En passant

Inventaire musical à la Prévert (47)

Ah ces sixties, quelle richesse et belles explorations qu’elles nous ont léguées ! Dans un article précédent, je vous avais présenté les Byrds, groupe qui maria le folk et l’électricité. Kaleidoscope est un groupe américain qui poursuivit le même genre de démarche, mais en innovant au niveau des sources. On peut les considérer comme des pionniers de la world music. Les USA sur le plan musical ont été pendant longtemps assez nombrilistes musicalement. Ils ont une bonne excuse, car pendant plusieurs siècles, ils ont dû assimiler toutes les racines musicales venues de l’Europe et de l’Afrique, ce qui se mua en jazz, en blues, en country, latino. Quand on décortique les chansons folk plus ou moins traditionnelles, on retrouve des traces assez typiques de musiques latines, germaniques, et bien évidemment anglaises. Dans la musique country, on entend parfois quelque chose qui ressemble fortement à du yodel ou encore des traces de musique classique dans d’autres genres. Par contre, la musique arabe, orientale, yiddish, est pratiquement absente. On en trouve quand même quelques traces qui passèrent presque complètement inaperçues pour leur origines, comme le célèbre « Misirlou » de Dick Dale qui est une mélodie d’origine grecque. La jeunesse d’alors très « Peace and Love » était très ouverte d’esprit musicalement et même racialement, toutes les moyens d’expressions et gens venus d’ailleurs étaient les bienvenus.
Kaleidiscope fut avec « Side Trips » en 1967, un des premiers groupes qui publia un album de musique pop allant à la rencontre d’autres racines. On retrouve sur ce disque des ambiances arabes, orientales, celtiques, tout en remettant à l’honneur les vieux trucs américains. On peut entendre une version folk de « Minnie The Moocher » de Cab Calloway ou encore quelque chose qui ressemble à de la musique de saloon.
La chose ne fut possible que par la virtuosité des membres, certains multi-instrumentistes, avec des instruments peu courants dans la tradition américaine. On retrouvera les musiciens par la suite dans diverses activités musicales, à la séparation du groupe en 1971 après quatre albums. Le plus connu, David Lindley, travailla avec une multitude de stars. La parution de cet album ne suscita pas l’enthousiasme des foules, mais il intéressa de nombreux curieux, sans doute attirés par le dessin de la pochette où figurent des instruments qui ne ressemblent pas tellement à une guitare Fender ou Gibson. La légende du groupe a malgré tout bien survécu. On découvre ou redécouvre ce qui fut considéré par quelques uns comme l’effort musical le plus original de 1967. Le reste de la discographie est également intéressant à plus d’un point. Personnellement, je préfère écouter ça que du rap et je le fais depuis très longtemps. A noter : ne pas confondre ce groupe avec un homonyme anglais de la même époque.

Egyptian Gardens
If The Night
Hesitation Blues
Please
Keep Your Mind Open
Pulsating Dream
Oh Death
Come On In
Why Try
Minnie The Moocher
Elevator Man
Little Orphan Nannie

Un joli document sonore enregistré au Newport Folk Festival en 1968. On peut entendre : introduction / 02:00 Hello Trouble / 04:54 Oh Death / 17:07 Présentation / 17:58 Taxim. Le dernier morceau « Taxim » est un de leurs titres phares figurant sur leur second album, un instrumental très planant et très oriental. C’est d’une qualité sonore très bonne.

Autre document sonore en live au Berkeley Folk Festival en 1967. Oh Death / 5:54 Taxim / 13:18 Egyptian Gardens. C’est aussi de bonne qualité, un poil de moins mais très écoutable.

Durant les sixties, la discographie française de distingua par le nombre impressionnant de publications qui furent faites sous la forme de EP, c’est à dire quatre titres, deux par face. Le principe de base était un peu mercantile, on vendait deux fois plus de marchandise sur la réputation d’un titre principal ou d’un succès, le 45 tours simple avec deux titres était réservé à la promotion et aux jukeboxes. L’avantage principal de ces EP’s demeurait dans le fait que ces éditions étaient présentées dans une pochette avec le plus souvent une photo de l’artiste et un emballage cartonné et plastifié plus résistant à l’épreuve du temps. L’Angleterre et les USA eurent beaucoup moins recours à ce genre de publications. Le plus souvent, la règle était le 45 tours simple emballé dans une simple pochette à trous permettant de voir l’étiquette du disque. Aujourd’hui ces fameuses disques EP’s français, surtout ceux concernant des artistes étrangers, sont recherchés par les collectionneurs du monde entier car ils sont uniques dans leur genre et peuvent parfois atteindre des sommes folles s’ils sont très rares. Au fil des semaines, je vous en présenterai quelques uns parmi ceux qui attirent justement les collectionneurs. Ils seront présentés avec la pochette, éventuellement avec un scan de ma collection personnelle si je ne trouve rien de satisfaisant, les titres qu’ils contiennent, et le plus haut prix atteint par une enchère sur Ebay.

