Eclats de nylon et vieux papiers (27)

Eclats de nylon et effet Papillon

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

L’un des livre le plus merveilleux que j’ai lu est sans aucun doute Papillon de Henri Charrière (1906-1973), sorti en 1969. Ce fut un très gros succès de librairie, au moins 2 millions d’exemplaires vendus, tellement grand qu’il amena Hollywood à en faire un film. A sa sortie on fit passer le livre pour une autobiographie, car le personnage qui lui donne son titre est le surnom de l’auteur référence à un papillon qu’il avait tatoué sur la poitrine. Donc le personnage qui a bel et bien existé, fut condamné au bagne à perpétuité et déporté à Cayenne en 1933. Il fut accusé d’un meurtre dont il nia toujours la culpabilité. Un fait est certain, au moment de son procès, son passé parla contre lui. Il fréquentait le milieu et était plus ou moins connu comme souteneur. La victime était aussi quelqu’un du même bord et l’affaire parut être un règlement de compte ou une altercation qui a mal tourné. Bref, il est plus que probable qu’il fut le seul, et restera le seul, a connaître la vérité sur sa culpabilité ou son innocence. 

Son passage au bagne dura 11 ans, il s’évade définitivement en 1944, se réfugie au Venezuela et y mène une vie qu’il raconte dans son deuxième livre Banco. Rentrant en France en 1967 une fois sa peine prescrite, il entreprend d’écrire son livre. A la sortie du premier, les lecteurs s’intéressent à son récit comme un témoignage sur le bagne, on y a plus envoyé personne depuis la fin de la guerre. Le récit le plus probant sur le bagne remonte à 1923, c’est loin, grâce au journaliste Albert Londres qui en fit un récit dépourvu de complaisance et amena quelques améliorations dans le sort des détenus, jusque là considérés comme des déchets de l’humanité.  Le récit de Charrière se lit comme une passionnante aventure, un thriller pour employer un terme d’aujourd’hui, dans lequel il est le héros.

Malheureusement, il apparut bien vite que son récit était assez fantaisiste, que tous les exploits qu’il raconte et s’attribue dans son livre, étaient plus ou moins vrais, mais vécus par d’autres détenus. Pour des raisons de dates, certains personnages dont il parle dans son récit, ne peuvent l’avoir rencontré. Il a, semble-t-il, largement puisé dans le folklore du bagne. Aujourd’hui, on n’hésite plus à le traiter de menteur, bien que tout ceci n’enlève rien à la qualité de son récit, simplement il faut le lire autrement.

Evidemment puisqu’il y a eu procès, on en retrouve le minutes résumées dans la presse d’alors. J’ai fouillé et vous en montre des extraits avec l’ambiance de l’époque. La question reste posée, était-il vraiment innocent ?

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En 1936, un grand pas est franchi pour la condition ouvrière, l’octroi des congés payés à l’initiative du Front Populaire, mené par Léon Blum et rassemblement des partis de gauche. Depuis le 19ème siècle, la gauche est présente au niveau électoral, mais le plus souvent en ordre dispersé, ce qui ne lui permet pas de remporter de grandes victoires. Soyons honnêtes, les progrès sociaux ne sont pas une exclusivité de la gauche, les assurances sociales, des mesures fiscales avantageuses pour les plus démunis, sont le fait des partis de droite, avant le Front Populaire. Mais pour certains, on avance trop lentement et un peu timidement. En 1936, pour une fois on arrive à un consensus qui permet d’avoir un gouvernement de gauche, très éphémère rappelons-le, mais dont la mise en place des congés payés restera l’image de marque et ne sera pratiquement jamais remise en cause. Ce congé, fixé à deux semaines, sera le premier exode des ouvriers qui partent découvrir d’autres cieux, s’ils en ont les moyens bien sûr. Evidemment cela ne plait pas forcément au patronat, obligé de passer à la caisse, d’autant plus que le semaine de quarante heures s’ajoute aux congés, et cela a force de loi. Comme dans toute nouvelle donne politique, les lésés ne manquant pas de hurler au loup, les gens de droite, en général, ne manqueront pas de crier que la fin des temps est proche.

