En passant

Musique Emporium (2)

Seconde partie de notre voyage dans les sixties allemandes. Parlons un peu d’un groupe légendaire qui a écrit un beau chapitre à part dans l’histoire de la musique.


The Liverbirds – Quatre jeunes anglaises de Liverpool sont fascinées par l’ambiance musicale de la ville, notamment les Beatles qu’elles rencontrent par la suite. Elles ne savent pas jouer une note mais décident de s’acheter des instruments, guitares, basse, batterie. Elle s’entraînent et finissent par se débrouiller plutôt bien. Après quelques changements de personnel, nous trouvons Valerie Gell, guitare solo (décédée en 2017); Pamela Birch, guitare rythmique (décédée en 2009), Mary McGlory, guitare basse;  Sylvia Saunders, dynamique et souriante, batterie. C’est cette formation qui partira sur la route du succès. Elles essayent de s’imposer, elles sont même présentées à Brian Epstein le manager des Beatles, mais rien de concluant n’en sort. Pourtant, un groupe de rock entièrement féminin à l’époque, c’est presque une révolution. Sans trop de résultats positifs sur place, elles finissent par arriver à Hambourg au Star-Club. Elles deviennent très populaires et enregistrent deux albums et quelques singles pour le label Star-Club. Elles ont aussi l’occasion de voyager à travers l’Europe et même au Japon. Musicalement elles n’ont rien de minettes qui chantent des trucs à la mode. Elles puisent dans le répertoire de Bo Diddley, Chuck Berry, Muddy Waters et même des Yardbirds. Je n’irai pas jusqu’à dire que leur reprises sont les meilleures que j’ai entendues, mais cela dégage un certain charme, féminin dirons-nous. Pamela Birch, la guitariste rythmique, composa quelques titres dont un fut même repris par Johnny Kidd « It’s Gotta To Be You » et surtout l’excellent « Why Do You Hang Around Me ». Lee Curtis, que je vous ai présenté dans le premier chapitre, m’a raconté une anecdote à propos d’elles, je l’avais branché sur le sujet. Quand elles arrivèrent à Hambourg au Star-Club, cela ne passa pas inaperçu parmi les musiciens qui hantaient le coin. La technique du groupe demandait sans doute quelques petits réglages. Alors tous les musiciens expérimentés s’empressaient pour leur prodiguer des conseils. sans doute ce n’était pas complètement désintéressé. La discographie est essentiellement centrée sur l’Allemagne, mais il y eut des publications aux USA, en Espagne, en Hollande, au Japon, mais rien dans leur Angleterre natale. Toutes les publications originales, spécialement les albums, sont de beaux collectors. Le groupe se séparera en 1968, mais il y eut quelques reformations par la suite. A l’exception de la batteuse, les autres restèrent en Allemagne. Mary McGlory épousa Frank Dostal, un ancien Rattles et Wonderland. Il composa aussi des hits pour le duo disco Baccara. En 2019, Liverpool se décida enfin à rendre un hommage au groupe sous forme d’une comédie musicale « Girls Don’t Play Guitars », à l’origine une affirmation que John Lennon aurait prononcée quand elles rencontrèrent les Beatles. Les deux survivantes sont bien entendu impliquées dans la réalisation du show. Etrangement, tout le monde semble découvrir leur existence.

Live – Peanut Butter. Cette chanson que l’on peut considérer comme une de leurs plus populaires est la reprise d’un titre créé en 1961 par un groupe de r’n’b noir américain les Marathons. Il fut également repris en France par Danyel Gérard.

Live – Why Do You Hang Around Me, un original de Pamela Birch.

1965 – Version studio. C’est le premier titre que j’ai entendu d’elles et qui m’a donné envie de m’y intéresser de plus près.

. Live – Diddley Daddy de Bo Diddley,

Around And Around, de Chuck Berry. Cette séquence fut tournée pour les besoins d’un film « Hurra, die Rattles kommen », dans lequel les Rattles essayent de tourner un film à la manière des Beatles. Les Liverbirds apparaissent dans ce film ainsi que Casey Jones & The Governors. C’est donc du cinéma.

Too Much Monkey Business de Chuck Berry.

1965 – Leave All Your Old Loves. Un original de Pamela Birch.

He Hardly Ever Call Me Honey. Une autre obscure perle composée par Doc Pomus.

Before You Accuse Me de Bo Diddley.

Mona de Bo Diddley.

For Your Love des Yardbirds. J’ai fait découvrir cette version à Jim McCarty, le batteur des Yardbirds, dont il ignorait jusqu’à l’existence.

