En passant

Musique Emporium (1)

Pour ce billet, j’ai décédé d’aller réexplorer la scène musicale en Allemagne durant les sixties. Après l’Angleterre, il est le pays qui a le plus influencé l’avènement de la Beatlemania et de la musique beat en général. Redisons-le encore une fois, ce n’est pas tout à fait un hasard, mais une suite de la seconde guerre mondiale. En effet, les Américains laissèrent sur place un important contingent militaire. Comme ce n’est pas une armée qui est à un sou près pour le moral de ses soldats, les distractions en tous genres suivent l’intendance. La musique en fait partie et pour des raisons pratiques, on fait appel à des artistes qui parlent la même langue qu’eux et aussi ceux qui sont géographiquement les plus proches, c’est à dire les Anglais. Hambourg devient une sorte de centre culturel américain et on aime cette culture, encore plus le côté matériel qui l’accompagne. Le quartier qui attire le plus les GI’s en goguette est celui de Sankt-Pauli. On y trouve des boîtes de nuit, des bars à musique, même des prostituées. C’est là qu’atterrissent les Beatles au tournant des sixties, mais il y a en a eu des dizaines d’autres, présents ou à venir. Il ne faut pas imaginer les Beatles en vedettes à cette époque. Non, ils sont juste un groupe qui joue de la musique américaine à la manière de galériens. On les écoute ou pas, mais à force de jouer chaque soir des heures durant, ils vont acquérir la technique des instruments et de la scène, c’est un acquis précieux pour la suite. A travers cela et tout le reste, les artistes anglais presque ignorés dans leur pays, trouvèrent des oreilles plus réceptives en Allemagne. C’est un sujet que je connais assez bien, et c’est intéressant.. Voici une première livraison très résumée de ce qui se passait au niveau musical dans ce pays. Ce n’est bien sûr qu’un survol. Mais j’y reviendrai.

Première partie.

Lee Curtis & All Stars. Lee Curtis fait partie de ces personnages que j’aime bien, d’autant plus que j’ai eu le plaisir de le rencontrer, il m’avait invité à un de ses concerts en Allemagne. Cela m’a permis de refaire un plongeon dans le beat allemand, car dans les musiciens qui l’accompagnaient on trouvait à la guitare Peter Hesslein, un grand guitariste. Il a joué avec les German Bonds, Electric Food, Lucifer’s Friend (il y est encore), et même James Last. C’est un de ces musiciens qui peut jouer n’importe quoi avec n’importe qui. Un autre ancien des German Bonds, Niels Taby, était à la batterie. Aux claviers il y avait Franz Jamash, dont je reparlerai un peu plus loin. En 1961-62, Lee Curtis fut un rival des Beatles à l’époque de la Cavern à Liverpool. Il enregistra plusieurs disques en Angleterre, mais c’est en Allemagne qu’il devint connu en étant le chanteur résident au fameux Star-Club de Hambourg. Chanteur résidant, cela veut dire celui qui occupe la scène entre les passages de vedettes ou quand li n’y a rien de spécial à l’affiche. Il a calculé s’être produit plus de 7000 fois dans le club. Surdoué vocalement avec une voix à la Presley, il eut l’occasion d’enregistrer deux albums et quelques singles qui sont aujourd’hui de jolis collectors. Personnage haut en couleur et haut tout court, il mesure 1,90m, il vit passer dans son groupe des musiciens comme Pete Best, premier batteur des Beatles, Bob Garner de Creation. Mais en tant que chanteur résident au Star-Club, il rencontra tout le gratin de la musique des années 60, Beatles (il m’a dit qu’il avait des albums autographiés), Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Fats Domino, Johnny Kidd, Johnny & The Hurricanes et j’en passe. Il a une anecdote sur chacun. Parler avec des personnages comme lui est une expérience extraordinaire. Et il est d’une gentillesse à toute épreuve, durant une douzaine d’heures passées avec lui, j’ai bu une dizaine de bières et je n’en pas payé une, il m’avait dit : « Quand Je viens en Allemagne, je ne paye jamais une bière, alors il en sera de même pour toi ! ». Souvenirs souvenirs ! Il est décédé en 2023.

Une reprise de « Boppin’ The Blues » de Carl Perkins bien nerveuse. D’après ses affirmations, l’enregistrement a été fait dans une halle de gymnastique.

