En passant

Voyage début de siècle (72)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

Le pays entre armée et influences religieuses…

Les événements de ces dernières années ont prouvé d’une manière éclatante que l’organisation militaire chinoise laisse beaucoup à désirer. La classe des guerriers est en général fort peu estimée dans l’Empire du Milieu. De tous temps, la guerre a été considérée comme un malheur et une iniquité. Ni les armes modernes, ni les instructeurs allemands, ni les inventions les plus nouvelles appliquées dans la flotte, ne pouvaient procurer une victoire aux Chinois. Au contraire, les chauvins enracinés accusent Li-Hung-Chang d’avoir, par l’introduction des nouvelles armes, amené les désastres militaires et demandent qu’on leur rende celles avec lesquelles les Mandchous furent victorieux en 1644. Environ 90,000 soldats sont dressés à l’européenne; le reste — un million, soi-disant — se sert encore d’arcs, d’épées, de hallebardes et de vieux fusils à mèche.
Infiniment plus grand est le prestige des «lettrés» qui occupent tous les emplois élevés. Les lettres sont la condition absolue pour atteindre une certaine position; elles élèvent celui qui les pratique bien au-dessus de la noblesse, car les places appartiennent au mérite et non à la naissance. Dix pour cent environ de la population des campagnes sait lire et écrire; vu la quantité innombrable des caractères chinois, c’est une étude de cinq ans au moins.
Les religions pratiquées en Chine sont celle de Kon-fou-tsé (Confucius), le bouddhisme et le taoïsme. J’y reviendrai plus tard, à propos de la visite aux temples de Péking. Parmi les confessions étrangères implantées en Chine, c’est l’islam qui tient le premier rang avec deux millions d’adhérents. Il fut introduit à Canton vers l’an 628 par 4000 soldats arabes qui épousèrent des Chinoises. D’après le recensement de 1894, les catholiques sont au nombre d’un million et les protestants de 33,000. Les premières missions évangéliques arrivèrent dans le pays en 1807. Mais au Vile siècle déjà il existait une communauté chrétienne fondée par les Nestoriens. Au XIVe siècle, le pape érigea à Péking un archevêché qui disparut déjà en 1363. Grâce aux missionnaires Ruggiero et Ricci, qui, fins diplomates, conservaient les formes extérieures de la religion des Chinois, les Jésuites prirent pied à Péking et à Canton, de 1580 à 1601. Un jésuite allemand, Adam Schell, jouit même, en 1644, d’une grande influence sur le premier empereur de la dynastie mandchoue.
Les Dominicains et les Franciscains, arrivés vers la fin du XVIIe siècle, furent loin d’obtenir le même succès. Jaloux des Jésuites, ils accusèrent ceux-ci auprès du pape, d’avoir abjuré la doctrine pure. Les enquêtes faites à ce sujet amenèrent l’empereur, en 1718, à prononcer l’expulsion de tous les ordres religieux, sauf les disciples de Loyola. En 1815 commencèrent des persécutions contre les chrétiens; elles ne finirent que lorsque tous les catholiques eurent quitté le pays sur l’ordre de l’empereur Khien-lung. Ce ne fut qu’en 1844 que, sur l’initiative de la France, le gouvernement permit aux Chinois d’embrasser le christianisme

Dans le courant de l’été 1900, la chasse aux chrétiens recommença plus cruelle que jamais, et avec elle, celle aux étrangers. Les morts même n’échappèrent pas à la fureur des Boxers. Il y avait, à l’ouest de Péking, un cimetière dans lequel, depuis trois cents ans, la société de Jésus ensevelissait ses frères.
Sur les tombes s’élevaient, emblèmes du «Céleste Empereur», dès dragons, des chimères, des tortues en marbre et des colonnes. Tous ces fiers monuments furent détruits, les ossements arrachés des sépultures, réduits en miettes et brûlés.
Les troubles commencèrent par l’incendie des missions russes et américaines, suivi bientôt de la destruction des autres et de la démolition des deux églises catholiques anglaises et d’une vingtaine de chapelles.
Dans tout l’Orient, l’opinion publique est hostile à l’Eglise et aux missionnaires auxquels on reproche leur manque de tact dans leurs tentatives d’imposer leurs croyances à un peuple d’une culture aussi antique que celle du peuple chinois, et que l’on accuse d’avoir, par ce fait, provoqué les troubles. Je ne puis me prononcer là-dessus. Mais ce qui est certain, c’est que les missionnaires expièrent les fautes commises, par la perte de tout ce qu’ils possédaient, par les tortures et la mort. Quant aux Chinois convertis, évangéliques ou catholiques, il n’y a qu’une voix pour dire le courage serein avec lequel ils endurèrent le supplice des martyres, quand le plus petit retour à leur ancienne croyance les aurait sauvés. On évalue à 15,000 le nombre des Chinois morts à Péking pour la foi chrétienne.
Il me reste à parler de la ville de Péking dont l’histoire remonte à quelques milliers d’années. Au lieu même où s’élève la ville, il y avait, en l’an 1121 av. J.-C. une colonie de Tartares dont les princes régnaient sur la Chine septentrionale.
Lorsque les Mongols, qui succédèrent aux Tartares, furent chassés par les Chinois soulevés, le premier souverain de la dynastie Ming transféra la capitale à Nanking. A cette époque Péking était beaucoup plus étendu qu’aujourd’hui. Marco Polo fait une description enthousiaste de l’éclat et de la beauté de cette ville. Yun-Lo, troisième membre de la dynastie Ming, revint dans l’ancienne capitale qui dès lors s’appela Péking, c’est-à-dire «résidence du nord», par opposition à Nanking «résidence du sud ». En 1419 on commença les travaux d’enceinte; ils furent terminés en 1544. Les murailles du côté sud sont beaucoup plus basses que les autres. Le mur de Péking a 331/2 kilomètres de pourtour.
Le nombre des habitants ne correspond cependant pas à la superficie de la ville, car une bonne partie du terrain est inoccupé. On peut difficilement indiquer un chiffre exact: peut-être 500,000 âmes.

A Suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

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