Un petit concert avec les deux survivantes à Liverpool dans la « Cavern 2019 » interprétant « Peanut Butter » et « Diddley Daddy ». Un vrai moment de nostalgie pour moi qui suis un fan depuis toujours.

Une interview à propos du show.

Un reportage de 16 minutes avec les deux survivantes qui racontent un peu leur histoire.

Nous ne sommes jamais devenues aussi célèbres que les Beatles, mais nous étions des amies et nous sommes restées des amies – Sylvia Saunders

2025

Les deux survivantes bientôt octogénaires, avec la complicité de deux « jeunettes » décident en 2025 de remettre ça. Après avoir écrit un livre, elles reprennent le chemin des studios pour quelques nouveaux enregistrements. A l’évidence, les grand-mères ne sont pas bonnes pour la maison de retraite, en 4 semaines plus de 650000 vues !

*****

The Blizzards – Ce sont les Yardbirds qui m’ont fait indirectement découvrir ce groupe. Dans les années 1980, un fanzine allemand « Gorilla Beat » avait consacré quelques lignes sur le groupe. J’avais notamment noté qu’ils avaient enregistré en allemand une reprise de « Heart Full Of Soul » des Yardbirds devenu « Ohne Dich ». En bon fan, je collectionne un peu tout ce qui concerne leurs titres en langues étrangères, ce qui ne veut pas dire que j’ignore les reprises en anglais. Après quelques recherches, j’ai fini par mettre la main sur une copie du single allemand. De fil en aiguille, j’ai découvert que le groupe avait enregistré cinq 45 tours et un album, tantôt en anglais, tantôt en allemand. C’est un pur produit du beat allemand, ils sont originaires de la Saxe, mais quelques titres sont loin d’être ridicules et peuvent même concurrencer les productions anglaises du genre.

1966 – Ohne Dich – La reprise des Yardbirds.

1965 – I’m Your Guy –  Un original de 1965, vis à vis de la production anglaise c’est loin d’être ridicule. A mon avis leur titre le plus fouillé.

Extraits de l’album de 1965, titres originaux. Un joli collector dans sa publication originale et de très bon titres. Une pochette assez décadente pour l’époque.

I Will Always Love You

 Be Mine

Faithless Sleep

Dr Jekyll

Mr Goofy

Blizzards – Un instrumental qui aurait pu être enregistré par les Ventures sans être meilleur

A suivre

En passant

Vinyles en fusion (185)

Il n’a jamais existé un France un organe officiel qui représente exactement la popularité d’une chanson, ce que nous appelons le hit parade. Par contre les Américains et les Anglais sont beaucoup plus organisés et ces classements existent pratiquement depuis 1900. Ce sont de véritables industries du classement qui analysent les ventes, les passages radio ou télévision. Ils sont compilés dans des classements qui reflètent les critères précédents. Ces classements hebdomadaires rebondissent sur un classement annuel qui reflète le nombre de semaines où la chanson apparait ainsi que sa position dans le classement. Au final, ces données permettent d’établir les chansons les plus populaires de l’année. Aux USA le Cashbox et le Billboard sont les deux principaux organes qui établissent les statistiques. Bien qu’ils agissent séparément, le résultat est assez identique, une chanson peut-être no 1 à une place et no 2 dans l’autre, mais jamais un no 1 sera no 20 dans dans le second. Voici à partir de 1956, année ou le rock and roll est bien établi, les cinq meilleures chansons de l’année.

1984

 1) Stevie Wonder – I Just Called To Say I Love You (430 points)

 2) ex aequo Lionel Richie – Hello  (430 points)

 3) Foreigner – I Want To Know What Love Is  (423 points)

 4) Deniece Williams – Let’s Hear It For The Boy  (422 points)

 5) George Michael – Careless Whisper (415 points)

Les albums de compilation existent depuis les débuts du microsillon. Il y a principalement deux tendances. La première est du style « Best Of », c’est à dire qu’il regroupe en général des titres d’un artiste qui sont issus de différents enregistrements qui peuvent s’étaler très largement dans le temps et la carrière de l’artiste. Le seconde fait plutôt appel à des artistes différents, évoluant plus ou moins dans un style ciblé, sous un thème précis, ou regroupant des artistes du même label. Il n’y a en fait aucune règle, c’est très vaste. A partir de 1967, Philips France a édité une série d’albums de compilation sous le titre de « Made In England ». Elle présente un intérêt évident, au moins pour les plus fauchés, car elle regroupe des noms connus et surtout pratiquement que des hits. Avec le prix d’un album, parfois proposé en petit prix, il permet d’obtenir des succès plutôt réputés, alors qu’il aurait fallu acheter plusieurs EP’s pour les acquérir tous. Bien sûr, ces compilations sont publiés avec un décalage de quelques mois, le temps que les succès se tassent un peu et ne stoppe pas la vente des premières éditions. Mais le décalage est assez minime et tout le monde se rappelle encore de ces succès. Voici le volume 2 de cette série

