Nos disques mythiques (2)

Voici un disque, un titre, connu de tous les amateurs branché sixties et même s’il ne le sont pas, ils le connaissent sûrement  Il a pourtant aussi sa petite histoire particulière, encore une fois rattaché à une spécificité française.

1965 – Sous le nom un peu étrange de Them (eux) se cache un combo d’origine irlandaise emmenés par le chanteur Van Morrison. Venus tenter leur chance en Angleterre, ils sont signés par Decca. Le groupe se caractérise par une musique plutôt violente, soulignée par la voix railleuse de Van Morrison. Ils mélangent le blues avec parfois une teinte de jazz. Avec leur second 45 tours « Baby Please Don’t Go » / « Gloria »,  ils décrochent un premier tube en Angleterre avec la face A, sur laquelle l’effort promotionnel est fait. C’est la reprise plutôt déjantée d’un titre de Big Joe Williams, bluesman adulé. La composition de Van Morrison « Gloria » est mise en face B. Decca France publie le succès en reprenant la formule du EP 4 titres anglais qui comprend justement le succès. Par un de ces mystères propres au showbiz, dans le reste du monde c’est la face B qui semble connaître la faveur des programmateurs. Dans de nombreux pays, le prénom de la jeune fille devient un succès. C’est le cas de la France et ils sont un peu embêtés. Le disque publié il n’y a pas si longtemps ne contient pas le titre magique, seulement le succès anglais. Alors il mettent sur le marché un autre EP qui contient cette fois « Gloria » et pour la bonne mesure on remet le succès et le nouveau simple  anglais « Heres Comes The Night » / « All For Myself ». Le premier deviendra la meilleure réussite au niveau classements en Angleterre, tandis que le second, une autre composition de Morrison, est un des titres au vocaux ravageurs dont il a le secret.
Nous pouvons constater que parfois les producteurs se plantent admirablement. Un titre qui fut à l’origine une face B est devenu un des plus grands classique des sixties et il fut quasiment au répertoire de tous les groupes de l’époque, même les Doors s’y collèrent. Les Shadows Of Knight en firent un succès personnel qui monta dans le top ten américain. dans un version un peu plus sage que celle des Them.
Si le groupe ne survécut pas longtemps au raz-de-marée engendré, cela permit à Van Morrison de devenir une star adulée avec une musique assez différente.
Pour le fan français et même étranger, ce disque est un incontournable souvenir dans cette édition et il figure dans nos disques mythiques sans aucun problème.

Gloria, en playback pour la TV française

Baby Please Don’t Go, playback pour la tv anglaise

Here Comes The Night

All For Myself sur un… tourne-disque

Nos disques mythiques (1)

Premier article d’une série consacrée à quelques disques particuliers. Au temps du vinyle, chaque publication était un sorte d’oeuvre d’art. Le format de la pochette plus grand, était aussi plus aguicheur. Certaines publications ont passé à la postérité plus que d’autres. Elles rappellent un moment particulier, une époque, un bout d’histoire. L’avènement du phénomène est surtout involontaire, il fait partie de ces choses qui sont dans l’air et que l’on explique pas pourquoi elles se démarquent des autres. A part l’aspect visuel, le contenu peut aussi aider à faire la différence, pousser l’accès à la  notoriété de manière plus forte. Enfin mille petites choses, plus ou moins importantes.
Je n’ai pas voulu faire ici quelque chose de personnel, mais au fil de mes conversations avec d’autres collectionneurs, il apparaît que nous avons tous nos disques préférés, ceux qui sont un peu plus restés dans notre mémoire que bien des autres et qui souvent se confondent. Je ne pense pas trahir mes collègues en vous présentant au fil des articles, quelques unes de ces pépites qui font partie de notre patrimoine commun.