Prenons un journal par excellence de droite, Le Figaro, et voyons un peu ce qu’il raconte à la fin juin 36, au moment où les congés payés sont acquis. Le journal donne immédiatement la parole aux milieux patronaux qui fait a son petit calcul, 1 milliard 200 millions, voilà ce que coûtera les congés payés! Un milliard et des grosses poussières, c’est une somme. Mais relativisons là aussi son importance. J’ai fait le calcul, cette somme divisée par la population française de cette époque, environ 40 millions d’âmes, cela représente… 30 francs par tête de pipe! Un peu plus loin, un autre calcul est présenté, le prix de la semaine de 40 heures, estimé proche de 12 milliards. J’aime bien le terme de la présentation, ça coûtera, jouons un peu avec les mots et trouvons une autre définition plus appropriée: ce que les patrons ne gagneront pas, et qui sera très judicieusement réparti entre les ouvriers qui travaillent.

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Un milliardaire, c’est justement le nom que l’on donne à un homme qui possède au moins un milliard. Les mathématiques ont la vie dure, mais la fortune de ce monsieur représente en gros le prix à payer pour que tous les ouvriers puissent prendre deux semaines de vacances. Justement une semaine après l’instauration de ces fameux congés, il y en a un qui est reçu à l’Elysée, un certain membre de la famille Rockfeller. Il a généreusement (mais quand on donne un confetti de sa fortune est-ce vraiment de la générosité?) à quelques rafistolages à Versailles. Bien évidemment Le Figaro consacre un bout de sa première page à tant de bonté dans un article dont je vous donne le titre, c’est bien suffisant, le reste étant du cirage de pompes. En dessous vous trouverez un compte rendu de sa réception à l’Elysée où il est fait, c’est bien la moindre des choses, grand croix de la Légion d’honneur. Tout ce barda lui a été remis par le président de la République, Albert Lebrun. Eh oui, c’est déjà la cohabitation, un gouvernement à gauche est un président à droite. Il le restera d’ailleurs jusqu’à la guerre toute proche. C’est lui qui fera appel à Pétain, et on connait la suite…

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Il fallait bien évidemment aller voir dans un journal qui à l’époque pouvait avoir l’air triomphant. Il s’agit bien sûr de L’Humanité, journal fondé en 1904 par Jean Jaurès, qui s’orienta par la suite vers le communisme et devint le journal officiel de ce parti. Il ne fit pas la grande erreur d’être un journal exclusivement politique, mais un journal qui se lit comme un autre avec ses petits faits divers, la publicité et les pages culturelles, même très culturelles. Evidemment tout ce qui peut avoir trait de près ou de loin à la politique est très ancré à gauche. Parfois excessif dans ses propos, il reste néanmoins un journal qui met en exergue les malheurs que la condition ouvrière peut parfois subir. Il est bien le seul à s’y intéresser inlassablement, en proposant des remèdes qui peuvent parfois être pire que le mal. Mais on peut aussi le considérer comme un « mal » nécessaire dans toute démocratie, ne serait-ce que pour rappeler que ce nom n’est pas seulement l’apanage de ceux qui l’emploient à mauvais escient.

Voyons ce qu’il dit en présentant ces fameux congés.

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Alors Le Boss, un homme de gauche? Ben j’ai une définition toute faite, je ne suis pas de gauche et encore moins de droite. En politique, comme en religion je suis un libre penseur, prêt à applaudir toute initiative favorable aux plus humbles que cela vienne de gauche ou de droite. Je crois que le terme qui me convient le mieux est libertaire. Quand je vois le ballet de clowns qui s’agite en vue des prochaines élections présidentielles, j’ai envie d’employer un terme phonétiquement semblable à ballet… balai!

Source des articles: Gallica, BNF, DP

Nylons Polaroid

A la fin des années 60, le Polaroid connaît un succès grandissant. Bien que le système existe depuis les années 40, eh oui c’est plus vieux qu’on le croit, il est resté assez confidentiel pendant plusieurs années. Les années 60 voient une démocratisation du procédé, plus léger, plus souple. C’est aussi la période où la couleur fait son apparition. En arrière plan, c’est aussi un moyen pour la photo coquine de faire son apparition dans les chaumières. Il n’y a plus besoin de passer par un laboratoire de développement ou d’en installer un chez soi. On reste dans le discret, toutefois l’ennui principal reste que chaque photo est unique, sans parler du prix de la photo qui reste assez élevé. Mais enfin on peut pas tout avoir, surtout au temps où la télévision en couleur était encore considérée comme quelque chose de presque révolutionnaire.

