The Liverbirds – Les guitares au féminin

Admettre que les hommes occupent en majorité les positions clés dans un tas de domaines est un lieu commun. Petite devinette, si vous aimez la musique des années 60, êtes vous capable de citer un groupe entièrement féminin? Oui certainement, quelques uns vont me citer les Shirelles, les Chiffons, les Crystals, les Ronettes et pour la France, les Gam’s pour le yéyé, les Parisiennes pour la variété. Oui ce sont des groupes entièrement féminins. Seulement ce sont des groupes vocaux. Alors plus difficile, un groupe féminin qui non seulement chante, mais s’accompagne instrumentalement. Avouez que c’est plus difficile, et si vous n’arrivez pas à en citer un seul, c’est pas grave, beaucoup n’y arriveront pas. On peut se rendre compte de la domination masculine dans ce domaine, là aussi. Les plus célèbres, Beatles, Rolling Stones, Beach Boys sont des mâles. Pourtant il existe des groupes féminins qui correspondent à la seconde catégorie. Assez pour en remplir quelques compilations, mais avouons-le, tous sont presque totalement inconnus et n’ont jamais brillé très fort en termes de ventes ou de classements. Nous allons voir l’histoire de l’un deux, peut-être le plus titré et le moins inconnu dans le genre, vraiment populaire en Allemagne, ce qui lui permit d’enregistrer deux 33 tous et une poignée de 45 tours, record absolu. Il s’agit des Liverbirds.

Les Beatles débarquent dans le monde en 1963, c’est la consécration et la revanche de l’Angleterre dans un monde dominé musicalement par les Américains. Ils viennent de Liverpool et on colle à leur musique le terme de Liverpool Sound. Ce son bien qu’ils en soient les canalisateurs, est le fait d’une multitude d’artistes, principalement des groupes, originaires du même endroit. La concurrence est rude,mais quelques uns dominent le reste. On se rappelle de Gerry et les Pacemakers, les Searchers, un groupe très influent musicalement presque autant que les Beatles. Il y a aussi les Hollies, eux de Manchester, les Swinging Blue Jeans et quelques autres qui si ils ne sont pas de Liverpool s’engouffrent dans la brèche, Dave Clark Five, Brian Poole et les Tremoloes, choisis par Decca en lieu et place des Beatles Tous font plus ou moins des trucs à la manière de Liverpool, pendant au moins deux petites années, avant que les Rolling Stones, les Yardbirds, marquent des points en envoyant la balle dans une autre direction. L’endroit le plus célèbre de Liverpool est la Cavern, lieu mythique qui servit de tremplin pour nombres d’artistes qui eurent pour les plus chanceux, un moment de gloire. Mais il y a plus de prétendants que de maisons de disques qui veulent les lancer. Alors on en reste là ou on va voir ailleurs. L’Allemagne et dans une moindre mesure, l’Italie, la France, les pays nordiques, offrent des possibilités. On accepte un peu tout, pourvu que le produit soit anglais et dans le sillon des Beatles. La particularité de l’Allemagne est d’avoir encore pas mal de bases américaines sur son territoire, des GI’s qui cherchent l’amusement et du rock and roll. Comme à Liverpool, un endroit équivalent à la Cavern existe à Hambourg, le Star-Club. Les Beatles s’y sont produits très longtemps et maintenant la scène est libre, on cherche les nouveaux Beatles. Certains vont s’y employer et pas trop mal.  Lee Curtis va devenir une star locale, il fut à Liverpool au moins aussi populaire que les Beatles avant leur consécration. Il y a aussi Casey Jones et les Governors, groupe dans lequel Eric Clapton fut guitariste et le sujet qui nous intéresse, les Liverbirds.