C’est un goût tout à fait personnel, mais dans l’histoire de la musique il y a trois producteurs qui ont retenu toute mon attention. Le plus célèbre est Phil Spector, Joe Meek pour l’Angleterre, et un autre américain George « Shadow » Morton. Ce dernier est bien évidemment lié avec ce qui fut sa réussite la plus éclatante, les Shangri-Las. Il officia à ses débuts pour le label Red Bird, label fondé par le duo de compositeurs immensément célèbre, Jerry Leiber et Mike Stoller. En 1964, il signa le groupe qui devait faire sa gloire, les Shangri-Las. En fait ce sont les parents qui signent car ces demoiselles sont mineures. Pour ceux qui ne connaissant pas, précisons que ce sont deux fois deux soeurs dont une paire de jumelles. L’idée de Morton, du moins on peut le penser, est de faire de faire du Phil Spector avec des filles de race blanche. En effet, Spector n’a principalement produit que des artistes noirs durant sa période la plus glorieuse. A l’écoute, la différence ne sera pas trop visible, car le vocal des Shangri-las sonne assez noir. Une des spécialités de Morton sera d’introduire une ambiance sonore dans ses enregistrements, cris d’oiseaux, de motos, bruit de locomotive. Mais cela ne sera qu’un atout de plus, car c’est un génial travailleur de son comme Spector, un de ces producteurs que l’on peut identifier à l’empreinte sonore qu’il laisse dans ses enregistrements. Le succès viendra vite avec Remember » et surtout « Leader Of The Pack ». Voilà un résumé pour l’essentiel.
La France enchaîna bien entendu la publication des succès pour le marché national. Il y a quatre EP’s qui furent publiés avec les succès américains. En réalité seuls les deux derniers sont uniquement consacrés aux Shangri-Las, les deux autres présentent d’autres artistes du label, deux groupes noirs. La France, toujours dans le coup, bouda passablement ces publications, préférant les plus pâles adaptations des deux plus gros succès, Richard Anthony (Souviens-toi l’été dernier) pour « Remember » et surtout Frank Alamo « Le chef de la bande) pour « Leader Of The Pack ». Au niveau de la rareté, les deux premiers avec les gros succès sont un plus courants, le deux derniers sensiblement plus rares. Pour les enchères cela se tient dans un mouchoir de poche, les deus premiers attirent pour les succès, éventuellement pour les autres artistes partageant la publication, les deux derniers pour leur rareté et éventuellement les pochettes où les groupe apparaît plus à son avantage pour la photo. Elles ne sont d’ailleurs plus que trois, ayant perdu une des filles en route. Je m’arrêterai sur le quatrième, qui pour moi est le mieux illustré au niveau photo, celui qui attire le plus le regard, il est vrai qu’elles sont plutôt jolies. Il présente aussi un de leurs plus fameux titres « I Can Never Go Home Anymore », adapté en français (Jamais tu ne la reverras) par Ginette Reno dans une version qui n’est pas inoubliable.

The shangri-Las – Red Bird RBEV 28009, publié en 1966, meilleure enchère sur Ebay 285 euros.

I Can Never Go Home Anymore
The Train From Kansas City
Bulldog
Right Now Not Later

Le titre n’apparaît dans la discographie française, mais une bel essai fut « Past Present Future », qui se base sur la « Sonate Au Clair De Lune » de Beethoven. Le voici.

2 réflexions sur “Inventaire musical à la Prévert (47)

  1. Bonjour M. Boss,
    the kaleidoscope pulsating dreams est une bonne compil 3 CD de ce groupe et regroupe the Epic recordings .( sortie en 2010)
    Merci pour les documents sonores, je ne les connaissais pas .
    Pour les Shangri-las, j’ai jamais trop compris l’absence de Elisabeth / Betty Weiss,
    dans les apparitions et photos ?
    Bon 14 juillet
    Cooldan

    • Hello Cooldan,
      En effet, c’est une bonne compilation, il y a tout ce qui concerne Epic.
      Betty Weiss n’a jamais vraiment participé pleinement à la carrière du groupe, elle était en fin de compte plus une choriste qu’une soliste, c’est sa soeur qui était soliste. Il n’en reste pas moins que j’adore avec ou sans.
      Bonne suite de semaine

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