En passant

Exploration en terre musicale inconnue (32)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

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1964 – The Kingsmen / Little Latin Lupe Lu. Les Kingsmen eurent leur heure de gloire internationale en 1963 avec « Louie Louie », ce fut le cas même en France. Si l’opus qui contient leur hit est assez courant, les suivants le sont beaucoup moins. Le troisième et bien plus rare EP est peut-être un des plus intéressants par le contenu, il contient une très bonne reprise du titre enregistré par les Righteous Brothers à leurs débuts. De par leur style, les Kingsmen sont de pionniers du garage punk qui engendra l’un des plus merveilleux mouvements musicaux américains des sixties.

1962 – The Champs – Experiment In Terror.  cinquième et dernier EP des Champs publié en France. Il propose la transformation en twist de leur célèbre « Tequila », Plus intéressant, un autre instrumental qui aurait fait merveille comme musique de série tv, s’il n’était pas déjà la musique de générique d’un film du même nom tourné par Blake Edwards « Allo… brigade spéciale ». Les plus avertis reconnaîtront sans doute la patte du compositeur Henry Mancini. On le retrouvera un peu plus tard avec une histoire de panthère rose. A part cela, le disque est peu courant.

1962 – The Chantels / Well I Told You. Un des tout premiers groupes noirs féminins à avoir eu une entrée dans les charts. De leurs premiers succès, la France a fait l’impasse et tente de se rattraper avec cet ultra rare EP publié par London. La chanson extraite, dans lequel elles s’adjoignent un vocal masculin, n’est pas sans rappeler le fameux « Hit The Road Jack » de Ray Charles. J’ose pas vous dire le prix de cette rareté.

1963 – Ed Bruce / See The Big Man Cry. En général, le label Wand représenté en France par Vogue, n’est pas réputé pour avoir dans son écurie des chanteurs de country music. Voici une exception avec ED Bruce, très peu connu chez nous dont c’est le seul EP publié ici. Le titre extrait dont il est le compositeur sera un hit en 1965 pour une plus grosse star de cette musique, Charlie Louvin. Cette édition française est bien obscure.

1965 – Gary Farr & T-Bones / I’m Louisiana Red. Le très rare EP français de ce groupe est très célèbre dans le monde des collectionneurs parce qu’il montre par erreur les Yardbirds sur la photo de la pochette. Ce n’est d’ailleurs pas complètement anachronique, car les T-Bones n’étaient pas tout à fait étrangers à la musique des Yardbirds, ils partageaient en plus le même producteur, Giorgio Gomelsky. C’est une curiosité dans la discographie des deux groupes, mais cette erreur peut coûter cher aux chasseurs de vinyles. Le titre est une reprise d’une chanson autobiographique du bluesman Louisiana Red.

1968 – Wonderland / Moscow. Groupe d’origine allemande formé de musiciens allemand et anglais venus de diverses formations notamment les Rattles avec Achim Reichel guitariste de la première époque. Ce rare single publié en France nous montre un de leurs plus intéressants titres.

1965 – Brian Poole & The Tremoloes / Time Is On My Side. Le groupe dont les connaisseurs se rappellent qu’ils furent signés par Decca en lieu et place des Beatles, ne se débrouilla quand même pas mal avec quelques bons succès à la clé. La France restera assez distante, aucun de leurs titres ne fut un succès chez nous. Quatre EP’s furent publiés, dont celui-ci quatrième et dernier de la série et aussi le plus rare. Il contient le titre qui réussit beaucoup mieux aux Rolling Stones, « Time Is On My Side ». Pour être honnête, en Angleterre où il ne sortit que sur la forme d’un EP avec le même contenu et une pochette différente, il est à considérer comme un mini-album. La pratique était assez courante chez les Anglais, on mettait en évidence quelques titres, parfois du contenu introuvable ailleurs, mais il n’était pas destiné à la base à conquérir le hit parade. Contrairement à la France qui le publia comme base de lancement  jusque vers 1967, cet honneur était réservé au single chez les Anglais.

1963 – Lou Monte / Pepino The Italian Mouse. Lou Monte est le bel exemple du chanteur dont le public français, du moins les plus anciens, connaît par coeur une chanson, mais dont il ne connaît absolument pas le nom du créateur. Ce chanteur italo-américain est une référence dans la variété humoristique américaine, un pendant d’Henri Salvador chez nous. Ce fut d’ailleurs lui qui popularisa un adaptation de cette chanson dans les pays francophones et en fit un de ses grands succès « Minnie Petite Souris ». L’original, chanté avec l’accent calabrais, vaut son pesant de trappe à sourire.

1961 – Ernie K-Doe / Mother In Law. Encore une de ces belles pièces de collection rare et recherchée parue sur le label London. Elle concerne un chanteur de r’n’b noir, Ernie K-Doe, assez populaire aux USA où sa chanson fut un succès et reprise par pas mal de monde. Si l’original fut complètement zappé en France, il est assez connu via les versions de Richard Anthony et Frankie Jordan sous le titre de « Belle Maman ».

