En passant

Inventaire musical à la Prévert (41)

En 1967, l’un des disques qui tourna le plus sur ma platine fut bel et bien « We Ain’t Got Nothin’ Yet » des Blues Magoos, même si je peux dire maintenant qu’il n’est jamais vraiment sorti de mes écoutes. C’est le genre de disque qu’il fait bon de réécouter de temps en temps. Je l’avais bien entendu découvert par le fameux EP publié en France par Mercury. Je crois que c’est le premier disque français qui porte la mention psychédélique bien en évidence sur la pochette. Quand je pense à mes pauvres copains et copines de classe qui n’avaient pas l’air d’être enchantés à l’écoute du morceau que j’avais mis sur une musicassette et que j’écoutais sur mon inséparable magnétophone portable. J’en ai revu une, il n’y a pas longtemps, elle vendait quelques disques de sa collection dans une brocante. Jolie collection, il y avait Mireille Mathieu, de l’accordéon, Clayderman, des trucs pour la danse, tout ce que j’aime quoi ! A défaut de lui acheter quelque chose, je lui ai offert un verre et nous parlé souvenirs. Et les Blues Magoos dans tout ça ? Le EP était fameux, il contenait une version endiablée de « Tobacco Road », que je connaissais déjà via les Nashville Teens et Dick Rivers, mais leur version m’a fait penser que le monde musical était en train de changer, la révolution était en marche et j’en faisais partie en tant qu’auditeur comblé.
Le groupe s’est formé dans le Bronx. Il fait partie de la première vague du psychédélique américain. Leur fameux titre fut leur plus gros hit et se classa 5ème au Cashbox. Ils publièrent cinq albums dont le dernier en 1970. Le premier se distingue par une musique aux sons parfois un peu aquatiques, mais c’est une belle exploration sonore, cela ne ressemble pas à ce qui avait été fait précédemment. C’est en quelque sorte un pendant moins acide que le premier album de 13th Floor Elevators. Après un assez long silence, il se reforment dans les années 2000 et publient même un nouvel album en 2014, et pas mauvais du tout.
Le premier album est composé en grande partie de titres originaux, les spécialistes reconnaîtront les reprises, il fut publié en 1967. J’ai cherché les clips qui correspondent le mieux au son vinyle original, pas toujours évident avec tous ces braves gens qui se volent des clips aux sons pourris. Dans un cas, j’avais presque envie d’écrire que le chanteur se trouvait au même étage que les autres musiciens lors de l’enregistrement.

(We Ain’t Got) Nothin’ Yet
Love Seems Doomed
Tobacco Road
Queen Of My Nights
I’ll Go Crazy
Gotta Get Away
Sometimes I Think About
One By One
Worried Life Blues
She’s Coming Home

DOCUMENTS

Tobacco Road en live avec interview, superbe version
Le hit en live en 2015
Sometimes I Think About, en live vers 2010
Une version du hit en espagnol « Nada Todavia » par Los 5 Del Este, ils viennent de Majourque.

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

Le fameux producteur Phil Spector (1939-2021) est sans doute un cas particulier dans le monde musical, il est plus célèbre que bien des artistes qu’il a produits, et qui sont pourtant célèbres. Autre particularité, dans beaucoup de cas on peut reconnaître un disque qu’il a produit rien qu’en l’écoutant, sa fameuse technique du « mur du son », est assez aisément identifiable. Si souvent un producteur est juste un personnage d’arrière plan, couronné de plus ou moins de succès dans son travail, lui il conçoit son produit du début à la fin, d’autant plus qu’il était aussi devenu son propre éditeur en fondant son label Philles. Il affectionnait spécialement les artistes noirs, ou ceux qui sonnaient vocalement comme tel. Il avait un droit de regard absolu sur ce qui était publié. Avoir été sous sa houlette pendant son âge d’or entre 1963 et 1966, suffit à vous faire entrer dans la légende. C’est d’ailleurs durant cette période qu’il ne cessa d’aligner des productions couronnées de succès et qui passèrent aisément à la postérité. Même sans le savoir, vous en connaissez sûrement quelques unes. Après 1966, les choses tournèrent moins en sa faveur, son label cessa ses activités. Il produisit d’autres artistes pour d’autres labels, mais souvent Spector devenu très paranoïaque se prenait souvent de bec avec les artistes. Ce fut notamment le cas avec les Beatles et sa réputation ne sortit pas intact de cette collaboration. Il finit sa vie en prison accusé du meurtre d’une femme, il était connu pour avoir toujours un flingue sur lui.
Quoi qu’il en soit, il reste pour la période qui couvre celle de son label, un génie reconnu dont on collectionne volontiers les publications un peu exotiques ou rares. La France fut assez avare dans les publications, ne distribuant principalement que les hits. Certaines de ces publications sont à l’honneur, notamment celle qui concerne les Crystals et les Ronettes. Le EP des Ronettes de 1965 avec « Walking In The Rain » est certainement le plus rare et le plus recherché. Soulignons en passant que ce trio de soeurs et cousines noires fournit à Phil Spector l’occasion de se marier avec Veronica Bennett devenue Ronnie Spector. Elle n’a pas suivi les traces de son mari et est encore activee aujourd’hui et en pleine forme.

The Ronettes– London EP 10.173, publié en 1965. Meilleure enchère sur Ebay 441 euros.

Is This What I Get For Loving You
You Baby
Walking In The Rain
How Does It Feel ?

2 réflexions sur “Inventaire musical à la Prévert (41)

  1. Bonjour M. Boss,
    Ah les fameux Blues Magoos …j’ai je CD Kaleidescopic Compendium, et je le ré-écoute assez souven t
    Phil Spector et l’album des Beatles « Let It Be  » …parlez en à Paul McCartney et il vous dira la suite !!!!….lol, pourtant ça a été un succès commercial !!

    Bonne semaine
    cooldan

  2. Hello Cooldan,

    Ah si je rencontrais le Paul, je ne parlerai sûrement pas de Spector avec lui, j’aurais d’autres questions. Je vois en lui un certain génie durant une certaine période. mais se prendre pour un dieu après, il y a de la marge. McCartney est certainement un personnage bien plus posé et j’imagine plutôt sympathique. Et puis les Beatles sont devenus des géants sans l’apport du moindre atome de Spector. Les Beatles tout le monde connaît, Spector pas forcément.
    Bonne fin de semaine

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