Nos disques mythiques (20)

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Le succès du fameux « Gloria » de Them a constitué pour les ventes en France une assez belle réussite. Il y a même eu un petit vent de panique chez Decca-France. En effet, la maison française a misé sur une première publication offrant le succès anglais « Baby Please Don’t Go », en fait la version française du EP sorti en Angleterre avec une pochette différente. Sur le simple publié en Angleterre figurait justement en face B le fameux « Gloria ». Le titre est complètement ignoré dans la publication française. Mais par un coup de baguette magique, c’est ce fameux titre qui devient un hit dans pratiquement partout ailleurs, y compris la France. Pour rattraper le coup, Decca ressort 4 titres où il figure cette fois en bonne place. Cette seconde publication est même sans en avoir l’air un sorte de « greatest hits », car elle reprend « Baby Please Don’t Go » avec « Here Comes The Night », le plus gros succès anglais en terme de classement (2 ème en 1965). Il fallait bien évidemment envisager une suite pour la discographie française. Il y avait deux choix possibles, coller à la suite de la discographie anglaise, mais les publications sont plus modestes question succès, ou alors proposer une sélection différente. C’est cette deuxième solution qui est adoptée et ce sera un coup d’éclat doublé d’un de ces mélange de pinceaux chers aux discographies françaises.

Originalement le choix était celui-ci…

Un titre récupéré dans le premier album « Mystic Eyes », et puiser dans les sessions du second album « Them Again » en retenant « Bring Em On In », « Call My Name », « I Can Only Give You Everything », choix excellent.

C’est normalement ce qui aurait dû se passer, mais dans un premier temps les premiers tirages comportent une erreur de titres. Si les premiers titres de chaque face sont corrects (« Bring ‘Em On In  – Mystic Eyes »), les seconds titres jouent « Something You Got – I Put A Spell On You » à la place des titres annoncés. L’erreur sera rectifiée par la suite, mais il existe pas mal de copies avec les mauvais titres en circulation et cela n’est apparent qu’à l’écoute. Encore une autre spécialité, plus sympathique celle-là, « Bring ‘Em On In » et « Call My Name » sont les versions de l’album « Them Again » plus intéressantes que celles sorties sur les 45 tours anglais. Notamment « Bring ‘Em On In » est plus élaboré, le vocal de Morrison plus hargneux, il bénéficie aussi du soutien la guitare de Jimmy Page avec un solo. L’influence du jazz est encore présente. Par la suite, les rééditions mélangeront assez joyeusement versions des albums et des 45 tours sans toutefois préciser lesquelles.

Mais voyons le reste du contenu en détail:

Mystic Eyes – C’est à mon avis un des deux ou trois titres phares de la discographie des Them originaux et je dois l’avouer, un de mes disques préférés toutes tendances confondues. Vocalement, c’est toute la splendeur d’un chanteur (et aussi compositeur) d’exception. Bien sûr les Them, c’est essentiellement Van Morrison, mais dans sa courte carrière, l’ensemble du groupe a laissé quelques souvenirs délectables, celui-ci en est un. A noter encore une particularité, le titre est vraiment plus intéressant dans sa version mono, il sonne mieux. La version stéréo, que l’on trouvera ensuite, hélas, dans la plupart des rééditions est plus fade. Il n’y a pas ce concentré sonore qui figure en monophonie.

Call My Name – Aussi un titre avec une ambiance assez spéciale, un peu insolite, mais combien délicieux. C’est une composition du fameux producteur Tommy Scott.

I Can Only Give You Everything – Je l’ai toujours dit et je le maintiens, sans jamais avoir été un succès, ce titre aux riffs ravageurs est un monument de la musique du 20ème siècle. A voir le nombre de reprises qu’il a enfantées, qui pourrait douter de ses capacités à plaire. C’est aussi une composition de Tommy Scott avec Phil Coulter, plus connu pour avoir composé « Un Petit Pantin » pour Sandie Shaw, mais c’est une toute autre histoire.

Ces quatre titres montrent à l’évidence que cette édition française est un must dans la discographie originale du groupe pour autant que l’on possède la version « correcte ». Il montre aussi que ce groupe est un peu plus qu’une météorite qui a passé dans un ciel orageux. La voix de Morrison lui aurait sans doute valu un séjour dans un asile de fous, s’il s’était mis à chanter cent ans auparavant. Heureusement, il est apparu au moment ou l’on cherchait des talents qui sortaient des sentiers battus. Il avait tout pour cela, avec assez de force pour se hisser parmi les grandes voix, celles qui confinent vers l’éternité avec ou sans Them.



N’ayant pas trouvé la version album sur YouTube, je vous propose ici celle du 45 tours ou le saxophone domine. Toutefois, je vous mets un lien sur Deezer ou vous trouverez la version album, si vous possédez un compte vous pourrez faire la différence ou du moins en écouter un extrait.

http://www.deezer.com/album/11848322?utm_source=deezer&utm_content=album-11848322&utm_term=8337609_1459540469&utm_medium=web

Nos disques mythiques (2)

Voici un disque, un titre, connu de tous les amateurs branché sixties et même s’il ne le sont pas, ils le connaissent sûrement  Il a pourtant aussi sa petite histoire particulière, encore une fois rattaché à une spécificité française.

1965 – Sous le nom un peu étrange de Them (eux) se cache un combo d’origine irlandaise emmenés par le chanteur Van Morrison. Venus tenter leur chance en Angleterre, ils sont signés par Decca. Le groupe se caractérise par une musique plutôt violente, soulignée par la voix railleuse de Van Morrison. Ils mélangent le blues avec parfois une teinte de jazz. Avec leur second 45 tours « Baby Please Don’t Go » / « Gloria »,  ils décrochent un premier tube en Angleterre avec la face A, sur laquelle l’effort promotionnel est fait. C’est la reprise plutôt déjantée d’un titre de Big Joe Williams, bluesman adulé. La composition de Van Morrison « Gloria » est mise en face B. Decca France publie le succès en reprenant la formule du EP 4 titres anglais qui comprend justement le succès. Par un de ces mystères propres au showbiz, dans le reste du monde c’est la face B qui semble connaître la faveur des programmateurs. Dans de nombreux pays, le prénom de la jeune fille devient un succès. C’est le cas de la France et ils sont un peu embêtés. Le disque publié il n’y a pas si longtemps ne contient pas le titre magique, seulement le succès anglais. Alors il mettent sur le marché un autre EP qui contient cette fois « Gloria » et pour la bonne mesure on remet le succès et le nouveau simple  anglais « Heres Comes The Night » / « All For Myself ». Le premier deviendra la meilleure réussite au niveau classements en Angleterre, tandis que le second, une autre composition de Morrison, est un des titres au vocaux ravageurs dont il a le secret.
Nous pouvons constater que parfois les producteurs se plantent admirablement. Un titre qui fut à l’origine une face B est devenu un des plus grands classique des sixties et il fut quasiment au répertoire de tous les groupes de l’époque, même les Doors s’y collèrent. Les Shadows Of Knight en firent un succès personnel qui monta dans le top ten américain. dans un version un peu plus sage que celle des Them.
Si le groupe ne survécut pas longtemps au raz-de-marée engendré, cela permit à Van Morrison de devenir une star adulée avec une musique assez différente.
Pour le fan français et même étranger, ce disque est un incontournable souvenir dans cette édition et il figure dans nos disques mythiques sans aucun problème.

Gloria, en playback pour la TV française

Baby Please Don’t Go, playback pour la tv anglaise

Here Comes The Night

All For Myself sur un… tourne-disque