1959 – Dave « Baby » Cortez / The Happy Organ. En 1959, le rock instrumental aux USA n’était pas uniquement l’apanage de Duane Eddy ou Johnny & The Hurricanes. Un artiste et organiste noir vint joyeusement faire la nique au reste avec un titre qui se hissa allègrement à la première place du Billboard, « The Happy Organ ». Publié en France par London, il fut loin d’atteindre les mêmes ventes qu’aux USA. Une assez belle rareté pour les intéressés.

1960 – Peppino Di Capri / Forget Me. Restons encore un peu en Italie. Malgré une discographie française assez abondante, Peppino Di Capri reste assez peu connu en France. Il débuta dans une catégorie poids plume du rock and roll à la sauce italienne derrière Adriano Celentano et Little Tony. Comme ses rivaux, il lui arrivait de chanter en anglais. Comme ce titre sur ce premier EP français, que l’on peu considérer en regardant le clip comme un sommet du kitsch.

1966 – Bob Kuban / The Cheater. Sous ce nom se cache le groupe Bob Kuban & The In-Men , Kuban étant le meneur et batteur de la bande. Cette chanson fut son seul hit, Il fut publié en France la même année sous forme d’un EP qui ne mentionne que le nom de Bob Kuban, mais ne rencontra aucun succès. Dans cette histoire d’infidélité, ironie du sort, le chanteur du groupe fut tué par l’amant de sa femme en 1983.

1969 – The Guerillas / Lawdy Rolla. Cette production française très rare et très peu connue est le fait d’un groupe dans lequel on trouve Manu Dibango, qui vient de décéder R,I,P., pas encore le saxophoniste très connu. Musique d’inspiration africaine, elle est un des prémices de certains de ces artistes du cru qui acquirent une certaine célébrité par la suite. En face B figure une reprise en anglais de « Ne Me Quitte Pas » de Brel.

En passant

Exploration en terre musicale inconnue (30)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1970 – Graham Bond / Springtime In The City. Graham Bond est une légende et un organiste anglais, qui avec quelques autres figures, posa les premières pierres de ce qui allait devenir l’UK Blues Boom. Avec son groupe Organisation, il enregistra deux albums qui devinrent assez vite réputés auprès des fans. A ses côtés, on retrouve des musiciens d’une grande pointure: Jack Bruce à la basse; Ginger Baker à la batterie; Dick Heckstall-Smith au saxophone. Les eux premiers furent membres de Cream, le troisième fera partie de Colosseum et d’une multitude d’autres participations, les Blesbreakers de John Mayall et Sweet Pain notamment. Entre 1963 et 1966, une série d’enregistrements furent réalisés avec les mêmes musiciens, mais où l’on voit apparaître un certain John McLaughlin. Ils restèrent plusieurs années dans les tiroirs. Dans certains titres, on remarque une approche du free jazz. Il fallut attendre 1970, pour qu’un double album de ces enregistrements soit enfin édité sous le nom de « Solid Bond ». Assez bizarrement, alors que cette musique n’a aucune prétention commerciale, on alla jusqu’à publier un single en France. Paradoxalement, c’est deux titres assez conventionnels qui figurent sur cette édition. Autant dire que c’est une rareté.

1961 – Oscar Brown  Jr / Wok Song. Cette chanson fait définitivement partie des classiques d’un musique entre soul et jazz. Une des plus célèbres versions est celle d’Oscar Brown Jr qui l’adapta du compositeur original Nat Adderley en y ajoutant des paroles. En France on la connaît surtout par Claude Nougaro « Sing Sing Song ». Publié en France une première fois en 1961 par Philips et une seconde fois par CBS en 1964, elle ne charma pas trop le public français. Le deux éditions sont plutôt rares.

1968 – The Searchers / Umbrella Man. Pour tenter de relancer la machine en très nette perte de vitesse, les Searchers signent avec la label Liberty. Ce premier single resta dans l’ombre et ne se vendit que peu, il est de ce fait une très rare pièce dans la discographie du groupe. Une édition française fut publiée, là encore c’est sans doute en rareté pure, la pièce la plus rare des sixties de la discographie française des Searchers. Comme beaucoup de groupes liverpooliens ils eurent de la peine à adapter une démarche plus pop.

1961 – Ann Margret / I Just Don’t Understand. Chanteuse et un peu sex symbole d’origine suédoise, on la voit comme chanteuse et aussi comme actrice, notamment aux côtés de Presley. En 1961, elle enregistre la chanson que je vous présente et qui est une petite révolution, mais elle n’y est pour rien. C’est un des premiers disques connus qui contient de la fuzz guitar. Pour ceux que ne connaissent pas, c’est un artifice d’amplificateur qui transforme le son de la guitare en une sorte de bourdonnement d’abeille. Cette chanson figure également au répertoire des Beatles et de Freddie & The Dreamers. Dans sa publication française en EP, c’est un disque plutôt rare.

