*****
Rue de la Roquette 11ème arrondissement, une rue qui part de la place de la Bastille en direction du nord. A la hauteur du numéro 115 sur la droite, une petite ruelle se glisse entre les maisons. Si vous aviez été présent un matin de septembre 1863, vous auriez vu un spectacle qui vous aurait sans doute étonné. Sortant de la rue, à l’époque occupée par des ateliers, un étrange véhicule tenant à la fois du vélo et de la petite voiture, qui fait teuf teuf teuf, voilà de quoi vous intriguer. Son conducteur est un Belge, Etienne Lenoir, ingénieur et inventeur de son état. C’est le premier moteur à deux temps de l’histoire, il marche au pétrole. C’est parti pour une promenade, il fait un aller-retour à Joinville-le-Pont en trois heures, apparemment moins vite qu’un piéton, mais sans se fatiguer, ni user ses semelles. Il aurait pu s’arrêter à tous les bistrots et siffler un canon sans problèmes, le délit de conduite en état d’ivresse n’existait pas. Epoque bénie penseront certains.
*****
12 ème arrondissement, rue du Faubourg Saint-Antoine au 151. Encore un endroit où il faut un peu lever les yeux pour attraper un bout d’histoire de Paris. On peut penser ce que l’on veut des politiciens, mais certains furent de vrais héros, acceptant de mourir pour un idéal. Le 2 décembre 1851, le futur Napoléon III fomente un coup d’état pour se maintenir au pouvoir, Paris s’enflamme à nouveau. Parmi les gens du peuple on se sait pas toujours quel parti prendre, on se méfie. Un député, Alphonse Baudin, tente de rallier à la cause des républicains les gens du quartier. On lui répond :
– Croyez-vous que nous allons nous faire tuer pour vous conserver vos vingt-cinq francs par jour !
Les vingt-cinq francs, c’est l’indemnité que touchent les députés pour siéger, somme attribuée en 1848 par le gouvernement provisoire qui dura moins de 3 mois.
Alphonse Baudin piquant la mouche s’empare du drapeau aux trois couleurs et monte sur une barricade face aux soldats venus mettre de l’ordre.
– Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs !
Après un moment de silence, un coup de feu part et Baudin s’effondre mortellement blessé.
Bien entendu par la suite, son nom fut largement encensé par les républicains, ses restes furent transférés au Panthéon en 1889. Une plaque posée sur la façade au 151 rappelle les faits.
*****
Continuons notre route vers l’est, un bon kilomètre plus loin c’est la place de la Nation, appellation qui existe depuis 1880. C’est un pendant de la place Charles de Gaule / Etoile, plus d’une dizaine d’artères partent dans toutes les directions. L’endroit n’a pas une histoire particulière, quelques événements plutôt secondaires s’y déroulèrent comme l’inauguration des monuments que l’on peut encore voir. Mais le 22 juin 1963, elle va entrer dans l’histoire pour des raisons particulières qui n’ont rien à voir avec la politique ou un événement tragique. En 1962 une revue pour les jeunes est lancée, elle s’appelle Salut les copains, elle va devenir une vraie bible et chaque tirages va franchir le cap du million d’exemplaires . Une émission quotidienne du même nom est diffusée sur Europe 1 en fin d’après-midi. Pour le premier anniversaire, on demande à la revue d’organiser un concert sur la fameuse place. Ce n’est pas tout à fait un nouveauté pour l’endroit, mais on y écoute plutôt des accordéonistes ou de la musique ringarde. Aucune publicité n’est faite sinon une brève annonce dans l’émission : « Venez tous samedi soir à 9 heures, place de la Nation. Il y aura Johnny, Sylvie et Richard. Ce sera formidable et gratuit. » On y verra aussi Danyel Gérard, Frank Alamo, les Gam’s, les Chats Sauvages. On espère 20000 personnes, peut être 50000. Les estimations seront pulvérisées, selon certaines sources on parla de 500000 personnes, mais 150000 ou 200000 semble être plus juste. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a du monde partout, sur les arbres, les toit des voitures, on est plus serré que dans une boite de sardines. On déplora quelques dégâts, mais ce ne fut pas un champ de ruines . Une certaine presse en profita pour descendre en flèche ce genre de rassemblement, amplifiant les débordements. Ce fut une sorte de Wookstock avant l’heure.
Sources : Wikipédia, B.N.F, Street view, DP












