Exploration en terre musicale inconnue (25)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – Tommy Boyce & Bobby Hart / Out And About (I Dream Of Jeannie). Ce duo de compositeurs à succès, notamment pour les Moonkes, se lança aussi dans l’interprétation avec un certain succès surtout cantonné aux USA. EMI France publia un EP qui resta au fond des tiroirs. Voici un clip où ils sont entourés de musiciens et l’on peut voir l’apaprition d’un certain et redoutable Phil Spector comme auditeur.

1972 – Cardinal Point / Mama Papa. Un exemple type de musique où la recherche de la commercialité est évidente. Groupe d’origine italienne basé en Hollande, il n’obtint pas de succès en France avec cette unique publication. Pour les artistes, c’est une arme à double tranchant. Si le disque obtient un succès, ils risqueront de gagner un peu d’argent. Si ce n’est pas le cas, il finira assez vite dans les oubliettes et ne peut espérer une reconnaissance tardive comme cela arrive parfois pour les créateurs de quelque chose d’original.

1959 – Tony Conn / Run Rabbit Run. Assez bizarrement avant l’avènement du yéyé en France, les maisons de disques rechignaient à publier les noms célèbres du rock and roll, ce qui n’était pas toujours le cas pour des inconnus. A titre d’exemple, ce disque paru en 1959 d’un rocker américain inconnu chez nous et qui ne laissa que peu de traces chez les rockers français.

Les Roche Martin / Les Mains Dans Les Poches. Avant de connaître le succès cinq ans plus tard, Véronique Samson avec sa soeur Violaine firent partie de Roche Martin dont on publia deux EP’s en 1967 et qui n’eurent aucun succès. De belles et rarissimes pièces de collection.

1959 – Tom Dissevelt Electronic Music. Si on vous faisait écouter ce disque et si on vous demandait de le dater, vous diriez probablement années 70. Eh bien non, c’est bien plus ancien cela a été enregistré en 1958 par l’artiste hollandais Tom Dissevelt. Mais oui c’est un essai de musique électronique avec les moyens de l’époque, et cela sonne plutôt bien. Philips France publia un EP avec ce titre. Je ne l’ai jamais vu.

1960 – The Five Satins / Your Memory. Unique EP de cette formation de doo-wop publié en France qui ne contient pas leur plus grand succès. Mais le charme est quand même là et celui de la rareté aussi.

1966 – Lee Chamberlin / Haïlilolilolilolaï. Chanteuse noire d’origine américaine dont les enregistrements et la discographie sont exclusivement français. Un titre aux paroles assez marrantes tiré d’un air traditionnel. Comme sa carrière ne décollait, elle repartit dans son pays natal et devint une actrice de second plan assez populaire. Elle fonda une association pour la reconnaissance des droits des acteurs noirs. Elle mourut en 2014 âgée de 76 ans, une année avant son père qui atteignit l’âge respectable de… 114 ans!

1965 – Dino, Desi & Billy / I’m A Fool. Deux fils de célébrités (Dean Martin et Lucille Ball) encore écoliers, fondent un trio avec un copain d’école. C’est surtout un groupe vocal, bien qu’ils paraissent avec des guitares dans les clips en playback. En 1965, ils entrent dans les charts US avec cette reprise d’un titre de Rick Nelson, également au répertoire des Astronautes. Rien à dire, c’est bien vocalement et instrumentalement. Ils resteront assez populaires au point de se reformer et de se produire dans les années 2000, le fils de Dean Martin décédé dans un accident sera remplacé par son frère. Deux EP’s, pas très visibles, furent publiés en France.

1969 – The Turtles / You Showed Me. Entre 1965 et 1970, les Turtles furent de réguliers visiteurs du hit parade américain. Au niveau international, ils sont surtout connus pour « Happy Togheter ». En 1969, leur dernier gros hit US que je vous propose ici, est la reprise d’un titre des Byrds qu’ils avaient enregistré dans les studios World Pacific avant qu’ils soient célèbres. Le single publié en France n’eut pas l’honneur d’être très remarqué. Le grand mérite de la version des Tutles est d’avoir relancé l’intérêt pour les premiers enregistrements des Byrds, qui est quand même un des groupes qui a le plus influencé la musique américaine des sixties.