Je vous propose quelques images qui sont, ou qui auraient pu, être prises par ce procédé. Certaines me font penser que c’est réellement le cas, j’ai juste un doute pour deux ou trois. Mais peu importe le verre ou le procédé pourvu qu’on aie l’ivresse du nylon!

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Nylon paparazzi (29)

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Allons encore une fois nous promener dans les journaux canadiens francophones…

Nous somme juste après la guerre, il faut relancer le commerce. Deux petites pubs qui concernent des gaines, l’une pour dames, l’autre pour jeunes filles. Rappelons quand même un fait, dès l’âge de 12 – 13 ans les filles commençaient à porter des bas, c’était quasiment naturel. Quand j’étais à l’école, en 1965, je me souviens d’une fille de 11 ans qui en portait déjà, avec un magnifique porte-jarretelles que je pouvais voir sécher au soleil devant la maison les jours de lessive. Essayez d’envoyer votre fille ainsi à l’école aujourd’hui!

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En 1956, un journal reprend ce que l’on pourrait intituler « histoire de la torture féminine de l’antiquité à nos jours ». Cet article relate ce qui touche au corset et à ses diverses formes à travers les âges. De tous temps la femme a voulu avoir la taille la plus fine possible, du moins pour ce qui était des sociétés que l’on pourrait considérer comme occidentales en adoptant la géographie actuelle. Jusqu’au début du 20ème siècle et des premiers mouvement d’émancipation féminine, la plupart des femmes considéraient comme une obligation d’avoir la taille serrée à l’extrême, plus spécialement dans les milieux bourgeois et royaux. On imagine péniblement les paysannes et glaneuses aller accomplir leur travail en corset. Cet article est instructif, car il présente une synthèse avec illustrations des différentes époques et de l’évolution de ce vêtement selon les moeurs d’antan. On peut cliquer pour une meilleure lecture.

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Quelques publicités étalées sur plus de 40 ans. En 1923, il n’était pas encore question de bas nylon, c’était le bas principalement fabriqué avec la soie. Bien sûr, c’était réservé aux grandes occasions, car il était plutôt onéreux. Mais soyons honnêtes, toutes les dames ne montraient pas leurs jambes, seules quelques téméraires et plus ou moins séductrices professionnelles se permettaient une certaine forme de jupe courte, au pire en dessous du genou. La minijupe est encore un rêve de couturier, la femme honnête s’habille de long. Les jambes sont cachées et pour ce qui est de leur habillement, des bandes molletières pourraient tout aussi bien faire l’affaire.
En 1927, on propose à la vente des bas de soie qui présentent des défauts de fabrication. Le prix en est réduit, ainsi les fauchées peuvent crâner à moindre prix. Plus loin, un article entre la gaine et le corset. Il est proposé avec six jarretelles, c’est la première fois que je trouve ce genre de mention dans une publicité. On est encore à quelques grandes encablures de ce qui deviendra presque un standard aujourd’hui pour celles qui « osent » porter des bas. Autre fait assez marrant, un pack de six jarretelles de secours coûte 7$, tandis que le tout vous coûtera 11$. Il est vrai qu’aujourd’hui certains accessoires de voiture reviennent presque plus chers que la voiture elle-même.  De l’autre côté nous allons vers 1967, alors que le bas est en train de disparaître. C’est une époque de flottement, toutes les jeunes filles ne portent pas encore des collants, on peut encore titiller la possible cliente pour une gaine qui affiche encore le mot jarretelle dans sa description.

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Un article beaucoup plus récent datant de 1991. Il fait le point de la lingerie chez les Canadiennes. On peut comparer avec ce qui se pratiquait chez nous en même temps.

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Complètement à part, un article de 1950. Au canada il existe des écoles où l’on séjourne en interne. Bien sûr il faut avoir son petit bagage avec soi, le nécessaire quoi! Voici une liste établie des choses plus ou moins indispensables. C’est un bon thermomètre pour savoir ce qui était bien ou mal vu chez les élèves. Pour les filles, par exemple, le pyjama est proscrit. S’il n’est pas fait allusion au bas nylon pour ces demoiselles, par contre on trouve les jarretelles ou jarretières pour les garçons. Alors au Canada on encourage le travesti? Je ne crois pas, car il faut se mettre en tête que le sport national au Canada est le hockey sur glace et il est pratiqué par presque tous les garçons. Et ma foi, cet accessoire est assez courant dans la pratique de ce sport qui requiert un équipement voisin de nos bonnes vieilles armures. D’une part pour le froid, et aussi pour se protéger des contacts enter joueurs et pas du tout, ou rarement, sanctionnés par l’arbitre s’il n’est pas résolument volontaire. Ces jarretelles servent à tenir les gros bas qu’ils portent et agissent un peu à la manière d’un fixe-chaussettes. Ce n’est pas un accessoire de séduction, mois un article utilitaire. Quand à affirmer que les dames en raffolent, je n’irai pas aussi loin. Mais chacun fait ce qu’il veut. 

