Exploration en terre musicale inconnue (52)

Avec ce numéro 52 s’achève cette exploration des raretés phonographiques françaises. Cela fait pile une année que j’ai été rechercher les plus ou moins grandes obscurités et raretés des publications vinyles françaises depuis 1950,  plus de 600 présentations. Dans une nouvelle rubrique, je vais garder un peu le même principe et aller voir ailleurs ce qu’on y trouve dans le genre, agrémenté de faits drôles ou insolites concernant la musique. Sans vouloir critiquer personne, il m’arrive d’aller me promener ailleurs et constater que généralement, je n’apprends pas grand chose de nouveau en matière musicale. Toujours les mêmes rengaines, les mêmes noms mis en lumière de manière superficielle, c’est Radio Nostalgie. J’essaye juste de faire mieux. A bientôt pour la suite.

1966 – The Magic Lanterns / Excuse Me Baby. Un des groupes anglais du producteur Mike Collier qui produisit aussi les Downliners Sect. C’est une rareté plutôt difficile à dénicher. Dans leur musique on identifie clairement le style mod. On connaît le titre via l’adaptation de Joe Dassin « Excuse Me Lady »

1967 – Dead Sea Fruit / Loulou. Une autre production de Mike Collier, mais celle-ci a eu nettement plus de succès en France, ce fut même un tube. La pièce maîtresse de leur discographie est l’album anglais qui se vend régulièrement une centaine d’euros. Le seul EP paru en France, on se demande pourquoi DiscAZ n’a pas publié de suite après leur tube, existe en deux versions une avec la photo du groupe l’autre sans. La première est plus rare et aussi plus recherchée, mais ce n’est pas un collector de premier plan. Le guitariste David Lashmar fonda par la suite l’un des plus gros magasin de collectors anglais, Beano. Le chanteur Clive Kennedy a poursuivi une très fructueuse carrière de chanteur country, il est toujours en activité.  Il existe un clip en playback dans lequel on aperçoit une certaine Annie Philippe.

Sur le EP, on trouve également un très bon titre, un plus psyché, dont il existe aussi un clip. C’est un bande de joyeux drilles.

1965 – Jimmy Gilmer & The Fireballs / Thunder & Lightnin’. Cette publication en EP de 1965 est assez peu visible, c’est encore dans ma collection que je l’ai le plus souvent vu. Ce n’est sans doute pas la pièce que tout le monde recherche, mais cette reprise de Hoyt Axton est plus que présentable.

1966 – Freddie Lennon / That’s My Life. C’est un collector uniquement parce qu’il s’agit du père à John Lennon, mais quand même peu courant. Rarement aperçu avec son célèbre fils, il tenta de récupérer un peu de sa gloire et aussi un peu d’argent par ce moyen, mais ne réussit pas vraiment et ce fut sans suite. C’est plus un disque de narration que de chanson, mais il semble que l’on trouve quand même une similitude entre les voix du père et du fils. La publication française en EP nécessita d’inclure deux titres de Brian Diamond & The Cutters pour faire le joint.

1965 – Earl Van Dyke / Soul Stomp. Bien sûr, un artiste Tamla Motown publié en France et en EP, cela doit bien valoir quelque chose, d’autant plus si c’est rare. C’est bien le cas ici avec cet artiste et pianiste de soul. Un copie oscille entre 100 et 170 euros.

1960 – The Sheiks / Baghdad Rock. Le label Choc publié par les éditions Jacques Plante est aussi rare que ses publications.. Voici une de ces publications. En 1960, la musique teintée arabe pénètre en France via notamment les disques de Bob Azzam. Alors il fallait essayer de s’engouffrer dans la brèche en proposant du rock édulcoré au thé à la menthe par les Sheiks. L’autre face est dédiée a un autre artiste, Larry Lawrence dans un esprit à la Johnny & The Hurricanes.. Cet EP est recherché par les amateurs d’exotisme et se vend quand même quelques dizaines d’euros.

1964 – Rufus Thomas / Boom Boom. Rufus Thomas est immortel depuis 1963 pour son « Walking The Dog », publié sur un assez rare EP français. Sur le second, plus rare, on trouve une reprise du célèbre « Boom Boom » de John Lee Hooker, mais contrairement aux versions habituelles, celle-ci est nettement tournée vers le r’n’b. Une publication que je ne me souviens pas d’avoir vue.

1970 – The Battered Ornaments / Take Me Now. groupe qui comprenait Chris Spedding et qui flirtait avec la musique progressive anglaise. Ce single assez coté est une réalisation exclusivement française. L’album d’époque est un assez gros collector.

