est celle du monsieur tout à gauche sur la photo. Mais nous n’en sommes pas encore là.  Un groupe originaire du sud de l’Angleterre, tente sa chance et décroche un contart chez Parlophone, la même maison que les Beatles. Pour l’instant, rien de révolutionnaire, ils sont dans la veine r’n’b comme tant de groupes à l’époque. A cette époque, il arrive souvent qu’un nouveau groupe apparu sur le marché suscite la moindre des curiosités. Leur premier disque, deux reprises « Poison Ivy » (Coasters), « I Feel Good All Over » (Drifters), publié en 1963, se classe dans le fond des charts anglais. Le second, deux autres reprises, « Little Bitty Pretty One » (Thurston Harris – excellent), « A Certain Girl » (Ernie K Doe) ne réussit pas à se classer. Parlophone décide de regrouper ces deux 45 tours sous la forme d’un 45 EP, le mini album de l’époque. A l’évidence, un spécialiste de l’époque constatera que les versions enregistrées par les Paramounts sont assez banales, mais néanmoins plaisantes. Le « Poison Ivy » sera mis au répertoire des Rolling Stones l’année de manière plus innovatrice et « A Certain Girl », à peu près en même temps par les Yardbirds sur leur premier single. En bonus, un superbe solo de Clapton, le premier publié sur disque, pour un résultat supérieur. Pour les disques suivants, le groupe tente de percer sans jamais y parvenir, alignant reprises et quelques originaux. Odéon côté français y croit, ils lancent aussi un EP avec 4 titres différents en 1965, compilation de titres postérieurs, magnifié par une superbe pochette avec photo en couleur, qui restera aussi dans l’ombre. 

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Le groupe a pourtant un potentiel certain, mais plutôt mal exploité, il explosera par la suite. Cette suite justement, il faut en parler, c’est historique. Au début de 1967, le groupe à peine remanié décide de révolutionner la conception de sa musique et enregistre un titre qui va devenir fameux, immense, « A Whiter Shade Of Pale » sous le nom de Procol Harum. Eh oui, il s’agit des Paramounts, modestes vendeurs de disques qui vont vendre des millions de copies de leur fameux titre et devenir un groupe de référence pendant dix ans, d’une énorme créativité, abordant plusieurs style avec bonheur et aussi engendrer un guitar hero, Robin Trower.

Pour le collectionneur passionné, les deux premiers (et très rares) disques sont le must pour ceux qui se lancent à la recherche des racines de Procol Harum. J’ai un peu fait le contraire, j’ai suivi presque la chronologie, c’est à dire que j’ai possédé le premier avant que l’on parle de Procol Harum et complété avec le second plus tard. Quand j’ai entendu la fameuse chanson, j’avais tiré un parallèle de la voix avec celle du chanteur des Paramounts, en fait le clavier Gary Brooker, chose que me fut confirmée par la suite. Oui, si Procol Parum remplissait les pages des magazines spécialisés, le nom des Paramounts n’était jamais spécifié. Et pourtant...

Et pour le fun