Nos disques mythiques (1)

Premier article d’une série consacrée à quelques disques particuliers. Au temps du vinyle, chaque publication était un sorte d’oeuvre d’art. Le format de la pochette plus grand, était aussi plus aguicheur. Certaines publications ont passé à la postérité plus que d’autres. Elles rappellent un moment particulier, une époque, un bout d’histoire. L’avènement du phénomène est surtout involontaire, il fait partie de ces choses qui sont dans l’air et que l’on explique pas pourquoi elles se démarquent des autres. A part l’aspect visuel, le contenu peut aussi aider à faire la différence, pousser l’accès à la  notoriété de manière plus forte. Enfin mille petites choses, plus ou moins importantes.
Je n’ai pas voulu faire ici quelque chose de personnel, mais au fil de mes conversations avec d’autres collectionneurs, il apparaît que nous avons tous nos disques préférés, ceux qui sont un peu plus restés dans notre mémoire que bien des autres et qui souvent se confondent. Je ne pense pas trahir mes collègues en vous présentant au fil des articles, quelques unes de ces pépites qui font partie de notre patrimoine commun.

1965 – Les Moody Blues, groupe de Birmingham, a connu une année faste en décrochant la première place des charts anglais avec « Go Now ». C’est un grand disque, un des meilleurs de tous ceux nés dans le sillage des Beatles. Il est paru en France, sans trop attirer l’attention. Pourtant la reprise en français de ce titre par Dick Rivers « Va-T-En », a été pour lui une de ses plus grosses ventes, belle illustration du potentiel de ce titre. En Angleterre, les Moody Blues peinent à retrouver un semblable succès, les deux disques suivant ne rencontrent qu’une attention polie. A la différence de l’Angleterre avec le 45 tours simple 2 titres, la France publie principalement des 45 tours avec 4 titres dit EP. L’astuce est financière, elle permet sur un succès de vendre le double de musique. Cette pratique sera remerciée par les collectionneurs plus tard, car le disque est présenté dans une pochette illustrée avec souvent la photo de l’artiste au recto. La France est sans doute depuis le début du microsillon et jusque en 1967 environ, le pays qui a eu le plus ce genre de publications.  Cela attirera les collectionneurs du monde entier, pas tellement pour les chanteurs francophones, mais la publication sous licence des catalogues étrangers. Donc voici Decca-France qui veut publier une suite au fameux « Go Now ». Ils hésitent sur le choix, les titres successeurs au hit ne marchent pas très fort, il faut bien admettre qu’ils n’ont pas le même attrait, alors on mise un coup de poker. On puise 4 titres dans les enregistrements existants, en laissant les semi-échecs de côté, ce qui nous donne « Bye Bye Bird »; « Stop »; « And My Baby’s Gone »; « I’ll Go Crazy ». Le premier, « Bye Bye Bird » est mis en vedette. C’est une reprise de Sonny Boy Williamson. Si le créateur  est un virtuose de l’harmonica, Denny Laine, chanteur et guitariste des Moody Blues est est un autre. Le groupe insuffle un rythme d’enfer au titre, c’est plus une démonstration qu’une chanson bien mélodieuse. Rien de très commercial à première vue et pourtant il cartonnera fort dans la belle France. Le second « Stop » est une composition de Denny Laine et Mike Pender, le pianiste. Un mélange de blues très mélancolique sur un pas de danse au goût rétro. Le troisième, du même tandem de composition, est un titre encore plus bizarre. Un vocal à l’arraché et un son de piano bien trafiqué, de la musique de fous disait mon père quand je l’écoutais, aurait mérité  mieux que la face B sur laquelle on l’a publié en Angleterre. Le dernier, « I’ll Go Crazy » est puisé chez James Brown, version également trépidante par le groupe. La pochette reprend dans un cadrage un peu différent, le montage du seul EP anglais qui comprenait les deux premiers 45 tours, avec un lettrage orange au lieu de bleu pour le nom du groupe, logo qui figurait sur le batterie.
Le titre principal commença a être diffusé dans la fameuse émission « Salut les Copains ». Il accroche si bien que tous le titres du 45 tours seront diffusés plus ou moins régulièrement. Il faut croire que la jeunesse d’alors en avait un peu marre de éternelles rengaines que l’on diffusait sur les ondes. Le succès de ce disque en est une preuve évidente, rien de très commercial dans son contenu, mais plutôt innovant. Le groupe eut droit à un passage en direct dans l’émission, les honneurs de la télévision et un article dans journal mensuel du même nom. Trois titres furent repris en français, deux par Pussy Cat et un par Ronnie Bird. Ce succès inespéré obligea même les Moody Blues à recentrer leur carrière sur la France, il y séjournèrent longtemps et le disque suivant « Boulevard De la Madeleine » est à l’évidence un appel du pied.