Le voici en live en Allemagne en 1967. Le personnage qui est à l’orgue est Franz Jarnash « Mr Piggy », il était aussi présent au concert auquel j’ai assisté. Il est très populaire en Allemagne. Etant aussi comédien, il est apparu plus de 200 fois dans une série télévisée comique allemande « Dittsche » où il tient le rôle récurrent d’un client de bar. D’après ce que j’ai vu de lui, ce n’est pas trop un rôle de composition. Il a aussi fait partie d’une des nombreuses moutures des Rattles, le groupe des sixties le plus célèbre en Allemagne. Il est décédé en 2017.

The Rattles  Les Rattles, justement les voici. Ils furent réellement les Beatles allemands au niveau de la popularité. Dès 1963, ils enregistrèrent une série de LP’s et de 45 tours qui connurent leur heure de succès pour certains. Ils furent aussi le premier groupe allemand qui s’exporta en Angleterre où quelques publications virent le jour. Ils eurent même l’honneur d’un fan club avec un hit en 1970 « The Witch ». Ils firent passablement de reprises, mais dans une moindre mesure ils étaient aussi capables de créer quelques originaux qui tenaient la route. Leur principal problème fut un changement continu de personnel, le bassiste et quelquefois chanteur Herbert Hildebrandt, est à peu près le seul membre constant du groupe jusqu’à aujourd’hui puisqu’ils sont toujours en activité. On retrouve certains membres comme Achim Reichel ou Frank Dostal dans d’autres formations ou comme producteurs à succès au fil des ans. Le France publia deux EP’s, l’un chez Barclay et l’autre chez Fontana qui intéresse particulièrement les fans pour une bonne raison. Il contient une reprise de « Sha-La-La-La-Lee » des Small Faces, mais en Allemagne il parut sous le pseudonyme de The « In » Crowd, tandis que la France le crédite bel et bien aux Rattles.

1964 – Go To Him, un original composé par Achim Reichel.

1965 – Une assez belle reprise du standard de Muddy Waters traitée à la manière locale.

1966 – It’s My Fault. un bon original

« The Witch » fut leur seul titre que l’on peut considérer comme international. Il fut enregistré  et publié deux fois. La première fois  en 1969 avec un vocal masculin  qui n’obtint pas de succès. Ce fut la seconde version dans laquelle ils font appel à une chanteuse qui sera le hit. Voici ces deux versions.

La première, 1969

La seconde, 1970

1964 – Jimmy & The Rackets / Black Eyes. Jimmy Duncombe est aussi un de ces musiciens émigré en Allemagne qui se bâtit une certaine réputation sans être vraiment une star. On le retrouve aussi comme accompagnateur de Carl Perkins lors de tournées européennes. Il a enregistré une flopée de 45 tours et d’albums en solo ou avec son groupe. Il est toujours en activité et vit en Suisse. Le voici dans une reprise du célèbre air tzigane « Les Yeux Noirs » et il prouve qu’il sait jouer de la guitare dans cet enregistrement qui va crescendo. Le clip est un montage.

1964 – Black Eyes

1965 – Michael & Firebirds – Lass Sie geh´n (She´s Not There). Il s’agit d’une reprise du « She’s Not There » des Zombies en allemand et par un groupe allemand. Ecoutez bien la voix, reconnaissez-vous la voix du chanteur de Los Bravos dans « Black Is Black » ?  En bien c’est le même chanteur dans les deux titres, Michael Volker Kögel devenu Mike Kennedy. Récemment, j’ai eu une prise de bec avec une Espagnole que voulait soutenir mordicus que que le chanteur de Los Bravos était espagnol. Alors j’ai sorti mon téléphone, Wikipedia, et lui ai prouvé le contraire. Ah ces Espagnoles !

1965 – Mama Betty’s Band / Wie John Paul George Und Ringo. Il existe passablement de chansons en hommage aux Beatles chantées en français ou en anglais, mais cela existe aussi en allemand. Voici un exemple avec ce groupe. Pour la petite histoire, c’est une adaptation, mais ils ont été la chercher assez loin. Sans vouloir être un précurseur, le compositeur anglais en tandem avec Ken Jones (plus tard producteur des Zombies), avaient enregistré un single en 1958 « The Popocatepetl Beetle ». Comme l’on sait que « Beetle » est une des probables inspiration pour le nom des Beatles, ils ont vite été chercher ce titre et lui coller des paroles allemandes. Voilà toute l’histoire.