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Eclats de nylon et vieux papiers (26)

Eclats de nylon, faits et méfaits 

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

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Le mot apache évoque pour moi immédiatement deux choses, les Indiens au Far West et un rock instrumental enregistré par les Shadows. Avec un peu de réflexion, une troisième image me vient à l’esprit, celui des bandes qui écumaient Paris aux alentours des années 1900. Ce n’est pas une légende, semblables bandes ont réellement existé. Elles ont même acquis une certaine célébrité, mêlée de curiosité et de crainte. La crainte est justifiée, car ce ne sont pas vraiment des gens avec lesquels il faut se frotter, ni même rencontrer par hasard, surtout si on a l’allure d’un bourgeois avec le portefeuille bien garni. S’il fallait trouver une icône à ce fait de société, on peut sans hésitation lui associer un nom resté assez célèbre celui de Casque d’Or, rapport à sa chevelure, alias Amélie Elie de son vrai nom.

Elle n’avait rien pour devenir une célébrité, c’est le hasard de la vie et des mauvaises rencontres qui leui permit de devenir une célébrité. Encore adolescente, elle se retrouve à la rue et finit dans la prostitution. Balancée entre amants et souteneurs, ce fut la rivalité entre deux d’entre eux qui la conduit à la célébrité. Ils ont pour nom François Dominique Leca et Josepf Pleigneur dit Manda, ce sont des chefs de bande liés aux Apaches. Commence alors un western dans les rues de Paris, autour de la personnalité de Casque d’Or, dont les deux hommes revendiquent l’amour, sinon la possession à des fins mercantiles. Les bandes s’affrontent dans une véritable guerre, il ne manque que les tranchées. Finalement, les deux hommes sont arrêtés, tout d’abord Manda et quelques mois après Leca, en 1902. Ils seront, comme c’est l’habitude à l’époque, condamnés et déportés au bagne de Cayenne, ils ne reverront jamais la France.

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En ce mois de mai 1902, la France est secouée par un événement qui a lieu bien loin d’elle, à la Martinique pour être plus précis. Le 8 mai, une gigantesque éruption volcanique secoua l’île et la Montagne Pelée, faisant 30000 morts. L’émotion est intense et occulte un peu l’actualité nationale. Mais à la fin du mois, le procès annoncé de Manda, dans lequel viendra témoigner Casque d’Or suscite une intense curiosité. Tout le monde veut la voir, eh oui il n’y a pas la télé, et elle est désormais célèbre. Voici dans Le Figaro, du 31 mai, son témoignage au procès, raconté par un journaliste. (Cliquer pour une meilleure vue et lire gauche/doite et haut/bas)

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Casque d’Or profitera de sa célébrité pour gagner quelque argent, tout en inspirant une nuée de de chansons et de pièces de théâtre, et en racontant ses souvenirs. Elle finit par se marier en 1917, mais sa gloire était déjà derrière elle. Elle mourut anonymement en 1933, âgée de 55 ans. 

Ce fut le film de Jacques Becker en 1952, avec Simone Signoret, qui fit renaître sa légende. Depuis, on associe volontiers son visage à celui de la vraie Casque d’Or. Mais force est de constater que l’actrice est bien séduisante que son modèle. Il faut aussi garder à l’esprit que le mythe a été, en partie, construit par les journalistes. La célébrité tient parfois à peu de choses, c’est dans l’air du temps de chaque époque.  

Partouzes à Bruxelles en… 1882!

On sait par les historiens que les cours royales n’étaient pas épargnées par les moeurs libérales. Enfin comme c’était le roi qui décidait en dernier ressort, il pouvait aisément décider de la suite à donner à l’affaire. Mais malheureusement pour les amateurs, l’apparition d’un semblant de démocratie et la liberté de la presse causa grand tort à ces braves gens surmenés par les affaires courantes et une libido qui ne demandait qu’à s’exprimer. Comme vous le lirez dans l’article publié dans Les Drames Illustrés, une certaine dame X habillait la journée les épouses et déshabillait le soir les maris. Et les frites dans tout cela?

