En passant

Exploration musicale en terre inconnue (10)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – Tim Hardin / How Can We hang On To A Dream. Il y a quelques chanteurs qui traînent avec eux une sorte de malédiction poisseuse. Tim Hardin est un peu de ceux-là. On connaît au moins deux chansons célèbres dont il est le compositeur et qui sont de grandes chansons. L’une « If Were A Carpenter » (Si J’étais Un Charpentier) et How Can We Hang On To A Dream (Je M’Accorche A Mon Rêve), toutes deux reprises en France par Johnny Hallyday. Elles furent surtout remarqués dans la discographie des autres plus que dans la sienne. Le personnage était assez instable, très accroc à certaines substances, il ne fit rien de plus pour promouvoir son oeuvre. Qui se souvient encore de ce bel EP publié en France par Polydor, a part ceux qui le possèdent ? Il contient ses deux pièces les plus connues.

1976 – Don Harrison Band / Sixteen Tons. Chaque époque et chaque style de musique ont un point en commun, ils transforment dans une style plus modernes quelques vieilleries. C’est le cas pour Don Harrison Band qui reprend le hit de Tennessee Ernie Ford de 1955 dans une version à la Creedence Clearwater Revival. Ce n’est pas tout à fait une coïncidence car le groupe contient deux membres de l’équipe à John Fogerty. Plutôt destiné à danser le jerk en discothèque, mais pas trop destiné à durer.

1969 – Krimson Kake / Feelin Better. Unique 45 tours français de cet obscur groupe anglais dont vous  n’êtes sans doute pas l’un des détenteurs d’un des 100 exemplaires vendus.

1963 – The Uptowns / Here She Comes Again. Le label Vogue, entre autres, fit de nombreux efforts pour publier en France les artistes américains, très souvent sans réussite commerciale. Comme les USA publiaient surtout des 45 tours simples, sortir un EP était difficile, surtout si l’artiste était débutant. Alors, on regroupait deux simples se partageant chacun une face du disque. C’est ainsi que furent publiés les Uptowns, vocalement intéressant.

1966 – The Sparrow / Tomorrow Ship. Si vous vous demandez derrière quel groupe célèbre pourrait se cacher celui-ci, je vais vous éviter un brainstorming. Il s’agit d’une première mouture du fameux Steppenwolf, deux ans avant qu’ils cassent la baraque. Evidemment c’est plus difficile de trouver celui-là que le 45 tours de « Born To Be Wild » et le prix sensiblement différent.

1971 – Sunday Funnies / It’s Just A Dream. Ce groupe a un certaine réputation pour une obscurité du garage punk. Plus tard dans un style plus pop, ils continuent d’enregistrer des trucs plus mainstream. En voici un exemple sur cet unique 45 tours publié en France. Ce n’est pas déplaisant.

1970 – Black Merda / Prophet. Sous un nom un peu irrévérencieux, se cache un groupe que le pourrait considérer comme de la pop music noire bien sentie. Signés par le label Chess pour un unique album qui vaut son pesant de cacahuètes sur marché des collectors. Existe en 45 tours et en album pour la France.

1965 W Gimmick / Let’s Go Racing. Musicalement le « Hot Rod » est un style dérivé du surf, mais qui concerne surtout les bagnoles, trafiquées de préférence. Le bruit des moteurs remplace le bruit des vagues. Démonstration publié par Polydor sur Un Ep de 1965, tout sauf courant.

1961 – Jörgen Ingmann / Apache. Avec « Apache » les Shadows volèrent un succès à son créateur, Bert Weedom. Mais la revanche ne se fit pas attendre, le guitariste de jazz danois Bert Weedom, enregistra sa version, et c’est la sienne qui fut no 1 aux USA et au Canada. Cette version n’est sans doute pas aussi prenante que celle des Shadows, mais les Américains ont parfois de drôles de goûts. Il n’en resta pas là, car avec sa femme, il remporta le Grand Prix Eurovision en 1963 avec « Dansevise » la seule chanson en danois à avoir remporté le titre.

1969 – Uele Kalabubu / Patatalo. La musique africaine n’a pénétré que par vagues en Europe, principalement avec l’appui des ethnies émigrées en Europe. Musicalement, c’est assez différent de ce que l’on fait chez nous, c’est souvent des rythmes basiques et répétitifs, de la musique pour danser et se bouger principalement. Aujourd’hui, on considère volontiers Hergé comme un raciste dans Tintin au Congo quand il fait parler les indigènes en « petit nègre ». Mais les Africains ne nous aident pas toujours, car eux-mêmes se parodient parfois dans leur musique. Voici un exemple dans lequel on aussi peut imaginer qu’ils se foutent gentiment de nous. Rions avec eux, car toute la musique moderne n’existerait probablement pas sans l’apport de l’Afrique. Vous vous voyez danser le menuet en discothèque ?

1963 – The Chantays / Wayward Nile. Voici une illustration d’un disque très connu, mais qui dans dans son édition française est d’une rareté qui frise l’obscène. C’est bien la preuve que l’on se foutait royalement en 1963 de la surf music en France. Bien sûr, il sortit ici parce que le titre principal « Pipeline » était un tube en Amérique et qu’il figure aussi sur ce disque en titre principal. Mais je vous ai choisi pour l’illustration un autre titre tout aussi plaisant.

1972 – Mogol / Hitchin’. Les groupes pop venus de la Turquie et qui ont un semblant de discographie en France sont extrêmement rares. C’est le cas de Mogol (Mogollar en turc), dont ce 45 tours et l’album (pressé par le label budget price Concert Hall), publiés en France sont assez recherchés. La musique est teintée d’orient et ce n’est pas déplaisant.

1967 – Moby Grape / Omaha. Une référence psychédélique US dont un seul et unique 45 tours, aussi rare que l’honnêteté chez les politiciens, fut publié en France. C’est très « flower power ».

 

2 réflexions sur “Exploration musicale en terre inconnue (10)

  1. Hello M. Boss,
    j’ai beaucoup ri quand vous dites ci dessus pour le 45 T omaha Moby Grape
    unique 45 tours, aussi rare que l’honnêteté chez les politiciens,…ça m’a rappelé ce sketch unique Magouillose111.mp4 de Canteloup
    pour rester sérieux encore une superbe sélection de votre part : Patatalo, il fallait le trouver !!
    Bonne semaine
    cooldan

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