En passant

Voyage début de siècle (31)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Découverte du Japon, suite

La voyageuse continue de nous expliquer les fondements et les croyances du Japon. Il est vrai que par rapport aux religions monothéistes, c’est un peu plus compliqué, ils auraient même une certaine tendance à avoir des dieux vivants. Pour un oriental, voyager au Japon est assez déroutant, beaucoup de choses ne se font pas comme ici. On ne serre pas les mains, une inclinaison du buste remplace le bonjour, en pénétrant chez quelqu’un on enlève systématiquement ses chaussures, si vous mangez des nouilles avec des baguettes n’hésitez pas à les aspirer bruyamment, c’est un compliment envers le cuisinier. Et une chose qui va ravir les radins, on ne donne jamais de pourboire. Même si vous ne faites pas tout correctement, les Japonais sont d’une extrême gentillesse, ils vous pardonneront bien des choses en votre qualité d’étranger. Pas besoin de leur dire ils le savent, physiquement vous paraissez assez différent d’eux. Mais voyons la suite de l’histoire japonaise.

Pour mettre fin à cet état de choses, le mikado éleva un membre de l’ancienne et puissante famille des Minamotos, du nom de Yoritomo, au rang de shogoun, ou général de la couronne. Ce titre lui donnait plein pouvoir sur tout l’empire. Yoritomo sut exercer pour son profit personnel la puissance dont il avait été investi. Son autorité sans cesse croissante devint si grande, que le shogoun, premier vassal de l’empereur, était en réalité le maître. Il réussit en outre à faire décréter que sa dignité resterait à titre héréditaire dans sa famille.
Yoritomo mourut à Kamakoura, en 1199, après avoir consacré les dix dernières années de sa vie au rétablissement de la paix et de l’ordre dans le pays. Désormais, Nippon eut deux souverains. Tandis que le successeur des shogouns gouvernait de son palais de Kamakoura, le mikado, dispensé des affaires et réduit au rôle de souverain spirituel, résidait à Kioto. Trop saint pour entrer en contact avec les humains, trop pur pour toucher la terre de ses pieds, il donnait ses rares audiences caché derrière un rideau; il ne se mouvait que porté sur les épaules de ses serviteurs. Ses ministres et ses femmes exceptés, jamais un sujet n’entrevoyait sa personne sacrée.
Le Dr Kaempfer, médecin allemand au service de la Hollande, qui vint au Japon au dix-septième siècle, raconte ce qui suit: «On attribue à toutes les parties du corps de l’empereur une telle vertu, qu’il ne se hasarde jamais à en retrancher la moindre parcelle. Aussi, pour que ses ongles, ses cheveux, sa barbe, n’atteignent pas une longueur démesurée, est-on obligé de les lui couper la nuit pendant son sommeil; car les Japonais admettent que ce qu’on lui prend de cette façon est un larcin qui ne peut nuire ni à sa sainteté, ni à sa dignité.»
Cependant la puissance des shogouns tomba à son tour en décadence et les guerres civiles ravagèrent de nouveau le pays.