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Jeux interdits avant le film de René Clément, sacrés garnements! (Faits Divers Illustrés 1905)

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Source Gallica, BNP, DP

Nos disques mythiques (22)

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Les Dakotas, de gauche à droite sur la photo: Robin MacDonald (1943- †2015), rhythm guitar; Mike Maxfield (1944 -), lead guitar; Tony Mansfield (1943 -), drums; Ray Jones (1939 -†2000), bass. 

Les Shadows ont largement dominé le style instrumental anglais au début des années 60. Leur suprématie ne fut que mise en doute par les Tornados et leur fameux « Telstar », et par deux anciens membres des Shadows justement, Jet Harris et Tony Meehan, qui cartonnèrent avec « Diamonds ». Les groupes instrumentaux furent cependant nombreux. On peut se souvenir de Nero et les Gliadators et les Krewkats, dont deux moutures servirent plus tard d’accompagnateurs pour Dick Rivers, ainsi que pour les premiers, de Bobbie Clarke, un très grand batteur qui atterrit par d’autres chemins dans les Playboys de Vince Taylor et récupéré ensuite pour Joey et les Showmen de Johnny Hallyday. Pour ceux qui marquèrent encore un peu l’histoire du genre, les Hunters et les Cougars qui popularisèrent cette fameuse adaptation du Lac Des Cygnes de Tchaïkowsky, devenu « Saturday Night At Duckpond ». Voilà pour l’essentiel, mais venons en détail sur un groupe qui fut instrumental par la bande, les Dakotas. 

En 1963, 64, George Martin est un producteur heureux. Entre autres, il s’occupe des Beatles, de Gerry et les Pacemakers, ainsi que de Billy J Kramer et les Dakotas. Ces trois formations s’arrachent littéralement la première place du hit parade anglais, un tas de fois pour les premiers, trois fois pour les seconds, 2 fois pour les troisièmes, sans compter les numéro deux. Il peut orchestrer savamment la sortie des disques, attendre que le succès de l’un se tarisse pour en proposer un autre, cela marche presque à tous les coups. De plus, il accapare des compositions originales rejetées par les Beatles pour les refiler aux autres, même certaines dont ils sont les compositeurs. 

De ces trois formations, Billy J Kramer et les Dakotas furent les moins populaires, tout en gardant à l’esprit que leur succès fut grandiose, mais ils durent se contenter d’un succès plus modeste ailleurs qu’en Angleterre. Ce sont aussi eux qui composent un ensemble fait de deux moitiés. Bien que toujours crédités ensemble, il y a d’un côté le chanteur et de l’autre le groupe d’accompagnement. Cela a sans doute décidé George Martin de tenter en parallèle une carrière pour les accompagnateurs, comme ce fut le cas pour Cliff Richard et les Shadows.

Cela va amener les Dakotas à faire une première tentative en solo avec un disque instrumental composé par le guitariste soliste Mike Maxfield, « The Cruel Sea », couplé à « The Millionnaire ». A l’écoute on est surpris par l’originalité du son, cela sonne assez différemment de ce que l’on entend dans le genre au même moment. Le secret, qui n’en est pas un, c’est de jouer simultanément la mélodie au piano et à la guitare. On retrouvera ce son dans certains titres de Billy J Kramer, Le succès est modeste, mais quand même là, le titre se classe à la 18ème place du hit parade. Edité aux USA, on en change un peu le titre et il devient de « The Cruel Surf » pour être en phase avec la mode musicale. Mais le titre pourra acquérir toute sa notoriété grâce à la reprise des Ventures, qui le mettent sur la face B de leur gros succès « Walk Don’t Run’ 64 ». Il obtient ainsi un audience inattendue, qui va le hisser à la hauteur d’un classique presque incontournable de la guitare. En France, le titre fut repris par Michel Cogoni et Frank Farley (Canada), « Oublie Qu’elle Est Si Belle ». Il fut aussi au programme, en instrumental, du dernier EP des Champions avec Claude Ciari. Pour l’original, il est couplé avec deux succès de Billy J Kramer sur un EP Odeon. 