The Beatles. Les Beatles, s’ils firent leurs premières armes phonographiques en Allemagne en accompagnant Tony Sheridan, tout le monde ne sait pas qu’ils enregistrèrent aussi en allemand. Officiellement ce fut « I Want To Hold Your Hand – Komm Gibt Mir Deine Hand » et She Loves You – Sie Libt Dich ». Plus officieux, il existe une version de « Get Back – Get Raus » dans la même langue. Pendant longtemps on ne la trouvait que sur les bootlegs.

Parmi les enregistrements avec Tony Sheridan, il existe une version de « My Bonnie » avec l’intro chanté en allemand.

Et voici ce que l’on peut considérer comme le premier disque officiel enregistré par les Beatles en solo. Cela fut capté le 23 juin 1961 à Hambourg pour le compte des disques Polydor.

1965 -The Stellas / The Fortune Teller. Ce disque qui est un petit collector allemand a la particularité d’avoir été publié en stéréo, chose assez rare à l’époque pour un 45 tours simple. Au verso d’une reprise de « Wooly Bully » de Sam The Sham & The Pharaohs,  se trouve cette assez bonne reprise de « The Fortue Teller » de Benny Spellman, un favori des groupes anglais puisqu’il fut aussi repris par les Merseybeats, les Rolling Stones, les Who, les Downliners Sect. Unique enregistrement du groupe. Le voici en mono.

1964 – The Details / What Shall I Do. Voila ce que je peux considérer comme du garage punk à la mode allemande. Les Details font partie de ces dizaines de groupes allemands plus ou moins professionnels qui eurent la chance de pouvoir enregistrer un seul et unique disque qui par la suite deviennent de petits ou grands collectors. On les déniche assez souvent sur des labels de seconde catégorie. Ici il s’agit de Bellaphon qui était à l’époque un label un peu secondaire, mais qui grandira pour devenir une major dans les années 1970. IIs eurent même l’occasion d’avoir les Beatles sous leur étiquette avec les fameuses bandes enregistrées au Star-Club.

A suivre

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En passant

Vinyles en fusion (184)

Il n’a jamais existé un France un organe officiel qui représente exactement la popularité d’une chanson, ce que nous appelons le hit parade. Par contre les Américains et les Anglais sont beaucoup plus organisés et ces classements existent pratiquement depuis 1900. Ce sont de véritables industries du classement qui analysent les ventes, les passages radio ou télévision. Ils sont compilés dans des classements qui reflètent les critères précédents. Ces classements hebdomadaires rebondissent sur un classement annuel qui reflète le nombre de semaines où la chanson apparait ainsi que sa position dans le classement. Au final, ces données permettent d’établir les chansons les plus populaires de l’année. Aux USA le Cashbox et le Billboard sont les deux principaux organes qui établissent les statistiques. Bien qu’ils agissent séparément, le résultat est assez identique, une chanson peut-être no 1 à une place et no 2 dans l’autre, mais jamais un no 1 sera no 20 dans dans le second. Voici à partir de 1956, année ou le rock and roll est bien établi, les cinq meilleures chansons de l’année.

1983

 1) The Police – Every Breath You Take (436 points)

 2) David Bowie – Let’s Dance  (431 points)

 3) Michael Jackson ft. Paul McCartney – Say Say Say  (430 points)

 4) Lionel Richie – All Night Long  (429 points)

 5) Irene Cara – Flashdance What A Feeling  (428 points)

Sélection

Les albums de compilation existent depuis les débuts du microsillon. Il y a principalement deux tendances. La première est du style « Best Of », c’est à dire qu’il regroupe en général des titres d’un artiste qui sont issus de différents enregistrements qui peuvent s’étaler très largement dans le temps et la carrière de l’artiste. Le seconde fait plutôt appel à des artistes différents, évoluant plus ou moins dans un style ciblé, sous un thème précis, ou regroupant des artistes du même label. Il n’y a en fait aucune règle, c’est très vaste. A partir de 1967, Philips France a édité une série d’albums de compilation sous le titre de « Made In England ». Elle présente un intérêt évident, au moins pour les plus fauchés, car elle regroupe des noms connus et surtout pratiquement que des hits. Avec le prix d’un album, parfois proposé en petit prix, il permet d’obtenir des succès plutôt réputés, alors qu’il aurait fallu acheter plusieurs EP’s pour les acquérir tous. Bien sûr, ces compilations sont publiés avec un décalage de quelques mois, le temps que les succès se tassent un peu et ne stoppe pas la vente des premières éditions. Mais le décalage est assez minime et tout le monde se rappelle encore de ces succès. Parfois, un subterfuge est utilisé pour proposer un succès qui fait bien dans le décor. Par exemple nous trouvons « When A Man Loves A Woman », mais comme la version originale de Percy Sledge est un artiste Atlantic, sa version ne peut figurer ici. Alors on met à la place celle de Spencer Davis Group. Au change on y perd rien, car elle est au moins aussi bonne que l’originale. C’est le même cas pour la reprise de «  »Good Day Sunshine » des Beatles, par hasard enregistré par un artiste maison. Voici le volume 1 de cette série