Alors s’éleva l’homme que le Japon vénère comme son plus grand héros, Jyeyasou, général habile autant que puissant souverain. A Nikko où se trouve son tombeau, nous verrons le culte presque divin qui lui est voué encore aujourd’hui.
Jyeyasou (1542-1616), rejeton de l’ancienne famille Tokougava, fut le chef d’une dynastie de shogouns qui pendant trois siècles (1542-1868) détint le pouvoir attaché à ce titre. Jyeyasou et ses successeurs procurèrent au pays une longue série d’années de paix. Sous leur règne, le régime féodal atteignit son apogée. Les relations avec l’étranger qui étaient devenues très actives furent rompues, sauf avec les quelques Hollandais et les Chinois établis à Nagasaki. En même temps, les missionnaires catholiques subissaient les persécutions les plus cruelles. Les revenus et le pouvoir du mikado étaient réduits à la portion congrue; de même les prétentions des Kouge noblesse desang impérial, d’un rang plus élevé que
le shogoun lui-même, qui avait le privilège de donner au mikado son épouse et ses 12 concubines choisies dans leurs familles. Les Kouge habitaient le voisinage du palais impérial à Kioto.
Au même rang de noblesse se plaçaient les daimios avec leur escorte de samourai (soldats héréditaires); le shogoun était leur suzerain. Chaque daimio possédait son fief peuplé de soldats et de ministres. Mais le shogoun pouvait disposer à son gré de la vie et des biens des 255 daimios. On pourra lire plus loin comment ils allèrent à Yeddo pour prêter le serment de fidélité au shogoun; car Jyeyasou, aussitôt parvenu à cette dignité, transféra sa résidence de Hamakoura à Yeddo.
En 1605, Jyeyasou abdiquant en faveur de son fils, se retira à Shizmika, pour s’adonner aux arts et aux sciences. C’est l’époque de la renaissance japonaise. Tel fut, jusqu’en 1854, l’état d’un pays vivant dans un isolement complet, laissant s’écouler des siècles sans tenter un rapprochement avec les nations voisines.
A l’énergique Jyeyasou et à ses descendants avaient succédé des shogouns faibles et incapables contre lesquels les Kouge ne tardèrent pas à se soulever. Espérant à l’aide du mikado conquérir une position plus élevée, ils cherchaient à relever la puissance de celui-ci et à en faire de nouveau le maître des destinées du Japon.
En 1854, une flotte américaine, sous le commandement du commodore Perry, abordait à Yokohama. C’est à la conduite mesurée et habile de ce chef, que l’on doit d’avoir vu tomber les barrières élevées autour d’un pays merveilleux à peine entrevu jusqu’alors par les autres nations.
L’arrivée des Américains fut le coup de grâce porté au shogoun. Sa chute entraîna la ruine des institutions surannées qui depuis des siècles tenaient le Japon dans les ténèbres et l’esclavage. Le mikado rentra en possession de tous les droits de ses ancêtres. Il y a perdu de son prestige et de sa sainteté: le peuple est admis à voir son visage.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Voyage début de siècle (30)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Découverte du Japon, suite

Notre voyageuse continue son périple, elle passe par Yokohama. Les Européens ne sont pas complètement absents du paysage puisqu’elle séjourne dans un hôtel tenu par un Allemand. Bien entendu, elle va développer le sujet des croyances nipponnes, et surtout leur manière de concevoir la création du monde. On retrouve un point commun avec les autres croyances, le monde ne s’est pas fait tout seul. Il est marrant de constater que des peuples qui ne se connaissaient pas ou très peu voient et façonnent la création de manière complètement différente. Un dieu, des dieux, un imbroglio encore inextricable encore aujourd’hui, éternel conflit culturel plus ou moins pacifiste. Chacun son dieu et les hommes seront sauvés.

Il est tard, le pont n’en finit pas; nous galopons le long d’un chemin raide bordé d’innombrables boutiques de coquillages, pour arriver à un portail en bois imposant et gracieux tout à la fois, à demi caché dans la verdure. C’est un torii, tel qu’il s’en trouve devant chaque temple.
Le soleil, lentement, s’incline à l’horizon. Notre première soirée au Japon à Yokohama!
Le Grand Hôtel, tenu par un Allemand, est le meilleur du pays. Sans les blanchisseurs et les tailleurs chinois, plaies inévitables, qui vous suivent comme votre ombre, on se croirait dans une maison européenne de premier rang. Le sendakouya maltraite votre linge pour la modique somme de quatre dollars mexicains (dix francs) les cent pièces; un col se paie le même prix qu’un costume entier.
Les tailleurs accablent de leurs réclames genre américain le voyageur dès son arrivée dans le pays du soleil levant. Il y en avait déjà au débarcadère. Avec force courbettes ils me remplirent les mains de prospectus, tandis que je montais dans ma jinrikisha qui en fut bientôt inondée. A peine étais-je entrée dans ma chambre, que l’on frappa à la porte. C’était un tailleur à longue natte, aux yeux obliques, un outfitter, comme ces artistes s’appellent là-bas. Sur le seuil, il regarda avec circonspection de tous côtés, dans la crainte qu’un collègue ne l’eût devancé. Satisfait de se trouver maître du lieu, il se mit à déployer un talent de persuasion et un flot de paroles qui n’avait d’égal en longueur que sa collection d’échantillons. Un instant après, on heurtait de nouveau. Deuxième tailleur! Comme des coqs se préparant au combat, ainsi les deux membres de la noble confrérie s’examinaient avec méfiance. «No good, me sabe» (celui-ci ne vaut rien, je le sais) murmuraient les lèvres minces du premier, tandis que l’autre, à regret, vidait la place.
Malgré leur importunité, les tailleurs chinois ont des qualités que je voudrais donner en exemple à leurs collègues d’Europe. Ils tiennent parole avec une ponctualité extraordinaire, travaillent à des prix très modiques et se soumettent entièrement aux désirs de leurs clients. Leur remet-on un costume comme modèle, en disant: «Je veux quelque chose de tout à fait pareil», on est sûr d’en recevoir la copie fidèle, si fidèle même qu’il arriva à une de mes connaissances de trouver, imité dans la robe neuve, le trou raccommodé de l’ancienne! On se passerait d’une surprise pareille.
A mon grand regret, mes amis J. partaient deux jours plus tard pour Nagasaki sur l’América-Marou. Je m’acheminai donc seule du côté de Nikko, la perle du Japon. « Nikko wo minai utschi wa Hekko to y u na!», «Que celui qui n’a pas vu Nikko ne vante pas une autre contrée», dit un proverbe japonais très répandu. Il dit vrai.