Comme leur camarades masculins, elles se produisent un peu partout à Liverpoll. Malgré le fait qu’elles soient un des rarissimes groupes féminins vocalo instrumental, elles galèrent comme les autres et l’aventure en Allemagne les tente, on raconte que là-bas la vie est plus facile pour les musiciens. Elles débarquent à Hambourg, avec guitares, boîtes de maquillage. On les accueille plutôt bien et avec curiosité. Pour être honnête, à ce moment là, elles jouent mais c’est encore assez limité dans la technique d’accompagnement. Heureusement, des musiciens plus expérimentés, masculins bien entendu, leur montrent quelques trucs essentiels et petit à petit elles prennent de l’assurance. Elles deviennent même franchement populaires sur scène et on les demande un peu partout, le Star-Club n’étant pas le dernier. Ce lieu est tellement renommé dans toute l’Allemagne que les disques Philips envisagent de créer un label qui porte ce nom. Il sera axé principalement sur les artistes qui se produisent dans le club. Au fil des publications on retrouvera des publications originales et quelques publications sous licence qui concernent des vedettes qui passent sur la scène. Le label existera de 1964 à 1967 et une centaine de singles, une trentaine de 33 tours seront publiés. Les Liverbirds feront partie des artistes engagés, parmi les premiers, et verront quatre 45 tours et deux 33 tours qui constitueront leur discographie.
Quand elles débarquent à Hambourg, ce n’est plus tout à fait le groupe original, mais elle sont quatre à partir à l’assaut de l’Allemagne. Il y a Valerie Gell, guitare; Pamela Birch, guitare; Mary Mc Glory, basse; Sylvia Sauders, batterie. La principale originalité de leur démarche réside dans le fait qu’elles ne sont pas trop collées au style Beatles, mais plutôt adeptes de la musique noire via Chuck Berry, Bo Diddley, Muddy Waters, dont les titres figurent dans leur discographie. Leur premier single est une reprise de « Shop Around », des Miracles, groupe phare de la Tamla Motown. Sans être très original, ni un enregistrement exceptionnel, c’est efficace. Tout en étant un groupe bien en vue, elles ne produiront jamais un vrai tube international. Le titre qui aurait le plus mérité d’en être un est un original composé par Pamela Birch, « Why Do You Hang Around Me » sur leur troisième disque. Il était même considéré comme assez costaud, car il fut publié aux USA. La bassiste alimenta aussi le presse people de l’époque en mariant Frank Dostal, un membre des Rattles, littéralement les Beatles allemands. Bien sûr, le fait le plus attachant de leur carrière reste les deux albums en 1965 et 1966 qui offre un panaché étendu de leurs possibilités. Le premier est surtout axé sur le blues, c’est un disque que les Rolling Stones auraient pu publier, il y a des titres en commun dans les répertoires respectifs. Le second est plus orienté pop, avec une reprise par exemple, de « For Your Love » des Yardbirds. Il va sans dire que ce sont des disques très recherchés par les collectionneurs aujourd’hui, à condition d’en trouver un exemplaire original et d’y mettre le prix.

Avec le recul, le groupe semble bien installé dans les souvenirs et couramment revisité par les nostalgiques. Même s’il ne fut jamais révolutionnaire musicalement, le parcours est original dans son contexte. Quatre jeunes filles qui osèrent se mesurer au monde masculin avec les mêmes armes. Au fait que sont-elles devenues? A ma connaissance, après leur séparation en 1967, elles sont restées dans leur pays d’adoption.  Elles auraient joué une dernière fois ensemble en 1998. Pamela Birch est morte l’année passée à Hambourg, à l’âge de 65 ans.

La reprise sur scène de « Diddley Daddy » de Bo Diddley

Du beurre de cacahouètes sur la scène

La fameux titre original en live

En studio « Roadrunner » de Bo Diddley

En studio « Too Much Monkey Business » de Chuck Berry

En studio « Talkin Bout You » de Chuck Berry

45 tours simples, Allemagne
1964 – Shop Around/ It’s Got To Be You. Star-Club STF 148508.
1965 – Diddley Dadddy/ Leave All our Loves In ThePast. Star-Club STF 148526
1965 – Peanut Butter/ Why Do You Hang Around Me. Star-Club STF 148528
1966 – Loop De Loop/ Bi Diddley Is A Lover. Star-Club STF 148554

33 tours, Allemagne
1965 – STAR-CLUB SHOW 4 – Johnny Be Goode/ You Can’t Judge A Book By Looking At The Cover/ Love Hurts/ Money/ Too Much Monkey Business/ Roadrunner/ Diddley Daddy/Hands Off  / Before You Accused Me/ Leave Ail Your Loves In The Past/ Got My Mojo Working.
Star-Club 150003 STL mono; STY stéréo.
1966 – More Of – Peanut Butter/ It’s So Exciting/ He Hardly Call Me Honey Anymore/ For Your Love/ Oh No Not My Baby/ Around And Around/ Down Home Girl/ He’s Something Else/Heatwave/ Why Do You Hang Around Me/ He’s About A Mover/ Long Tall Shorty. Star-Club
140021 STL stéréo.
Rééditions
80’s
LP Line records – Star-Club Show 4.
90’s
CD Repertoire records – Star-Club Show 4 + bonus premier 45 trs.
CD Repertoire records – More Of+ bonus 4 ème 45 trs.

2 réflexions sur “The Liverbirds – Les guitares au féminin

  1. Merci pour tous vos articles complets et précis sur chaque sujet abordé. BRAVO

    Je me suis enrichi de connaissance, sur cette idée machiste du rock, mais revisitée ici avec intelligence.

    BRAVO

    • Merci à vous pour votre appréciation. Je suis toujours un ardent défenseur de la cause féminine en musique. Souvent mise de côté, cette facette n’en est pas moins importante dans le développement de la musique en 20ème siècle. Un de ces quatre il faudra que je fasse un article sur des célèbres chansons composées par ces dames. Il y en a plus que l’on ne pense.
      Merci encore.
      Amitiés

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