1966 The FiveAmericans / I See The Light. Premier EP paru en France et sans doute celui qui mérite le plus le détour. Le groupe n’a jamais vraiment décollé en France. Musique typique de ce que l’on pouvait entendre en 1966. Cet EP est produit par le label Hanna-Barbera, plus connu pour les dessins animés.

1965 – Goldie & The Gingerbreads / Can’t You Hear My Heartbeat. Elles sont connues pour être le premier groupe entièrement féminin vocalo/instrumental à avoir été signé par une major, ici Decca  Angleterre en 1964. En fait, elles sont Américaines. Elles connaissent un modeste succès avec une chanson que l’on connaît mieux par Herman’s Hermits. Un EP est publié en France et il devient un assez joli collector, car dans ce groupe figure Genya Ravan qui s’illustra par la suite au sein de Ten Wheel Drive et dans une série d’albums solos.

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1965 – The Lovin’ Spoonful / Good Time Music. En 1966, les disques Elektra ont une heureuse initiative. Ils publient un album nommé « What’s Shakin' ». Il est un peu destiné à promouvoir les artistes maison, mais il annonce aussi la tendance musicale à venir. Je dois dire que sur un point de vue personnel, cet album a eu une influence énorme dans ma future carrière d’explorateur musical. On y retrouve Paul Butterfiled Blues Band, Eric Clapton & The Powerhouse (groupe éphémère entre les Yardbirs et Cream), Tom Rush, Al Kooper, les Lovin’ Spoonful. Ces derniers sont encore inconnus et c’est leur première signature pour un label. Leurs quatre titres figurant sur cet album furent publiés en France un peu avant l’apparition de l’album aux USA et firent l’objet d’un premier EP. On y trouve, à côté de trois reprises, une première composition de John Sebastian « Good Time Music » qui préfigure leur style qui éclatera avec « Daydream ». Ce titre servira aussi pour désigner un genre musical qui parle de bon temps et d’insouciance. Sans trop se tromper, on peut aussi avancer qu’Alvin Lee avait écouté cet album, car sur le premier LP de Ten Years After on retrouve deux titres qui figurent ici. C’est de loin la plus rare publication de leur discographie française.

Pour les fans de Ten Years After, voici les deux titres que l’on trouve sur leur premier album par Eric Clapton et Al Kooper

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1972 Faust / So Far.  On peut imaginer ce qui aurait pu se passer si ce single avait fini dans le jukebox du bistrot du coin. On est dans les grandes heures de l’exploration musicale déglinguée allemande, avec ici une présence latine Jean-Hervé Peron, dont Faust est un bel exemple. Décrire Faust, c’est un peu comme raconter une histoire drôle sans paroles, l’absence de ces dernières n’en facilite pas la compréhension, mais quand on a pigé on rit aux éclats. C’est assurément moins accessible que Clayderman, mais les meilleurs films sont ceux dont on ne devine pas ce qui va se passer à la scène suivante. Un joli petit collector pour blasés de trucs faciles.

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Exploration en terre musicale inconnue (51)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1962 – Del Shannon / Cry Myself To Sleep. La discographie française de Del Shannon est assez étalée dans le temps, 9 EP’s virent le jour entre 1961 et 1967. S’il n’a jamais eu personnellement de hit en France, on retrouve de nombreux titres via des adaptations par les yéyés et plus tard Dave avec « Vanina ». Sans être des raretés absolues, certaines de ces publications sont assez difficiles à apercevoir. C’est le cas notamment pour le troisième EP paru chez London en 1962. On y retrouve « Cry Myself To Sleep » qui fut repris par les Pirates avec Tony Morgan « Je Pleure Aussi ».

1963 – The Rivingtons / Cherry. Célèbres pour avoir été plagiés par les Trashmen pour faire « Surfin’ Bird ». On trouve ce matériel sur deux rares EP’s français, mais il en existe un troisième encore  moins visible qui contient un titre qui fait référence au doo wop, style un peu en perte de vitesse en 1963, lentement remplacé par la soul music.

1965 – The Seeds / Can’t Seem To Make You Mine. C’est le premier des trois EP’s qui existent du groupe et le plus rare, ce qui ne veut pas dire que les autres sont faciles à trouver. Ce groupe qui allait devenir une référence en mélangeant le psychédélique et le garage punk et toujours très prisé des collectionneurs. Cette pièce peut atteindre les 500 euros contre 2 ou 300 pour les autres, 1000 euros le lot.

