Jeter une bouteille musicale à la mer (10)

ll y a un tas de chanson qui ne sont pas très connues, elles sont même la majorité. Mais parfois, si l’on se donne la peine de chercher, on tombe sur des trucs qui vous poursuivent parfois durant toute une vie. Ces chansons ont le le petit quelque chose qui fait le grand plus. Je vous en propose 5, pas une de plus. C’est bien sûr un ressentiment tout à fait personnel. Mais quand on la chance d’avoir consacré une bonne partie de sa vie à écouter de la musique, on procède un peu par comparaison. On aime un chanson spontanément, puis le temps passe et la chanson aussi. Au fil des écoutes, on en découvre d’autres, on les juges banales, bonnes, sensationnelles et j’en passe. Dans ce magma de notes de musiques, de styles, d’ambiances, de voix, on établit peu à peu sa liste de coups de coeurs. Mes cinq  chansons qui font partie de cette élite et que je vous propose, ne sont liées a aucun souvenir sentimental, événement particulier de ma vie. Elles ont juste surgi un jour dans ma vie et je les ai trouvées belles et surtout elles le rentent, pour toujours!!!

Tim Buckley – Song Slowly Song – 1967

Une chanson aux paroles presque banales, d’un anglais accessible pour ceux qui en possèdent quelques notions, pourtant une des plus belles chansons d’amour que je connaisse. Sans doute un des plus grands chanteurs américains de tous les temps. Jacques Brel l’adorait.

The Beau Brummels – The Wolf Of Velvet Fortune- 1967

Si vous aimez les ambiances de forêt enchantée, ceci est pour vous. Pas nécessaire de comprendre les paroles, la musique projette l’ambiance

Illusion – Isadora – 1977

Une de mélodies que l’on aime écouter dans son coin, je ne connais pas pas de Isadora et pourtant celle-là je le connais très bien.

Angelo Branduardi – Confessions D’un Malandrin – 1981

Les belles chansons n’existent pas que dans la langue de Shakespeare, ici via un Italien pour la mélodie et un texte de Etienne Roda-Gil pour la version française, enfin presque une traduction du texte original, cette balade plaît bien à mon âme de poète campagnard, assez pour la mettre dans mon musée.

Jamul – Tobacco Road – 1970

Nous avons écouté jusqu’ici des chansons plutôt douces. Mais la douceur n’a pas l’apanage de mes préférences. Je peux aussi écouter des trucs extrêmement bruyants et j’en écoute, c’est mon petit jogging mental. Nous allons écouter quelques chose à mi-chemin. C’est pas une berceuse, mais ce n’est pas encore la furie. Non, juste une version d’un grand classique des sixties « Tobacco Road », une chanson réservée aux compartiment des fumeurs. Cette version est du genre hargneux, c’est d’ailleurs ma préférée de toutes, bonne raison de la faire figurer ici. Un groupe obscur, quatre gaillards sortis d’un western spaghetti, excellents musiciens et arrangeurs, un bon hard rock avant l’heure.

Du classique pour faire des classiques

Nos rassurez vous, je n’ai pas changé de veste et je ne vais pas tourner  fan de musique classique, mais lisez plutôt

Un aspect plutôt marginal de la musique pop fut de réinventer la musique classique avec tous les artifices disponibles à travers les amplificateurs et autres effets spéciaux. A partir de 1965, on observe un changement radical dans l’évolution musicale. D’une certaine manière, la seconde moitié des sixties seront celles qui révolutionneront complètement les oreilles de l’auditeur. Les nouveaux sons sont presque une trouvaille quotidienne en écoutant la radio ou en s’intéressant d’un peu près à ce que les maisons de disques publient. On peut presque dire qu’il y a un avant et un après 1965, phénomène assez visible chez les gens qui sont nés à la fin des années 40 et les dix années suivantes. Chez les plus âgés, si on s’intéresse avec plaisir au rock and roll, aux Shadows, à Cliff Richard, à la vague des chanteurs rock édulcoré version Frankie Avalon, Bobby Rydell, aux groupes de Liverpool, en 1965 on décroche. C’est l’avènement des musiciens qui vont pousser les choses plus loin, Cream, Jimi Hendrix, Pink Floyd, Jefferson Aiplane, Doors, pour n’en citer que quelques uns. Les anciens marquent le pas, les Beatles ont déjà une certaine peine à suivre. Ils proposeront le « Sgt Peppers » pour tenter de s’accrocher, mais c’est nettement moins créatif en comparaison à certaines perles qui sortent chez les disquaires. D’ailleurs, il reviennent bien vite à une certaine tradition, « Lady Madonna » ou « Let It Be » sont beaucoup plus traditionnels et pas spécialement révolutionnaires. Avoir une douzaine d’années en 1965 présentait le risque de s’accrocher à la nouvelle vague et de trouver les antécédents ringards. Ce fut le cas pour la plupart. Ils trouvèrent en gestation le visage sonore des cinquante prochaines années musicales, pour autant qu’ils y prennent garde par la suite.
Une révolution ne se fait pas sans un regard vers le passé. La meilleure illustration est de prendre ce qui existe pour montrer ce qu’on peut en faire avec ce qu’il existe désormais. Sur le plan musical, l’inébranlable musique classique passe à la moulinette par le fait de quelques artistes qui en ont un peu marre de jouer cette musique comme on leur a appris. Passons en revue quelques originaux qui osèrent franchir le pas, qui s’attirèrent une certaine sympathie parmi les jeunes, mais fit passablement râler les puristes. On ne fait pas des omelettes musicales sans casser des notes.