The Spencer Davis Group – When I Come Home

The Troggs – With A Girl Like You 

Dave Dee, Dozy, Beaky, Mick & Tich – Bend It

The Mindbenders – Ashes To Ashes

Manfred Mann – Just Like a Woman

Karen Young & The Knee Caps – Me And My Mini Skirt

The Walker Brothers – Living Above Your Head

The Troggs – Wild Thing

The Spencer Davis Group – When A Man Loves A Woman

The Pretty Things – LSD

Wayne Fontana – Goodbye Bluebird

The Eyes – Good Day Sunshine

La France n’a pas le monopole du disque de collection. Il existe ailleurs et même dans des quantités qui peuvent laisser la France loin derrière. Il n’y a pas de formule magique pour qu’un disque devienne un collector. Un des critères pour qu’il le devienne, c’est la rareté multipliée par son attrait pour les collectionneurs. Parmi les artistes, il faut distinguer ceux qui arrivent à franchir la porte du collectionneur, certains ne le sont peu ou pas, d’autres s’installent volontiers dans les discothèques personnelles. Ces critères sont très subjectifs, mais il est certain qu’il y a des disques qui atteignent des fortunes et d’autres dont on a de la peine à se débarrasser pour des sommes très modiques. Des artistes inconnus peuvent avoir des publications qui s’arrachent à prix d’or, tandis que des célébrités sont boudées par les collectionneurs. Nous allons nous promener régulièrement parmi certains de ces collectors internationaux dont vous ne soupçonnez peut-être pas l’existence, mais qui sont souvent des pièces qui se négocient à bon prix. Pour les albums je me contenterai d’un ou deux exemples et pour le reste l’intégralité des titres si disponibles sur Youtube. Vous ferez certainement des découvertes.

Leonid Kogan – Beethoven – Violin Concerto In D Major, Op. 61

Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, on peut trouver de très grosses pièces de collection dans la musique classique, c’est même souvent dans ce genre que les prix les plus fous sont atteints. J’en vois déjà qui vont courir pour fouiller les disques du grand-père en pensant qu’ils vont trouver des merveilles. Ils ne faut pas se leurrer, les lois du marché sont les mêmes que pour la pop ou le rock and roll, il faut que le contenu soit réputé et la publication très très rare. L’immense majorité des disques classiques ne valent pas plus qu’un banal album de Mireille Mathieu ou de Georges Brassens. En musique classique cela peut prendre divers aspects, la présence d’un chef d’orchestre, d’un virtuose de haut vol, d’un orchestre symphonique, d’une oeuvre particulière, mais encore et surtout d’une édition rare. Dans le cas présent, c’est la présence de Leonid Kogan, un virtuose du violon russe qui sert de base. Mais c’est surtout cette édition de 1959 qui est recherchée. La raison en est que c’est un pressage en stéréo. A l’époque, peu de gens possédaient un électrophone adéquat, donc la plupart des disques étaient édités en mono et beaucoup plus rarement en stéréo. Les amateurs de classique savent très bien que les pressages pour ce genre de musique, datant des années 1950, sont pour la plupart d’une qualité d’audition au top niveau, alors en plus si c’est en stéréo. Il existe de multiples éditions et rééditions de ce disque, mais seule celle-là atteint des sommets.

UK 1959 – Leonid Kogan – Columbia SAX 2386. Meilleure enchère sur Ebay 10373 euros

Contenu de l’album

Beethoven Violin Concerto In D Major, Op. 61

Toujours la même chanson

Il est rare qu’une chanson ne soit jamais reprise si elle a eu un peu de succès. Quand on est lassé d’une version, il peut s’avérer plaisant d’en écouter une autre. Il arrivé même que l’on soit étonné par une reprise à laquelle on se s’attendait pas ou encore découvrir le créateur de la version originale. dont on ignore complètement l’existence. C’est un jeu où je me défends très bien. Alors selon ce principe, je vous propose en premier la version originale, en second une reprise française, et en troisième une autre version, que vous ne connaissez pas forcément.

The Shadows – The Rumble

Jean-Claude (Berthon) – Marie-Toi Vite

Shotgun – The Rumble