La suite on la connaît, Denny Laine quitta le groupe. Plus tard il fera partie de Wings de Paul Mc Cartney. Le bassiste Clint Warwick quittera le métier. Quant au reste en s’adjoignant les services de Justin Hayward et John Lodge, ils devinrent un groupe mondialement célèbre au succès considérable pendant plus de 40 ans. Mais on ne trouvera plus guère le blues de leur débuts dans la suite. On peut parfois le regretter.

Bye Bye Bird version studio

La même en live

En live sur playback « Ill Go Crazy »

Les deux autres en studio

Pour le plaisir « Go Now »

Jeter une bouteille musicale à la mer (11)

Dans toutes mes adorations musicales, le style qui revient le plus souvent dans mes écoutes est le garage punk, le psychédélique. Si l’appellation première n’existait pas vraiment dans les sixties, elle devint un style à part entière un peu plus tard. Nul n’ignore que les USA forment un vaste territoire et une population considérable. Quand la musique est devenue une industrie pour les jeunes avec ses miroirs aux alouettes, les candidats se pressaient au portillon. Des milliers d’orchestres, de chanteurs, revendiquèrent le droit à faire de la musique et surtout d’arriver à enregistrer un disque. Le style doit surtout son nom au fait que le garage familial servait de lieu de répétition et parfois même d’enregistrement. On y colla le terme punk, car parfois on peut y trouver les prémices de ce style, un dizaine d’années avant son avènement. Ce n’était pas trop difficile, chaque ville, même perdue au fond du pays, avait un ou plusieurs labels locaux. On avait alors la possibilité de publier un 45 tours, le plus souvent à ses frais. Ils servaient de promotion et de carte de visite pour les artistes quand ils se produisaient lors de concerts de plus ou moins grande importance. Les grandes maisons de disques avaient des rabatteurs qui tournaient les disquaires locaux dans l’espoir d’y découvrir un disque qui ferait un malheur sur la plan national, même international. Dans ce cas, les droits étaient rachetés ou les chansons réenregistrées  et publiés sur un label important. Il y a quelques artistes qui accédèrent à la gloire de cette manière là, le cas le plus connu étant Elvis Presley. Bien sûr la majorité restèrent d’obscurs interprètes et leurs disques d’obscures galettes entre les mains de quelques détenteurs en principe heureux. Le potentiel resté caché est énorme, des milliers de titres, certains étant de purs joyaux. La frontière entre garage et psychédélique est parfois ténue, un titre peut très bien coiffer les deux noms. Entre 1963 et 1967, c’est plus souvent du garage brut et que à partir de là, le son laisse entrevoir les artifices sonores du  psychédélique.

En 1972,  Lenny Kaye, guitariste de Patti Smith, parvient à compiler et faire éditer un double album qui regroupe quelques titres à tendance psychédélique et pour la première fois le terme punk rock figure sur un disque. Les noms qui apparaissent sont relativement connus des amateurs de musique qui observèrent le mouvement de son vivant. Presque tous les titres proviennent de grands labels, mais n’ont pas tous connu un succès retentissant. Ils n’en reste pas moins qu’ils attirent l’attention et donne l’envie aux encyclopédistes d’explorer le domaine, riche en promesses. Le pari sera tenu, d’innombrables compilations verront le jour, j’en possède plusieurs centaines. C’est d’une fertilité sonore incroyable. Sur les milliers de titres à écouter, il est difficile d’en trouver deux qui sonnent la même chose. Au regard de ce qui se fait aujourd’hui, presque toujours le même son synthétique, on peut considérer cette époque comme une belle aventure.

Voici quelques titres extraits de ces compilations, tous aussi obscurs que beaux.  C’est peut-être un peu vieillot pour certains, mais justement on est ici pour cela.