Exploration en terre musicale inconnue (14)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

Pour varier, nous irons faire un tour en Allemagne selon le même principe. Durant les sixties le scène musicale allemande fut beaucoup plus animée qu’en France, ici les groupes sont presque une exception, tandis qu’outre-Rhin c’est le contraire. Mais on retrouve le même phénomène, ne devient pas star qui veut, les fonds de tiroir et les obscurités existent aussi. Je parle uniquement de 45 tours et si certains des artistes que je cite ici ne devinrent jamais des stars, les plus chanceux d’entre eux eurent une renommée locale. Ce qui est encore plus certain, c’est qu’ils furent complètement ignorés en France-

1965 – The Details / What Shall I Do. Dans les sixties le label Bellaphon était plutôt un label mineur, signant des artistes secondaires sans vraiment que ceux-ci éclatent au niveau national. Voici un exemple de 1965 sur ce label, un de ces groupes qui existaient parmi des centaines sur la scène musicale allemande très prolifique. Ce disque, je l’ai découvert grâce à un collectionneur allemand, et comble de bonheur il en avait une copie à double. C’est musicalement assez proche du garage punk américain. Toutefois au moins une licence Bellaphon fut publiée par President en France (Casey Jones & Governors). Plus tard au tournant des seventies, le label se hissa au rang de major, publiant notamment le label Chess et en 1977 les fameuses bandes des Beatles au Star-Club.

1967 – The Savages / Why Don’t You Say. Même label, autre groupe avec un nom plutôt prétentieux quand on écoute leur musique.

1965 – The Kentuckys / Uncle Willy. Encore du Ballaphon avec la reprise d’un titre R&B assez obscur popularisé par Zoot Money et Brian Poole & les Tremoloes. Ce groupe obtint une petite popularité en Allemagne, un peu parce qu’ils avaient des cheveux plus longs que la moyenne et aussi habillés en femmes pour la rigolade. Cette version est plutôt bonne.

1965 – The Rollicks / Das Totenschiff. Le hit des Islanders repris en France par Sacha Distel & Sheila (Un Bateau S’en Va), ici en instrumental. Les Rollicks eurent un petit goût de succès avec leur reprise du « Let’s Go » des Routers.

Frederic & Rangers / I’m On The Outside. Ce groupe fit deux tentatives phonographiques dont celle-ci. Peu connus même en Allemagne. Cela fait au moins 50 ans que je n’avais pas entendu ce disque que j’avais jadis possédé.

1966 – The Faces / Cry Cry Cry. Un de ces groupes surtout connus pour avoir occupé la scène du Star-Club de Hambourg. Très souvent en dehors de celle-ci ils n’étaient pas grand chose. J’ai eu la chance de rencontrer le batteur de ce groupe en 2002 en Allemagne, Mr Niels Taby. On a un peu discuté entre deux bières, très sympathique, il m’a signalé que sa grande passion c’était Johnny Kidd. A part ça une belle reprise du titre de Bobby Bland.

1966 – Ian & Zodiacs / No Money No Honey. Un groupe d’origine anglaise assez ambitieux qui publia quelques belles galettes surtout en Allemagne avec des succès modérés.

1965 – The Blizzards / I’m Your Guy. A l’étranger ils sont surtout connus pour avoir enregistré en allemand une cover de « Heart Full Of Soul » des Yardbirds. Mais ils chantent aussi en anglais et c’est pas mal du tout.

1968 – The Blackbirds / No Destination. Une petite perle alors que la musique se faisait un peu plus planante. De tous les disques que je vous ai proposés ici, c’est certainement celui que j’ai écouté des centaines de fois, eh ou ça fait 50 ans.

1964 – The Javalins / Scherben. La tentation d’une carrière en Allemagne n’était pas le fait uniquement des Anglais. Ce groupe était bel et bien hollandais, mais testa le coup en Allemagne avec une adaptation toute germanique de « Bits And Pieces » de Dave Clark Five.

1967 – The Ones / Lady Greengrass / Love Of Mine. C’est une des plus prestigieuses pièces de collection du label Star-Club pour au moins deux raisons. La première c’est que cela n’a pas marché, la seconde c’est que ce groupe est une première mouture des célèbres Tangerine Dream. Et que c’est beau !!!