Commençons par quelques précurseurs qui avant 1965, tapèrent dans le répertoire classique

Les Spotnicks.  Célèbre groupe suédois amène, en pleine conquête spatiale, un air extrait d’une  symphonie russe composée par Knipper. Chant plutôt guerrier devenu « Plaine Ma Plaine ». En Suède et en 1962 il devient « The Rocket Man ». Belle démonstration de la technique sonore en pleine évolution.

The Cougars – Groupe anglais qui en 1963 fit un titre spécialement pour la guitare et qui était emprunté à Tchaïkovski et son « Lac Des Cygnes ». Il devient, ce n’est pas évident, « Saturday Night »

Toujours en 1963, the Sounds un groupe de Finlande, emprunte la Danse Hongroise no 5 à Brahms pour en faire « Night Run »

Passons à la période post 65

Love Sculpture, dans lequel on retrouve le fameux Dave Edmunds, guitariste brillant, qui s’attaque de belle manière à la « Farandole » de l’Arlésienne  de Bizet en 1968. Un ancien classique devenu un nouveau classique. Un must de virtuosité!

Katchadourian n’évoque sans doute rien pour vous si vous n’êtes pas un féru de classique. Pourtant vous connaissez sans doute une de ses oeuvres, « La Danse Du Sabre », toujours exhumé par Love Sculpture. Ca entra même dans le hit-parade à l’époque.

Un autre musicien émérite, Keith Emerson, alors au sein des Nice revisite un pièce de classique toute récente, composée pour « West Side Story » par Leonrd Bernstein et sorte d’hymne à la vie de rêve vue par les Porto-Ricains, « America ». Version endiablée, bien moins barbante que l’original et les reprises variétés qu’elle engendra.

Les mêmes Nice et la 6ème symphonie de Tchaïkovski dite pathétique. Ici on va vers le jazz, franchement.

A peine plus tard, un groupe de Hollande qui va cartonner sec, Ekseption. Il  va remettre dans toutes les oreilles la fameuse 5ème de Beethoven.

Abordons maintenant un aspect beaucoup variétés, mais qui fait référence au classique dans l’inspiration.

Au tournant des seventies, un certain Miguel Rios venu d’Espagne, ex rock and roller, connaît un succès quasi mondial avec sa reprise d’un célèbre passage de Beethoven  et de sa 9ème symphonie, « A Song Of Joy ».

Le « Te Deum » de Charpentier a gagné en célébrité lorsqu’il devint le thème de l’Eurovision à la télé. Miguel Rios s’en inspire pour une version vocale « United ».

Un autre Rios, Waldo de Los, un Argentin vivant en Espagne connaît lui aussi un succès mondial en 1971 avec un arrangement de la 40ème symphonie de Mozart.

Il récidivera un peu plus tard avec l’opéra et ce sera bien la première fois qu’un air de cette musique franchira allégrement le hit-parade et tournera dans les jukeboxes à n’en plus finir. Nabucco de Verdi devient un hit à retardement.

Une initiative française et quasiment privée du début des années 70, Alepf , sauf erreur de ma part Laurent Petitgirard,  prit à son compte la Toccata de Back pour une version vocale.

Terminons comme on l’a commencé ce survol de classique revisité avec le groupe pop grec Axis qui fut assez populaire en France. Sans l’avouer ouvertement, ils s’accrochent à « Plaine Ma Plaine » pour une version résolument moderne et slow de ce thème. Assurément un grand disque qui passa assez inaperçu.

On pourrait citer encore un tas d’exemples, mais basta l’article est déjà assez long. Pour vraiment terminer, on pourrait aussi passer un vrai morceau de musique classique, c’est aussi de la musique rétro. C’est juste une question d’humeur, il y a aussi de très belles pièces dans cette musique. A écouter avec une oreille un peu différente et surtout une ouverture d’esprit. L’une des plus belles pièces que je connaisse est le célèbre 4ème mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak. Tout le monde la connaît, sans pouvoir la nommer. Assez bizarrement, mes inséparables, les oiseaux, se mettent volontiers à siffler quand ils l’entendent. Auraient-ils une oreille très musicale? C’est possible, ils ne se manifestent pas si j’écoute Led Zeppelin.

Alors allons-y