1965 – The Vejtables / I Still Love You. Groupe américains originaire de la Californie, avec la particularité d’avoir aussi une fille à la batterie. En terme de succès, ils ne cassèrent pas la baraque obtenant un succès d’estime qui sera très bref. Néanmoins, un très rare EP vit le jour en France publié par Vogue qui distribuait le label Autumn dont le groupe phare de l’époque était les Beau Brummels. Ceci a sans doute aidé cela. En complément je vous file un titre qui ne figure pas sur le disque, mais qui est une perle de psychédélique naissant « Hide Yoursel »

Hide Yourself

1964 -Michel Magne / Le Monocle Rit Jaune. La plupart des films qui ont un certain succès font l’objet de la publication de la bande sonore. Beaucoup plus rares sont les spectateurs qui l’achètent à moins que cela ne devienne un succès. La bande sonore de ce film de Georges Lautner a bien été publiée en 45 tours, composée et interprétée par Michel Magne, une référence en la matière. Cette pièce est très recherchée, car la demande est plus forte que l’offre. Cette musique un peu jazzy a conquis tardivement les amateurs, le charme n’a pas opéré immédiatement. On trouve assez souvent des bandes sonores de films qui sont cotées chez les collectionneurs.

1956 – Muddy Waters / Manish Boy. Le label London France fut un des moins frileux pour publier du rock and roll et du blues, alors que cette musique n’était pas encore très dans les moeurs musicaux français en 1956 -57. Publier un disque de Muddy Waters en 1956 frisait le sacerdoce. Pour le public américain il n’était pas grand chose, pour celui de France rien du tout, mais son heure viendra. Voilà le disque est publié, il vous fera voyager du côté de Chicago. Mais c’est un autre voyage pour trouver cette copie-là.

*****

Exploration en terre musicale inconnue (24)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1962 – The Dellwoods / She Got A Nose Job. Après avoir été distribué en France par London, le label américain Big Top est repris par Barclay. A ce moment là deux grands noms enregistrent pour lui, Del Shannon et Johnny & Hurricanes. Barclay profite pour publier en France un fond de tiroir du label sur un EP qui couple Mike Russo et les Dellwoods. C’est extrait d’un album un peu parodique qui fait la part belle au célèbre magazine Mad. Sur la pochette de l’édition française on peut lire : « Les disques Barclay déclinent toute responsabilité quant aux accidents survenus à la suite de l’exécution de la danse contenue dans ce disque ». A ma connaissance, il n’y a pas eu beaucoup d’accidents.

1972 – The Dramatics / Whatcha See Is Whatcha Get. Le funk et la soul sont en passe de devenir une musique de premier plan au tournant des années 1970. En Europe cela démarre assez gentiment, toutes les publications des hits américains sont loin de connaître le même succès sur le vieux continent. En voici un exemple qui n’a pas cartonné en France.

1963 – The Earls / Remember Then. En 1962, le style doo wop et les ballades années 50 sont en perte de vitesse. Pourtant ici et là, quelques artistes arrivent encore à faire des tubes dans ce style. Il y a les Duprees avec « You Belong To Me » et ici les Earls et « Remember THen ». Edité en France sur un EP partagé avec un certain Larry Finnegan, le disque passe très inaperçu, mais le titre est remarqué par les Missiles qui l’adaptent en français pour leur premier EP. Remarquez que le titre faisait un peu double emploi avec la version anglaise de Jimmy Powell, également publiée en France par Decca, lui aussi couplé sur un EP avec les Chucks qui reprennent le hit de Johnny Thunder (pas le chanteur des New York Dolls) « Loo-Be-Loop », dont notamment Dalida fera un adaptation française. Comme ce disque est aussi rare que l’autre, je vous le mets à la suite.

The Earls

The Chucks

1966 – Cher / Mama. Cher est ce que l’on peut considérer comme étant une grande star. Parallèlement à son duo avec Sonny, elle a une carrière de soliste assez prolifique, d’ailleurs sous la houlette de Sonny qui lui compose des titres assez marquants. Le duo Sonny & Cher a bien cartonné en France, enregistrant même dans notre langue. Par contre sa discographie française solo est nettement boudée et les disques d’époque, sans être des raretés très cotées, sont bien plus difficiles à trouver. Qui se souvent de cette charmante « Mama » sur cet EP de 1966 ?

