Dans toutes mes adorations musicales, le style qui revient le plus souvent dans mes écoutes est le garage punk, le psychédélique. Si l’appellation première n’existait pas vraiment dans les sixties, elle devint un style à part entière un peu plus tard. Nul n’ignore que les USA forment un vaste territoire et une population considérable. Quand la musique est devenue une industrie pour les jeunes avec ses miroirs aux alouettes, les candidats se pressaient au portillon. Des milliers d’orchestres, de chanteurs, revendiquèrent le droit à faire de la musique et surtout d’arriver à enregistrer un disque. Le style doit surtout son nom au fait que le garage familial servait de lieu de répétition et parfois même d’enregistrement. On y colla le terme punk, car parfois on peut y trouver les prémices de ce style, un dizaine d’années avant son avènement. Ce n’était pas trop difficile, chaque ville, même perdue au fond du pays, avait un ou plusieurs labels locaux. On avait alors la possibilité de publier un 45 tours, le plus souvent à ses frais. Ils servaient de promotion et de carte de visite pour les artistes quand ils se produisaient lors de concerts de plus ou moins grande importance. Les grandes maisons de disques avaient des rabatteurs qui tournaient les disquaires locaux dans l’espoir d’y découvrir un disque qui ferait un malheur sur la plan national, même international. Dans ce cas, les droits étaient rachetés ou les chansons réenregistrées et publiés sur un label important. Il y a quelques artistes qui accédèrent à la gloire de cette manière là, le cas le plus connu étant Elvis Presley. Bien sûr la majorité restèrent d’obscurs interprètes et leurs disques d’obscures galettes entre les mains de quelques détenteurs en principe heureux. Le potentiel resté caché est énorme, des milliers de titres, certains étant de purs joyaux. La frontière entre garage et psychédélique est parfois ténue, un titre peut très bien coiffer les deux noms. Entre 1963 et 1967, c’est plus souvent du garage brut et que à partir de là, le son laisse entrevoir les artifices sonores du psychédélique.
En 1972, Lenny Kaye, guitariste de Patti Smith, parvient à compiler et faire éditer un double album qui regroupe quelques titres à tendance psychédélique et pour la première fois le terme punk rock figure sur un disque. Les noms qui apparaissent sont relativement connus des amateurs de musique qui observèrent le mouvement de son vivant. Presque tous les titres proviennent de grands labels, mais n’ont pas tous connu un succès retentissant. Ils n’en reste pas moins qu’ils attirent l’attention et donne l’envie aux encyclopédistes d’explorer le domaine, riche en promesses. Le pari sera tenu, d’innombrables compilations verront le jour, j’en possède plusieurs centaines. C’est d’une fertilité sonore incroyable. Sur les milliers de titres à écouter, il est difficile d’en trouver deux qui sonnent la même chose. Au regard de ce qui se fait aujourd’hui, presque toujours le même son synthétique, on peut considérer cette époque comme une belle aventure.
Voici quelques titres extraits de ces compilations, tous aussi obscurs que beaux. C’est peut-être un peu vieillot pour certains, mais justement on est ici pour cela.
ll y a un tas de chanson qui ne sont pas très connues, elles sont même la majorité. Mais parfois, si l’on se donne la peine de chercher, on tombe sur des trucs qui vous poursuivent parfois durant toute une vie. Ces chansons ont le le petit quelque chose qui fait le grand plus. Je vous en propose 5, pas une de plus. C’est bien sûr un ressentiment tout à fait personnel. Mais quand on la chance d’avoir consacré une bonne partie de sa vie à écouter de la musique, on procède un peu par comparaison. On aime un chanson spontanément, puis le temps passe et la chanson aussi. Au fil des écoutes, on en découvre d’autres, on les juges banales, bonnes, sensationnelles et j’en passe. Dans ce magma de notes de musiques, de styles, d’ambiances, de voix, on établit peu à peu sa liste de coups de coeurs. Mes cinq chansons qui font partie de cette élite et que je vous propose, ne sont liées a aucun souvenir sentimental, événement particulier de ma vie. Elles ont juste surgi un jour dans ma vie et je les ai trouvées belles et surtout elles le rentent, pour toujours!!!
Tim Buckley – Song Slowly Song – 1967
Une chanson aux paroles presque banales, d’un anglais accessible pour ceux qui en possèdent quelques notions, pourtant une des plus belles chansons d’amour que je connaisse. Sans doute un des plus grands chanteurs américains de tous les temps. Jacques Brel l’adorait.
The Beau Brummels – The Wolf Of Velvet Fortune- 1967
Si vous aimez les ambiances de forêt enchantée, ceci est pour vous. Pas nécessaire de comprendre les paroles, la musique projette l’ambiance
Illusion – Isadora – 1977
Une de mélodies que l’on aime écouter dans son coin, je ne connais pas pas de Isadora et pourtant celle-là je le connais très bien.
Angelo Branduardi – Confessions D’un Malandrin – 1981
Les belles chansons n’existent pas que dans la langue de Shakespeare, ici via un Italien pour la mélodie et un texte de Etienne Roda-Gil pour la version française, enfin presque une traduction du texte original, cette balade plaît bien à mon âme de poète campagnard, assez pour la mettre dans mon musée.
Jamul – Tobacco Road – 1970
Nous avons écouté jusqu’ici des chansons plutôt douces. Mais la douceur n’a pas l’apanage de mes préférences. Je peux aussi écouter des trucs extrêmement bruyants et j’en écoute, c’est mon petit jogging mental. Nous allons écouter quelques chose à mi-chemin. C’est pas une berceuse, mais ce n’est pas encore la furie. Non, juste une version d’un grand classique des sixties « Tobacco Road », une chanson réservée aux compartiment des fumeurs. Cette version est du genre hargneux, c’est d’ailleurs ma préférée de toutes, bonne raison de la faire figurer ici. Un groupe obscur, quatre gaillards sortis d’un western spaghetti, excellents musiciens et arrangeurs, un bon hard rock avant l’heure.