1966 – The Rebbels / Come Back. Après avoir joué le jeu des albums de reprises quelque chose de plus original, du beat et de la fuzz guitar. C’est toujours un de ces disques, qui sans être exceptionnel se trouve très bien dans une collection pour les amateurs du genre. Je le possède même avec une pochette aux couleurs alternées dont je n’ai vu mention nulle part, le lettrage est violet au lieu d’être rouge. Le monde est plein de mystères…

 

Exploration musicale en terre inconnue (13)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1959 – Corradi Ei 93 / En France, la fin des années 50 vit une sorte d’engouement pour les musiques un peu exotiques, principalement italiennes. Dalida en fut la principale investigatrice, on adorait ce petit accent italien. Bob Azzam, avec une pointe de musique arabe,  fut un autre artisan du genre sans oublier Marino Marini qui marcha plutôt bien en France avec de nombreuses publications. D’autres essayèrent de se glisser dans la course avec des résultats moindres, Corradi Ei 93 en fut un exemple, plutôt spécialisé dans les reprises.  Une dizaine de 45 tours EP furent publiés, dont quelques uns avec des titres en français ou avec un bel accent napolitain. Ici, un extrait du premier avec une chanson très napolitaine aussi interprétée, moins bien, par Bob Azzam. Le propre de ces orchestres, même si on peut les ranger dans catégorie bal, c’est de posséder de parfaits arrangeurs et musiciens.

1958 – Fred Buscaglione / Love In Portofino. C’est le type même de la chanson que l’on a entendue une fois ou l’autre, sauf peut-être par celui qui l’a créée à moins d’être italien, Fred Buscaglione. Véritable phénomène musical de la fin des années 1950, elle contamina nombre d’interprètes, plusieurs en France dont Dalida, elle se joue encore dans les bals ou dans la rue. Le petit port de la côte Ligure aux maisons colorées coule toujours des jours paisibles, mais maintenant il est célèbre pour l’éternité. Son créateur se tua dans un accident de voiture en 1960, en pleine gloire. Son disque en édition française est immensément plus difficile à trouver que la version de Dalida.

1962 – Johnny & Hurricanes / Farewell, Farewell. Le 5 ème EP du groupe publié en France est tellement rare que pendant plus de 30 ans, les spécialistes ignoraient qu’il existait, moi y compris.

1982 – Vince Taylor / Space Invaders. L’un des derniers sursauts de Vince Taylor avant sa phase finale en 1987.

1969 – Mighty Baby / Egyptian Tomb. Un de ces quelques groupes anglais progressifs et peu connus qui eurent le bonheur d’une publication française en 45 tours. rare, beau et recherché.

1966 – The Leaves / Too Many People. Assez rares sont les 45 tours publiés en France qui sont issus du garage punk américain. En voici un exemple charmant.

1970 – Taste / What’s Going On. Un seul 45 tours existe en France qui témoigne de l’existence de Taste et de Rory Gallagher. C’est un extrait du second album.

1966 – Johnny Thompson / Soul Chant. Un chanteur très peu connu dont il existe un 45 tours en France, dont je pense bien peu peuvent se vanter d’en avoir vu un jour une copie. Même si la photo de la pochette fait plutôt penser à un aimable chanteur de variétés, le contenu frise avec le psychédélique et le garage punk. Eh oui c’est comme ça.

1973 – Axis / Gold Wings. Ce groupe d’origine grecque, essaya de marcher sur les traces des Aphrodite’s Child, mais ne rencontra pas le même succès. Ils eurent un ou deux singles assez populaires, mais celui-ci est plus difficile à trouver, même s’il est peu recherché. C’est pourtant un excellent truc, un arrangement pop emprunté au célèbre air russe « Plaine Ma Plaine. C’est du bon boulot et je suis sûr que c’est un tube manqué. On a fait bien pire avec des airs folk.

1962 – The Rivingtons / Papa Oom Mow Mow. Voici une des deux chansons qui inspira les Tashmen pour « Surfin’ Bird ». Le titre fut publié en France par Capitol dans un indifférence quasi totale. C’est bien sûr un joli collector.

1964 – Lesley Gore / Je Ne Sais Plus.  Encore une de ces tentatives de chanteurs anglophones d’enregistrer dans notre langue. Ici c’est la célèbre Lesley Gore qui enregistra un immense tube « It’s My Party » (C’est Ma Fête par Richard Anthony) en 1963. Elle continua de cartonner aux USA avec d’autres titres dont « You Don’t Own Me », qu’elle enregistre ici en français. Chanson à fort potentiel, mais peut-être l’accent gêne ?

1971 – James Darren / Mammy Blue. En 1971, la chanson « Mammy Blue » fut un peu comparable à l’épidémie de grippe espagnole en 1918, la France fut entièrement contaminée. Trois versions se disputaient les ventes, celle des Pop Tops, le créateurs, Joël Daydé, Nicoletta. Vint alors s’ajouter une version américaine par un certain James Darren. Si en France on ne le connait pas comme chanteur, il a pourtant une longue carrière derrière lui, par contre on se souvient de son rôle d’acteur. Il fut un des deux savants perdus dans les labyrinthes du temps via la série tv « Au Coeur Du Temps », projetée sur les écrans vers 1966-1967. Sans doutes, les trois versions citées étaient suffisantes, on ne lui laissa pas de place pour la sienne.

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