1967 – The Mamas And The Papas / Dancing Bear. Ce titre est l’illustration parfaite du manque d’intérêt pour un artiste quand il n’est pas programmée à la radio. Quand on écoute leurs hits, il est évident que c’est une groupe qui manie parfaitement les harmonies vocales et que les compositions de John Philips sont de premier ordre. Et pourtant cette petite merveille sortie en 1967 n’a de loin pas eu le succès qu’elle méritait. Si cette chanson était maintenant reprise pour une publicité, sûr que l’on en vendrait un million.

1965 – Les Astronautes (Astronauts) – I Still Remember. La discographie française des Astronautes, orthographié en français sur les publications, est assez rare. Les connaisseurs savent que c’est un groupe plus spécialisé dans la surf music et originaires du Colorado, état qui n’est pas spécialement attirant pour la pratique du surf. Le surf passant de mode, il s’orientent vers les dérivés de la Beatlemania. Un rarissime et dernier EP illustrant ce virage est publié en France en 1965.

1978 – Chorale / Riu Riu. Je me souviens très bien d’avoir acheté ce disque dans un magasin qui s’appelait Champs Disques à Paris. J’avais pris la peine de l’écouter, car je connaissais une chanson du même titre enregistrée par le Kingston Trio. C’était bien la même et j’ai été charmé par l’arrangement pop de cette chanson d’origine sud-américaine. A part ça, le groupe est d’origina anglaise et je ne crois pas que les ventes ont atteint le million d’exemplaires.

1960 – Los Dandies / Dracula Cha Cha Cha.  Malgré le « los », il s’agit bien d’un orchestre italien. En 1958, la firme cinématographique anglaise Hammer relance avec un certain succès le personnage de Dracula, via l’interprétation sanguinolente et en couleurs de Christopher Lee . L’apparition du personnage dans le titre d’un disque uniquement dédié à la danse est presque une suite logique. La France n’ayant rien sous la main dans le genre, on fait appel à une production italienne que Vogue publie via son sous-label Pop. La plupart des initiatives de ce genre se contentent de ventes modérées et de ce fait sont assez rares, elles n’ont souvent qu’un intérêt mineur pour les collectionneurs.

1968 – Owl / Run To The Sun. Du psychédélique anglais qui passa complètement inaperçu lors de sa sortie. Le groupe avait dans ses membres un certain J. Vincent Edwards qui aura une certaine notoriété deux ans plus tard avec « Thanks ». C’est une bonne petite pièce de collection.

1965 – The Paramounts / Draw Me Closer. Une grosse pièce de collection. Il y a une bonne raison à cela, les Paramounts sont les célèbres Procol Harum sous un premier nom. Autant ils vendirent des millions de disques sous leur second nom, autant ils n’en vendirent que quelques centaines en étant les Paramounts. La France se décide quand même à mettre en route un EP en 1965. La chanteuse Doris Troy ayant porté bonheur aux Hollies avec « Just One Look », ils vont puiser à la même source et les mêmes compositeurs et empruntent « Draw Me Closer ».  Leur reprise est plutôt bonne, s’inscrivant dans une veine r’n’b assez présente chez le Paramounts. Pour ceux qui connaissent Procol Harum et surtout leur immortel hit « A Whiter Shade Of Pale », la voix de Gary Brooker est aisément reconnaissable. Même emballé dans une splendide pochette, cette édition française unique ne se vendit que très peu.

1969 – People / I Love You. Plusieurs artistes portent ce nom. Ici il s’agit d’un groupe californien dont deux singles parurent en France sans provoquer de marées. Sur le premier on trouve une splendide reprise de « I Love You » des Zombies.

1959 – Jack Scott – The Way I Walk. Jack Scott, alors qu’il était plutôt un rocker dans l’âme, a créé un slow immortel qui fit le tour du monde en 1958 « My True Love ». Même la France s’y colla et continua de publier ses disques les années suivante. Si son succès est assez facile à dénicher dans une vieille édition, les suivants sont très nettement plus rares et peuvent atteindre des sommes rondelettes, comme cet EP de 1959, le troisième publié. Comme extrait une chanson plutôt rock et bien roulée.

*****