Une terre enchantée, cette région de forêts, située à environ cent kilomètres au nord de Tokio, avec ses jolis ruisseaux murmurants, ses cascades, ses lacs paisibles brillant comme des saphirs dans leur châsse de montagnes, ses arbres géants qui déploient leur voûte séculaire au-dessus des temples et des tombeaux. «Il y avait une fois, dans les montagnes de Nikko.». Ainsi débutent nombre de contes japonais. Où serait-on mieux qu’ici, à l’ombre des cryptomérias centenaires, pour parler de la merveilleuse histoire du Japon? — merveilleuse plus encore par les changements survenus dans le cours du dernier demi-siècle que par les récits légendaires que l’on croirait empruntés aux contes de fées.
Eh bien. «il y avait une fois — l’histoire commence avant la création du monde — sept divinités qui gouvernaient les cieux et la terre. La septième de ces divinités, Isanagi-no-Mikoto épousa la déesse Isanami-no-Mikoto. Ils eurent beaucoup d’enfants. Ce sont les fondateurs de l’empire japonais. Le dieu dit un jour à sa compagne: «Il doit exister quelque part une terre ferme; cherchons-la.» Ce disant, il lança dans l’espace une épée garnie de pierres précieuses sur laquelle des gouttes d’eau vinrent se poser. C’est ainsi que dans le chaos se forma le premier point ferme, une île à laquelle on donna le nom de Ono-Koro-Sima, ce qui veut dire terres réunies. Le dieu s’y établit avec son épouse. Peu à peu d’autres terrés vinrent se grouper autour de cette première île. Après l’avoir formée, Isanagi y appela 8,000,000 d’hommes et acheva son œuvre en créant le régné végétal. Isanami, de son côté, mit au monde le dieu du feu, les volcans et les divinités marines; puis elle rendit la terre féconde. Lorsque les époux eurent considéré leur œuvre qu’ils trouvèrent bonne, ils placèrent au-dessus de tout le soleil, puissance suprême.»
Telle est la légende japonaise de la création du monde, répandue parmi le peuple depuis les temps les plus reculés. A Isanagi et Isanami succédèrent cinq demi-dieux. Puis, la troisième ère commence et nous entrons dans le domaine de l’histoire. On suppose que les ancêtres des habitants actuels sont des tribus mongoles venues du sud, qui se mêlèrent à la population indigène, les Aïnos et, plus tard, refoulèrent ceux-ci du côté du nord. Ils appelèrent leur nouveau royaume Nippon ou Nihon, de nitsou soleil et hon source. Le mikado fait remonter son origine jusqu’à AmaterasDu, déesse du soleil, ce qui explique l’adoration vouée jusqu’au milieu du siècle passé A ce descendant des dieux. Sa dynastie, la plus ancienne du monde, a plus de 2500 ans. Simmu Tenno (660-585 av. J.-C.) est le premier souverain authentique du Japon. Le mikado porte encore aujourd’hui le nom de tenno, qui veut dire roi du ciel.
Un événement de haute importance fut la conquête de la Corée qui mit en contact intime le Japon et la Chine, au commencement du troisième siècle, sous le règne de l’impératrice Jingou-Kogo. Les Coréens, transplantés dans le pays du mikado, y apportèrent la civilisation, le cérémonial, la littérature, les arts de la Chine. En premier lieu, ce fut le bouddhisme qui fit son entrée dans les îles. Une lutte acharnée ne tarda pas à s’engager entre la nouvelle foi et les vieux dogmes du shintoïsme. Elle ne s’apaisa qu’à la fin du huitième siècle, par l’élévation des héros de la mythologie japonaise au rang d’incarnations de Bouddha.
Dans le cours des siècles, le mikado, ayant toujours davantage été isolé de son peuple, vit son autorité s’affaiblir à tel point, qu’il ne régna plus que de nom, tandis que quelques familles puissantes s’emparaient peu à peu du pouvoir. Pendant cinq siècles, des rivalités incessantes firent du Japon le théâtre de luttes sanglantes.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP