En passant

Voyage début de siècle (69)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Un peu plus de la Chine et une idée de ce que la femme peut faire en tant qu’impératrice et autres aperçus de la vie impériale et ça rigole pas tous les jours pour certains.

Les Mandchous fondèrent alors la vingt-et-unième dynastie, celle de Tsin, qui depuis 1644 est au pouvoir. Sous le règne de Kien-long, souverain distingué autant que courageux guerrier, la Chine acquit une grande puissance. Kien-long s’empara de l’île de Formose, du Turkestan et du Tibet. Poète à ses heures, il encouragea les sciences et les arts et fonda des bibliothèques. Pour des raisons politiques, il persécuta les chrétiens.
J’arrive enfin au règne de l’empereur Kwang-Su et de l’impératrice-mère; c’est l’histoire actuelle de la Chine. Comme depuis les événements de 1900, ce pays a pris dans le monde une grande notoriété, il ne sera pas inutile d’apprendre à connaître la Chine d’aujourd’hui et ses personnages importants.
Kwang-Su avait trois ans, lorsque son oncle l’empereur Tung-Chih mourut sans enfants à l’âge de dix neuf ans. La succession au trône devait être réglée par l’impératrice douairière et par l’impératrice-mère qui avait été régente pendant la minorité de son fils. La veuve de Tung-Chih étant morte peu après son mari, la mère de celui-ci devint l’âme du gouvernement. Voici le jugement que porte sur la trop célèbre impératrice-mère, M. de Brandt qui a occupé longtemps à Péking le poste d’ambassadeur d’Allemagne: «Si-tai-hau est considérée à juste titre comme une femme prudente et énergique. Si après de longues luttes, la tranquillité a pu être rétablie dans le pays, c’est à elle qu’on le doit. En outre, elle a engagé la Chine dans la voie du progrès. Chaque fois qu’il a été possible d’en appeler à sa décision, celle-ci — on pouvait en être sûr d’avance — était tout à fait pratique et raisonnable. Cette femme est sans contredit l’une des souveraines les plus capables et les plus habiles qui aient jamais régné dans le monde.
Tous les hommes d’Etat chinois avec lesquels j’ai eu des relations m’ont confirmé cette appréciation.
Elle eut l’occasion de déployer son énergie à la mort de son fils (printemps 1875). Comme il n’y avait pas d’héritiers du pouvoir, le gouvernement perdait la tête. L’impératrice-mère se rendit alors au palais de son beau-frère, le prince Chun, y prit le fils aîné, le petit Kwang-Su, et le plaça sur le trône.
Ainsi cette femme remarquable a été régente de l’empire pendant la minorité de deux souverains, et il faut bien admettre qu’après la déclaration de majorité de son neveu elle a continué à exercer une action prépondérante sur le gouvernement. On ne saura jamais, il est vrai, quel rôle elle a joué. Car la régente siège derrière le rideau; elle assiste invisible aux audiences de l’empereur et lui donne ensuite des conseils. Quoi qu’il en soit, elle a mérité la reconnaissance de la Chine et de l’étranger, et l’on peut se féliciter de ce qu’elle soit toujours en mesure d’assister le jeune empereur.»

Tel était le jugement de Brandt en 1894.
Passons à celui de Exner au sujet de l’éducation et du mariage de l’empereur Kwang-Su : «Lorsque le bébé impérial eut atteint l’âge de quatre ans, son instruction classique, que le Chinois considère comme la quintessence de la vie, commença. Les astronomes ayant déclaré particulièrement heureux un certain jour du mois de mai 1876 pour entreprendre l’éducation du fils du Ciel, deux savants reçurent à genoux l’héritier du trône, auquel on avait adjoint un «Kahachutsze» pour recevoir les corrections à la place du petit empereur. Car les deux instituteurs avaient à adresser chaque matin et chaque soir des exhortations au jeune fils du Ciel, frère du soleil et de la lune, un bambou menaçant dans la main. Mais comme cet instrument ne pouvait évidemment s’appesantir sur la peau divine, un remplaçant subissait les coups destinés à sa majesté. A titre de leçon, le petit empereur assistait à l’exécution.
Dès l’enfance, l’éducation des empereurs mandchous est très sévère. Lever à quatre heures du matin; immédiatement, leçon de littérature chinoise, suivie de l’exposé de mémoire de l’étude; le tout prend deux heures. Ensuite, compositions en langues madchoue et mongole, leçons dans ces deux idiomes et enseignement des dialectes locaux. Comme délassement, le tir à l’arc à cheval et à pied, l’escrime, la gymnastique, sous la direction d’un maître spécial. Les princes doivent exercer toute la journée soit leurs facultés intellectuelles, soit leur corps. En. échange ils vont se coucher de bonne heure. Ils se marient à quinze ans.
Lorsque Kwang-Su en eut quatorze, l’impératrice régente rendit un édit invitant toutes les filles de familles Pa-Chi-Chi-Yen, c’est-à-dire de celles qui prirent part à l’invasion de la Chine par les Tartares, à se rendre à Péking. Au nombre de plusieurs centaines, elles furent introduites sous la conduite de leurs pères dans la cour intérieure du palais impérial. Bientôt arrivèrent le jeune empereur et la régente, ils s’approchèrent de la table, sur laquelle était une quantité de tablettes de bois portant le nom, l’âge et la désignation de la famille des jeunes filles. A l’appel de leurs noms par l’impératrice, les petites demoiselles. l’une après l’autre, sortirent du rang. L’impératrice les examina et mit de côté les tablettes de celles qui lui plaisaient; les prétendantes non agréées reprirent les leurs. Quelques jours plus tard, les élues durent paraître une seconde fois à la Cour, où une sélection plus rigoureuse fit diminuer encore leur nombre. Le choix définitif eut lieu deux ans après, et le résultat porté à la connaissance du peuple de la manière suivante: «Depuis que l’empereur a recueilli le haut héritage paternel, il est arrivé à l’âge d’homme. Le moment est donc venu de lui choisir comme épouse une jeune fille de haute vertu et de caractère distingué qui le seconde dans les devoirs du’ palais et dans ses efforts vers le bien. Le choix est tombé sur Yeh-ho-na-la, fille du lieutenant-général Kwei-Hsiang. Ornée de toutes les qualités de l’esprit et du cœur, d’extérieur agréable et digne, cette jeune fille remplira noblement les fonctions d’impératrice. Nous ordonnons qu’elle soit élevée à cet honneur insigne.»

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Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

Une réflexion sur “Voyage début de siècle (69)”

  1. Je vais prendre la transcription en usage aujourd’hui pour les noms des personnages, j’ai un peu de mal avec la transcription Wade qui semblait être en usage au début du siècle précédent.
    Résumer le règne de Qianlong à « il persécuta des chrétiens », c’est un peu léger. On parle d’un des règnes les plus longs de l’Histoire de Chine, et un des âges d’or de la période Qing (l’autre correspondant au règne de son grand-père Kangxi, à l’époque de Louis XIV). Les « persécutions » dont parle l’autrice sont liées à la dissolution de la Compagnie de Jésus, au milieu du XVIIIe siècle, causée entre autres par la jalousie des autres ordres chrétiens qui contrairement aux jésuites, conseillers de l’Empereur, n’avaient pas su s’introduire en Chine…
    Quant à Cixi, je doute que les chinois contemporains la considèrent comme une « grande dirigeante ». Habile, assurément, mais sa lutte personnelle pour rester au sommet de l’État s’est faite au détriment de l’adaptation de la Chine aux réalités de son époque. Il est bien connu aujourd’hui que la révolution des Boxeurs, évoquée il y a deux semaines, était en partie causée par ses machinations. Bref, si l’historiographie chinoise tend à réhabiliter Wu Zetian, la seule femme qui a été couronnée Empereur sous la dynastie Tang, il est peu probable que Cixi bénéficie d’un traitement similaire. Et pas seulement parce-qu’aux yeux des chinois, elle était étrangère…

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