1965 – Les Moody Blues, groupe de Birmingham, a connu une année faste en décrochant la première place des charts anglais avec « Go Now ». C’est un grand disque, un des meilleurs de tous ceux nés dans le sillage des Beatles. Il est paru en France, sans trop attirer l’attention. Pourtant la reprise en français de ce titre par Dick Rivers « Va-T-En », a été pour lui une de ses plus grosses ventes, belle illustration du potentiel de ce titre. En Angleterre, les Moody Blues peinent à retrouver un semblable succès, les deux disques suivant ne rencontrent qu’une attention polie. A la différence de l’Angleterre avec le 45 tours simple 2 titres, la France publie principalement des 45 tours avec 4 titres dit EP. L’astuce est financière, elle permet sur un succès de vendre le double de musique. Cette pratique sera remerciée par les collectionneurs plus tard, car le disque est présenté dans une pochette illustrée avec souvent la photo de l’artiste au recto. La France est sans doute depuis le début du microsillon et jusque en 1967 environ, le pays qui a eu le plus ce genre de publications.  Cela attirera les collectionneurs du monde entier, pas tellement pour les chanteurs francophones, mais la publication sous licence des catalogues étrangers. Donc voici Decca-France qui veut publier une suite au fameux « Go Now ». Ils hésitent sur le choix, les titres successeurs au hit ne marchent pas très fort, il faut bien admettre qu’ils n’ont pas le même attrait, alors on mise un coup de poker. On puise 4 titres dans les enregistrements existants, en laissant les semi-échecs de côté, ce qui nous donne « Bye Bye Bird »; « Stop »; « And My Baby’s Gone »; « I’ll Go Crazy ». Le premier, « Bye Bye Bird » est mis en vedette. C’est une reprise de Sonny Boy Williamson. Si le créateur  est un virtuose de l’harmonica, Denny Laine, chanteur et guitariste des Moody Blues est est un autre. Le groupe insuffle un rythme d’enfer au titre, c’est plus une démonstration qu’une chanson bien mélodieuse. Rien de très commercial à première vue et pourtant il cartonnera fort dans la belle France. Le second « Stop » est une composition de Denny Laine et Mike Pender, le pianiste. Un mélange de blues très mélancolique sur un pas de danse au goût rétro. Le troisième, du même tandem de composition, est un titre encore plus bizarre. Un vocal à l’arraché et un son de piano bien trafiqué, de la musique de fous disait mon père quand je l’écoutais, aurait mérité  mieux que la face B sur laquelle on l’a publié en Angleterre. Le dernier, « I’ll Go Crazy » est puisé chez James Brown, version également trépidante par le groupe. La pochette reprend dans un cadrage un peu différent, le montage du seul EP anglais qui comprenait les deux premiers 45 tours, avec un lettrage orange au lieu de bleu pour le nom du groupe, logo qui figurait sur le batterie.
Le titre principal commença a être diffusé dans la fameuse émission « Salut les Copains ». Il accroche si bien que tous le titres du 45 tours seront diffusés plus ou moins régulièrement. Il faut croire que la jeunesse d’alors en avait un peu marre de éternelles rengaines que l’on diffusait sur les ondes. Le succès de ce disque en est une preuve évidente, rien de très commercial dans son contenu, mais plutôt innovant. Le groupe eut droit à un passage en direct dans l’émission, les honneurs de la télévision et un article dans journal mensuel du même nom. Trois titres furent repris en français, deux par Pussy Cat et un par Ronnie Bird. Ce succès inespéré obligea même les Moody Blues à recentrer leur carrière sur la France, il y séjournèrent longtemps et le disque suivant « Boulevard De la Madeleine » est à l’évidence un appel du pied.

La suite on la connaît, Denny Laine quitta le groupe. Plus tard il fera partie de Wings de Paul Mc Cartney. Le bassiste Clint Warwick quittera le métier. Quant au reste en s’adjoignant les services de Justin Hayward et John Lodge, ils devinrent un groupe mondialement célèbre au succès considérable pendant plus de 40 ans. Mais on ne trouvera plus guère le blues de leur débuts dans la suite. On peut parfois le regretter.

Bye Bye Bird version studio

La même en live

En live sur playback « Ill Go Crazy »

Les deux autres en studio

Pour le plaisir « Go Now »