Pas moyen d’être tranquille!

Miss Amanda Lee, vous la connaissez sans doute, je vous avais déjà soumis un clip d’elle intitulé « des bas et du swing ».  En plus de sa carrière de pin-up rétro, elle nous offre de charmantes petites histoires érotiques et humoristiques, filmées avec soin. Dans la plupart, elle n’hésite pas à nous dévoiler ses charmes cachés, bas, porte-jarretelles et autres, dans la plus parfaite ambiance rétro. J’en ai choisi deux, le premier, ou comment essayer ses nouveaux dessous sans être dérangé par le voisin. Le second est plus musical, elle nous prouve qu’elle sait aussi chanter. Elle nous interprète un célèbre classique de country music qui fit les beaux jours de Nancy Sinatra en 1967. Vous remarquerez que celui qui joue de la guitare et chante avec elle est le même personnage que celui qui joue le voisin perturbateur dans le clip précédent.

Des bas, des jarretelles, une belle fille, quoi de mieux pour commencer la semaine?

Francesca et Elle

Nous avons vu dans un épisode précédent comment Francesca est entrée dans ma vie, ou plutôt comment je suis entré dans la sienne. Quelques années plus tard, elle fut à nouveau la complice involontaire d’une séance d’observation qui ne me laissa pas de marbre. Je suis allé chez elle un peu par obligation. J’ai grandi depuis l’anecdote précédente et je conduis ma voiture  pour amener ma mère en visite chez elle. C’était pas vraiment une corvée, car je savais que j’aurais l’occasion de boire un de ces bons cafés à l’italienne, trois cuillères de café pour un dé à coudre d’eau. En rien je ne devais regretter ma visite. Tout commença par un séjour au petit coin, où  je vis quelques paires de bas soigneusement alignées sur un séchoir. Cela m’indiqua qu’elle n’avait pas passé aux collants comme la presque totalité des femmes converties à cette détestable mode, avec le consentement, plus que l’approbation, du copain ou du mari. Il y avait au moins deux irréductibles résistants, San-Antonio et moi. Lui, dans ses romans il voyait des bas partout, moi beaucoup moins car je ne suis pas un romancier. Mais la suite de l’histoire, la voici…

Au milieu des années soixante-dix, c’était presque le désert pour les amateurs de bas.  Rien à se mettre sous la dent, bien que je n’ai jamais essayé d’en manger. Même bien cuit, ça doit être très indigeste. En tournant le regard ici ou là, pas la moindre petite satisfaction visuelle d’une jarretelle égarée sur la jambe d’une dame.  La mode avait aussi ses bizarreries. On était dans l’ère du maxi manteau qui brossait le trottoir avec en dessous une jupe tellement mini que nos strings actuels semblent un gaspillage de tissus. Et bien sûr des collants, pour compenser les frimas de la saison hiver. Pourtant arriva sous la forme d’un coup de sonnette, une jeune fille qui avait quelques habitudes chez Francesca. Cette demoiselle, au visage assez agréable,  était certainement en proie aux doutes existentiels qui tourmentent les adolescentes qui lisent des magazines où le prince charmant viendra les délivrer de l’acné  juvénile par un doux baiser. D’après ce que j’ai pu comprendre, sa vie à la maison n’était pas malheureuse, mais ses parents pas trop démonstratifs côté cœur. Alors, elle s’était fait une copine en unissant sa solitude avec celle de la couturière. Sans doute cette dernière lui avait aussi donné quelques conseils sur la manière de se vêtir, de se maquiller, bref d’entrer dans la vie. Elle était assise en face de moi, je revois la scène quand je veux. Elle portait un pull beige et une jupe ample dans les tons brun-olive, qui allait à  hauteur du genou. Une horrible paire de souliers d’hiver faisaient un tache dans sa tenue, mais passons, dehors il neigeait. Mon regard s’était bien sûr attardé sur ses jambes, entourées de nylon, couleur chair. Nous avons engagé une conversation sur tout et sur rien. De temps en temps une œillade de ma part glissait sur ses genoux, soigneusement serrés l’un contre l’autre. Pourtant au cours de notre discussion il lui arrivait, disons d’oublier, ce rituel pudique quand on porte une jupe et que l’on est assise. Je commençais d’avoir quelques doutes sur la présence d’un collant comme sous-vêtement. Il m’avait semblé apercevoir des reflets plus clairs au fond de mon champ de vision, indice d’une possible paire de bas, là ou je ne pensais pas la trouver. J’ai essayé d’en savoir plus, redoutant la présence d’une de ces culottes à longues manches, encore assez communes chez les dames d’un certain âge à cette époque. J’avais quand même un peu le baromètre qui s’affolait et je redoutais l’avis de tempête. Pensez donc, dans ce désert aux dunes en forme de collants, avoir en face de soi une authentique jeune fille qui portait des bas, quel rêve! J’étais presque certain de mon intuition, mais je n’avais pas de confirmation, ni de certitude. Et puis ce n’était pas tellement l’endroit pour la baratiner, je suis assez bon dans l’art de prêcher le faux pour savoir le vrai, mais de la tenue avant tout.  Finalement la fille s’est levée pour partir à mon grand regret. La maîtresse de maison l’a accompagnée à la porte, en la priant d’attendre une minute. Elle est revenue en lui donnant quelque chose, dont la jeune fille l’a remerciée. Ce quelque chose, c’était une paire de bas dans son emballage. Je connaissais bien la marque, c’était une des rares encore en vente pour les vieilles dames qui n’avaient pas adopté le collant. J’ai quand même eu ma certitude.

Je n’ai jamais revu, ni l’une, ni l’autre. La jeune fille a continué son chemin. Elle est sans doute mariée et peut-être déjà grand-mère. Peut-être qu’elle porte toujours des bas. Francesca est décédée deux ou trois ans après, subitement, sans faire de bruit. Parfois, il m’arrive de me souvenir d’elle, un peu comme on aime une séquence d’un bon film. Et puis si vous avez lu attentivement l’histoire, vous savez que c’est un peu grâce à elle que je suis venu au monde. Je suis sûr que de là-haut, elle doit bien se marrer…