1963 – Les Sorciers / Caravelle. Un de ces quelques groupes qui vinrent de Suisse pour tenter l’aventure discographie en France. Récupérés par le fameux Ken Lean dans la foulée des Aiglons, ils purent publier deux sympathiques EP’s qui ravirent quelques amateurs du style Shadows. Deux publications pas faciles à localiser, du moins sur le marché français des collectors.

1965 – Arlette Zola – Un Peu D’Amour. Les plus branchés d’entre-vous se rappelleront de cette chanteuse suisse qui fut signée par Disc’AZ et qui classa un ou deux titres dans le hit parade de Salut Les Copains, publia plusieurs 45 tours et deux albums. Ceux qui la connaissent ignorent sans doute qu’avant de démarrer sa carrière française, elle avait enregistré un EP en Suisse qui ne fut jamais repris par AZ en France. Sponsorisé par une grande chaîne de magasins suisses, ce disque désigné comme « enregistrement amateur » fut distribué par la dite chaîne à sa clientèle. Par rapport à son style d’après nettement variétés, celui-ci approche musicalement plus le style beat music de l’époque, accompagnée par les Cheyennes qui peuvent se réclamer du style. C’est le disque le plus rare et le plus recherché de sa discographie, il dépasse assez facilement les 100 euros pour une copie. Un curiosité dont je n’aurais pas parlé si sa discographie n’était essentiellement française.

1965 – Mari Trini / Les Pianos Mécaniques. C’est d’abord la musique du film du même nom composée par le prolifique Georges Delerue. On remarque dans ce film Melina Mercouri, James Mason, Hardy Krüger (au fait il est toujours vivant, il a 92 ans). Il y a bien sûr une bande originale du film, mais le thème principal fut repris en chanson par Gil Caraman, qui est aussi le co-auteur, et par Mari Trini, une chanteuse et compositrice espagnole. Cette dernière version, d’une chanson ma foi fort charmante, est une rareté assez prisée des collectionneurs, on peut penser espagnols. Elle est connue pour avoir vendu des millions de disques, mais ce n’est pas celui-ci qui fait monter le chiffre. Elle possède un répertoire en français assez conséquent, même si elle reste assez peu connue malgré un talent évident.

1967 – The Tages / In My Dreams. Les Suédois ne furent pas les derniers pour proposer des artistes qui eurent une certaine renommée sur le plan international. Il y a les Spotnicks, les Shamrocks , Ola & The Janglers, et bien sûr Abba. Les Tages réussirent sans doute un peu moins bien moins bien sur ce plan-là. Néanmoins les Tages eurent au moins la satisfaction de voir un EP publié en France. Bien qu’il ne brille pas spécialement pour des ventes astronomiques, il a au moins un avantage, il est très recherché par les collectionneurs, c’est même un des plus coté dans le genre. La seule chose que je peux regretter, c’est qu’il ne contient pas mon titre préféré « I Should Be Glad », qui sonne très « Liverpool Sound » et Beatles des débuts. Mais je vous le propose à la suite, pourquoi vous en priver ?

1966 – Count Five / Psychotic Reaction. Ce désormais classique du garage / psychédélique a eu le bonheur d’un EP édité en France, sans doute le fait qu’il aie été un gros hit aux USA a un peu aidé la chose. Dans ce genre de musique ayant eu une publication française, on peut le considérer comme pas trop rare, ce qui n’empêche pas qu’il faille sortir quelques bonnes dizaines d’euros pour une copie. C’est tellement incontournable, qu’il a été plusieurs fois piraté.

1966 – The Dynamites / Too Late. Si la partie francophone de la Suisse est assez bien représentée sur les labels français, sa cousine germanophone l’est beaucoup moins. Voici une des notables exceptions avec ce groupe originaire de Bâle. C’est bon et c’est rare.

1966 – Levon & The Hawks. Ce groupe est la transition entre les Hawks et de Ronnie Hawkins et The Band de Bob Dylan. Sur ce EP Atco les faces sont partagées avec un autre groupe the Losers. C’est un truc très difficile à trouver qui approche les 300 euros dans certains cas.

1969 – David Bowie / Space Oddity. Première publication française en single pour cette célébrité et une belle rareté. Difficile d’en trouver une copie pour moins de 100 euros, mais cela peut aussi être multiplié par trois.

1962 – The Jordanaires / Sugaree. Le fait d’être derrière Elvis Presley ne les a pas rendus muets d’admiration. Ils ont même réussi un bon coup en solo avec cette chanson composée par Marty Robbins. Seule publication en France dont les ventes ont un peu fini en sucette, c’est le cas de le dire en contemplant la pochette, dont personne à l’époque n’y vit la moindre allusion érotique. Disque assez rare, mais possible de trouver une copie en cherchant un peu.

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