1958 – The Sons OF The Pioniers / Montana. Depuis 1933 à aujourd’hui, ce groupe nonobstant de nombreux changements de personnel, perpétue la tradition de la musique folk américaine blanche et de la country music. En 1958, on tente la publication d’un EP, qui ne semble pas avoir donné l’envie à beaucoup de monde d’aller visiter le Montana.

1966 – The Young Holt Trio (Unlimited) / Wack Wack. Dans les années 60 le jazz n’a pas complètement disparu. De temps à autre un artiste ou un groupe arrive à décrocher un succès. C’est la cas pour ce trio américain qui obtint quelques petites consécrations aux USA. Ce titre assez accrocheur, même pour celui qui n’aime pas le jazz, fit l’objet d’une publication en France sans bousculer le routine. A noter que c’est un groupe de jazz qui essaya de donner une image plus progressive au jazz traditionnel, en bousculant un peu les conventions et en la mélangeant avec la soul music ou la variété. A titre d’exemple, je vous mets en-dessous leur version très spéciale de « Lady Madonna » des Beatles. Malheureusement dans le clip, il manque les 40 dernières secondes.

1963 – Helen Shapiro – J’ai Tant De Remords.  La très jeune star féminine anglaise du début des sixties fait aussi partie des artistes qui ont tenté le coup d’enregistrer quelques titres en français. Elle interprète ici une reprise de son titre anglais « I Apologise ». Cette tentative, comme beaucoup d’autres, ne rencontra pas vraiment le succès. Le seul avantage, c’est d’avoir fabriqué des collectors pour les fans.

1961 – Linda Scott / Don’t Bet Money Honey. Seule apparition sur un rare EP de cette chanteuse américaine. Un splendide titre, en plus une composition personnelle, qui n’est pas sans rappeler les vocaux des Ronettes ou des Crystals deux ans plus tard, elle est pourtant de race blanche, mais on s’y tromperait. On peut voir dans le film de David Lynch « Mulholland Drive » une chanteuse interprétant en playback sur l’original, une autre de ses succès figurant également sur la publication française « I’ve Told Every Little Star ». Extrait dans le second clip.

1967 – Roy Orbison / Ooby Dooby. Roy Orbison est un des chanteurs les plus importants de l’après-guerre. Du rock dans roll à l’opérette, il a un très vaste répertoire de possibilités. Bien qu’il soit surtout connu comme chanteur de ballades, il débuta pourtant comme chanteur de rock and roll sur les fameux disques Sun. Passé complètement inaperçu, un EP de lui fut publié en 1957 par London France qui illustre justement sa face rock. C’est un rareté comment dirais-je, très rare. La pochette est très marrante.

1969 – Cloud / Cool Jane. Une de ces obscurités tellement obscures qu’elles restent obscures, on sait juste que c’est d’origine américaine. C’est plutôt commercial, mais plaisant à écouter.

1965 – Burt Bacharach / Trans Boats & Planes. Celle-là vous la connaissez certainement, elle fut un gros succès pour Claude François « Quand Un Bateau Passe ». Cette immense compositeur aux presque innombrables succès écrits pour les autres, fit sa première tentative comme interprète avec cette chanson. En fait il dirige l’orchestre laissant la partie vocale au groupe féminin les Breakaways. Ce fut un gros succès en Angleterre, très légèrement concurrencé par la version parallèle de Billy J Kramer & The Dakotas. On l’oublie facilement, il a fait l’objet d’une édition française sur un EP sorti à l’époque, pas trop visible. Pour les cinéphiles, rappelons qu’il fut le mari de la belle Angie Dickinson.

1968 – Ian Whitcomb / Nervous. Ce chanteur anglais fit une carrière exclusivement aux USA avec un certain succès. Trois EP’s furent publiés en France qui sans être rarissimes ne sont pas parmi les plus en vue. Son répertoire est plutôt rock, mais c’est avant tout un spécialiste de l’humour et de l’amusement. Le voici dans un clip pour la tv française, vous comprendrez ce que je veux dire. Il est toujours en action du côté de la Californie où il réside. A noter que Willie Dixon a enregistré un truc assez semblable en 1960.

1967 – Tommy James & The Shondells / I Think We’re Alone Now. Durant le seconde moitié des sixties, Tommy James et son équipe furent de réguliers visiteurs du hit parade. Leurs succès n’exercent pas la même attirance entre eux, certains sont de très gros hits, d’autres n’ont qu’une carrière modeste. La publication française est assez respectueuse de leurs parcours dont cinq EP’s pour les débuts. Parmi eux, les deux derniers sont plus rares que les autres, ne contenant pas de hit majeur. Emballés dans de superbes pochettes, ils sont assez volontiers recherchés par les collectionneurs internationaux et leur visibilité moindre fait un peu monter les prix. Le titre proposé est un extrait du 4ème EP.