Pour la suite, George Martin leur refile une composition originale « Magic Carpet » avec une autre production du groupe « Humdinger ». Cette fois-ci, il n’y aura qu’un moindre retentissement, le disque ne se classant pas. Parlophe sort alors un 4 titres « Meet The Dakotas », réunissant les deux disques sous la fameuse référence catalogue numéro 8888. Il est présenté avec cette pochette assez marrante, les membres classés par ordre de grandeur et tendant la main. Ce montage est fixé dans l’oeil de milliers de fans des sixties qui peuvent le reconnaître de loin. 

Pour les amateurs de la chose instrumentale, c’est une pièce maîtresse qu’ils se doivent de posséder sous une forme ou un autre, les pièces originales, surtout le 4 titres, étant assez difficiles à dénicher. Mais les rééditions sont nombreuses, voire innombrables, tout autant que les reprises. Le groupe tourne encore, mais il ne reste aucun membre de la formation originale.

Quoi qu’il en soit, je navigue sur cette mer depuis plus de 50 ans et je n’ai pas le mal de mer…

Eclats de nylon et vieux papiers (25)

Eclats de nylon et tout ça c’est du cinéma!

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

En juin 1940, l’armistice est signé, la France est occupée. C’est une lente réorganisation de la vie des Français sous la volonté des Allemands, tout est sous contrôle ou va le devenir. Du point de vue artistique, la France a un passé plutôt glorieux, même Hitler ne cache pas son admiration pour une partie de ce patrimoine. Il est bien évident que tout ce qui va à l’encontre des idées nazies est désormais banni de toute notion culturelle. Le cinéma, la radio, les journaux, sont des médias aisément contrôlables et on ne va pas s’en priver. Mais ils ne vont pas pour autant disparaître, ils vont continuer ou retrouver un souffle sous le contrôle de la censure. Le cinéma en est un bel exemple. D’abord on essaye, sans trop de succès, de soumettre au public français quelques films typiquement germaniques, malheureusement des films avec la propagande plus ou moins visible, et qui il faut bien le dire sont plutôt des navets. On peut aussi considérer le cinéma comme un soupape de sécurité pour l’envahisseur, pendant que les gens regardent des films, ils ne vont pas poser des bombes ou entrer dans la résistance. Bref, il fallait réorganiser le cinéma de manière plus nationale et nous allons en voir un aperçu, toujours à travers les vieux papiers…

Ce qui se passe ne coulisse est affaire d’historien, cela mérite des livres qui sont d’ailleurs écrits. Mais pour le public d’alors il fallait un trait d’union, le cinéphile d’avant guerre est toujours un client potentiel, encore faut-il qu’il sache où aller et qu’il puisse choisir son programme, le lien utile sera une revue publiée à partir d’août 1941, Ciné-Mondial, qui n’est pas exempte d’antisémitisme.

Cette revue, qui paraîtra hebdomadairement pendant 4 ans sera presque exclusivement consacrée au cinéma français, bien sûr celui qui est agréé par les occupants. La revue est propriété de l’ambassade d’Allemagne. Le cinéma français des années 30 est plutôt prestigieux, il accumule des classiques qui sont considérés mondialement au niveau de chefs-d’oeuvre. Etonnamment pendant l’occupation on ne va pas tourner que des navets, c’est même assez loin d’être le cas. Si l’on compare le nombre de films tournés pendant cette période et les traces positives qu’ils ont laissé dans l’histoire, on atteint un niveau de réussite assez élevé. Bien évidemment, on ne va pas tourner des films politiquement incorrects par rapport à l’occupant, mais cela laisse quand même un vaste choix possible, films historiques, histoires criminelles, films d’aventures, etc…

Et les acteurs et les réalisateurs dans tout cela? Il y a ceux qui refusent un cinéma collaborationniste et s’exilent comme Jean Gabin en 1941, ceux qui sont obligés de le faire parce qu’ils sont Juifs comme Marcel Dalio, ce qui brisa en partie une carrière prometteuse. Et il y a les autres, ceux qui restent et qui font avec, parce qu’ils n’ont pas d’autre moyens, parce qu’ils n’ont pas envie de faire autrement. Parmi ces derniers, il y en aura qui auront certains comptes à rendre à la libération. Chez les réalisateurs, Jean Renoir, un des plus prestigieux des années 30, fuit aussi aux USA en 1940. Son film La Grande Illusion est interdit dans l’Europe occupée. Parmi ceux qui restent, ceux de premier plan dont au moins un film est sorti pendant l’occupation, il y a notamment Marcel Carné, Christan-Jaque, Jacques Becker, Abel Gance, Jean Delannoy, Claude Autant-Lara, Sacha Guitry, Maurice Tourneur, Henri Decoin, Marcel L’Herbier, Marcel Pagnol, Georges -Henri Clouzot. 