The Troggs – Give It To Me

Blues Magoos – We Ain t Got Nothin Yet

Keith – 98.6

The Walker Brothers – Stay With Me Baby

Manfred Mann – Ha Ha Said The Clown

The Hollies – On A Carousel

Spencer Davis Group – I’m A Man

The Vip’s – Straight Down To The Bottom

The New Vaudeville Band – Peek-A-Boo

Jimmy Cliff – Give And Take

Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick & Tich – Touch Me Touch Me

The Troggs ‎– Mona

La France n’a pas le monopole du disque de collection. Il existe ailleurs et même dans des quantités qui peuvent laisser la France loin derrière. Il n’y a pas de formule magique pour qu’un disque devienne un collector. Un des critères pour qu’il le devienne, c’est la rareté multipliée par son attrait pour les collectionneurs. Parmi les artistes, il faut distinguer ceux qui arrivent à franchir la porte du collectionneur, certains ne le sont peu ou pas, d’autres s’installent volontiers dans les discothèques personnelles. Ces critères sont très subjectifs, mais il est certain qu’il y a des disques qui atteignent des fortunes et d’autres dont on a de la peine à se débarrasser pour des sommes très modiques. Des artistes inconnus peuvent avoir des publications qui s’arrachent à prix d’or, tandis que des célébrités sont boudées par les collectionneurs. Nous allons nous promener régulièrement parmi certains de ces collectors internationaux dont vous ne soupçonnez peut-être pas l’existence, mais qui sont souvent des pièces qui se négocient à bon prix. Pour les albums je me contenterai d’un ou deux exemples et pour le reste l’intégralité des titres si disponibles sur Youtube. Vous ferez certainement des découvertes.

The Paramounts UK EP

Les encyclopédistes savent que Procol Harum se nommait Paramounts avant d’immortaliser le fameux succès « A Whiter Shade Of Pale ». S’ils purent avec cela se pavaner et réaliser une des plus grosses vente de singles des sixties, les débuts furent autrement plus modestes. Ils publièrent six singles pour le compte de Parlophone, qui n’eurent que peu de retentissement. Cette période permit quand même de voir naître deux assez gros collectors sous forme de EP’s. L’un publié en Angleterre en 1964 (celui-ci) et un en France en 1965.
La démarche du groupe s’apparente à une veine R&B avec de nombreuses reprises d’artistes noirs. Précisons aussi que la formation des Paramounts sera aussi celle de Procol Harun avec des musiciens de studio additionnels. Le guitariste du groupe, Robin Trower, partira au tournant des seventies pour faire une fructueuse carrière de soliste.
Voici ce fameux EP qui couple deux singles. Sur la pochette, on peut reconnaître Gary Brooker à gauche et Robin Trower debout au milieu. Les fans de Procol Harum ne seront pas trop dépaysés, la voix de Gary Brooker est très reconnaissable. Hasards de la vie, quand j’ai acheté ce disque, je ne pensais pas que 56 ans plus tard je rendrais un hommage à l’un des membres du groupe.

UK 1964 -The Paramounts – Parlophone GEP 8908. Meilleure enchère sur Ebay 590 euros

Little Bitty Pretty One

A Certain Girl

Poison Ivy

I Feel Good All Over

Bonus

Enregistrés à l’époque, mais restés inédits jusqu’à la compilation Edsel en 1984, voici une petite sélection de ces inédits très intéressants.

Brand New Cadillac, reprise de Vince Taylor

You Got What I Want, reprise des Sorrows

Freedom, reprise de Charles Mingus

Toujours la même chanson

Il est rare qu’une chanson ne soit jamais reprise si elle a eu un peu de succès. Quand on est lassé d’une version, il peut s’avérer plaisant d’en écouter une autre. Il arrivé même que l’on soit étonné par une reprise à laquelle on se s’attendait pas ou encore découvrir le créateur de la version originale. dont on ignore complètement l’existence. C’est un jeu où je me défends très bien. Alors selon ce principe, je vous propose en premier la version originale, en second une reprise française, et en troisième une autre version, que vous ne connaissez pas forcément.

Oscar Brown Jr – Work Song (1960)

Claude Nougaro – Sing Sing Song

Nat Adderley – Work Song