La Continental est la principale maison de production active pendant l’occupation en France. Elle est financée par l’Allemagne et fut fondée par le ministre de la Propagande Josepf Goebbels. Ce dernier ne ménagera pas ses efforts pour attirer des grandes vedettes comme Marlène Dietrich, qui l’envoya sèchement balader. Il l’a remplaça par la Suédoise Zarah Leander, qui prit assez vite ses distances avec l’Allemagne dès 1942.

Eh bien, commençons un peu de parcourir cette revue en la décortiquant. En la feuilletant, nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur  les noms cités. Extraits du premier numéro.

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Le premier numéro, août 41, avec Danielle Darrieux en couverture. Elle était déjà célèbre à cette époque, comme actrice et comme chanteuse. Bien qu’ayant signé avec la Continental, elle mit sa carrière volontairement en pause pendant l’occupation en rompant son contrat. Elle a été active jusqu’à ces dernières années et fêtera bientôt son centenaire.

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A gauche: Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, un couple au cinéma et la ville, bien qu’ils ne se marièrent jamais. Le passage de Fresnay à travers l’occupation lui valut quelques ennuis à la libération. Toutefrois, cela lui permit de tourner dans une des oeuvres majeures de cette période, Le Corbeau de Clouzot. Le film fut interdit à la libération jusqu’en 1947. Clouzot fut banni à vie, puis réhabilité. Il reprendra sa carrière et réalisera deux autres grand films Le Salaire De la Peur et Les Diaboliques.

A doite: Jean Tissier, un acteur relativement connu alors, mais qui va connaître une période très faste sous l’occupation, chose qu’on lui reprochera par la suite et qui mit sa carrière en veilleuse, ne tournant que des rôles secondaires. Fernandel est déjà une vedette depuis de nombreuses années. Il tournera aussi tout en poursuivant sa carrière de chanteur. Il n’est pas spécialement inquiété à la libération et continuera d’aligner nombre de films célèbres, allant du très bon au médiocre, sauvant souvent ces derniers. Jean Brochard, un de ces nombreux acteurs, que l’on aperçoit dans une multitude films incarnant les seconds rôles avec une certaine saveur. 

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Parfois, la production impose des acteurs germaniques ou met ses films en exergue. Ce sera le cas pour Heinz Rühemann, un acteur, réalisateur, producteur, qui sera pendant presque trois quarts de siècles, l’équivalent d’un Gabin allemand. 

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Quand la guerre éclate, Louis Jourdan est à l’aube de sa carrière. Il tourne un peu, mais s’engage dans la résistance, pas pour la galerie, mais en vrai patriote. D’une certaine manière, la France le lui rendra assez mal. C’est aux USA qu’il fera principalement sa carrière, par ailleurs très internationale, où il devient une star tournant avec les plus grands réalisateurs. Parfaitement bilingue, sans accent, il chante aussi et fera même du théâtre avec James Dean. Il est décédé en 1915, âgé de 93 ans. 

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La revue propose un jeu. Des cinéphiles sont photographiés à la caisse d’un cinéma.

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Il était presque naturel de proposer un article sur Edith Piaf, bien que sa carrière cinématographique soit très élémentaire. On parle néanmoins du film de 1941 dans lequel elle tient le rôle de Lili Talia, Montmartre-sur-Seine. On y retrouve Jean-Louis Barrault, Henri Vidal (futur mari de Michèle Morgan) et aussi Paul Meurisse, alors l’amant de Piaf. Même aujourd’hui, on ne sait pas très bien le rôle qu’elle a joué en tant que patriote. On lui attribue quelques faits de résistance par chemins détournés, mais rien n’est absolument certain. Le fait le plus sûr, c’est que contrairement à d’autres, elle ne manifesta pas de sympathies trop visibles envers  l’occupant, bien que parfois elle s’accommoda assez bien de leur présence.  Elle fut blanchie à la libération, ce qui une fois de plus et surtout dans bien d’autres cas, n’est pas toujours un certificat de virginité. 

Sources Gallica, BNF, DP