Exploration en terre musicale inconnue (31)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – The Hounds / My World Feel Down. Les groupes suédois furent quelque peu représentés dans les éditions françaises. Toutefois à l’exception des Shamrocks, on peut considérer ces publications comme plutôt rares si on les recherche. C’est le cas pour les Hounds qui s’accaparèrent de ce titre créé par le groupe anglais Ivy League, qui aura plus de retentissement un peu plus tard dans la reprise américaine par Sagittarius, opus même considéré comme une perle de musique psychédélique. Mais la version des Hounds ne démérite pas. Evidemment, ce EP très rare est recherché par les fans suédois et ils sont nombreux.

1966 – Tom Jones / Lonely Joe. Avant d’entamer sa célèbre et longue carrière, Tom Jones enregistra quelques titres sous la houlette du fameux producteur Joe Meek, Ces bandes restèrent dans les tiroirs. Une fois le personnage connu, les affairistes décidèrent qu’il était temps de les publier, ce fut le label Columbia qui s’en chargea. La France relaya le phénomène avec deux EP’s, le premier partagé avec un certain Beau Brummel Esquire, et celui-ci intégralement consacré à Tom Jones. Il est évident que ces publications sont beaucoup plus rares que celles sorties par Decca à la mème époque.

1963 – Marijan / La Course Folle. Pas évident de mettre la main sur cette pièce. Publié par le label Golf Drouot, c’est une adaptation vocale d’un titre instrumental d’un groupe du même label, les Aiglons et leur fameux « Stalactite ».  L’interprète de cette reprise sera plus connu par la suite sous le nom de Michel Orso. C’est assez réussi et bien dans l’ambiance de l’époque avec l’accompagnement assez efficace des obscurs Doodles.

1965 – Catherine Ribeiro / La Voix Du Vent. Le petit disque de cette grande dame de la chanson et de la pop devenu un collector. Il eut quand même un peu de succès à sa sortie, ce qui permit à la dame de figurer sur la fameuse affiche de Salut Les Copains regroupant les fameuses vedettes du yéyé. Mais les ventes restèrent sans doute assez confidentielles. Sans blaguer j’aurais pu vendre ma copie des tas de fois, mais j’ai préféré le garder. La seule copie que j’ai trouvé par la suite, c’est un Anglais qui m’en a offert un bon prix. Ceux qui connaissent ce disque ne savent sans doute pas de qui est la version originale. Elle est le fait d’un groupe anglais assez peu connu, The Majority. Alors, pour vous faire plaisir, je la mets à la suite.

1965 – The Lollipops / Busy Signal. C’est toujours assez étonnant de voir le nombre de 45 tours EP’s, interprétés par des groupes noirs et publiés en France et qui sont d’excellents collectors. Celui-ci ne déroge pas à la règle, car il n’a pas du tout intéressé les radios à sa sortie et les ventes furent sans doute très limitées. Trois femmes et du r’n’b, vocalement c’est toujours beau.

1965 – Les Fizz / Trois Filles Pour Un Garçon. On peut faire la comparaison avec le précédent, trois filles mais cette-fois blanches et bien de chez nous. Elles interprètent une chanson composé pour l’occasion par Sacha Distel. Je vous laisse faire votre opinion. Sachez cependant que ce disque ne court pas les rues, ou alors ils court plus vite que moi, je n’ai jamais réussi à l’attraper…

1964 – The Lennon Sisters & Cousins / Where Have All The Flowers Gone Cette famille de parents très prolifiques, mais qui n’a aucun lien avec John Lennon est connue aux USA pour ses interprétations de variété folklorisante. Un très rare EP vit le jour en France par les bons offices des disques Vogue, label qui fit un travail assez intéressant pour la promotion du folk américain en France. Sans trop de surprises, on trouve sur le disque une version du classique de Pete Seeger, dont il existe de multiples versions éditées en France, chantées par une flopée d’artistes

1968- The Fugs / Crystal Liaison. Groupe phare de la contre-culture américaine, mené par Ed Sanders un poète américain qui a écrit l’histoire de l’Amérique en vers. Les premiers albums sont assez dans une tradition de folk électrique assez basique, mais ils distribués très confidentiellement. Les choses changent quand ils se tournent vers des musiques plus décadentes, un peu à La Frank Zappa. Ils sont signés par le label Reprise avec un petit air de légende à la clé.  Ce très rare single français est extrait du second album, au contenu musical d’époque.

Un document les Fugs à la tv suédoise en 1966, là on est sur la route de la décadence: « The Garden Is Open » et « Super Girl »

1963 – Julie Grant / Cruel World. Chanteuse anglaise assez peu connue, presque pas du tout en France, malgré deux EP’s publiés par Vogue. Une des ses titres « Come To Me », non publié en France, devint assez connu via la reprise de Richard Anthony « Si Tu As Besoin D’Un Ami ». Sur la seconde publication, on retrouve ce titre assez intéressant qui aurait pu être enregistré par sa rivale bien plus connue, Cilla Black.

1963 – Henrietta & The Hairdooz / You Got A Lot To Learn. Encore un de ces disques d’artistes noirs, ici un quatuor féminin américain, publiés en France et qui passa pratiquement inaperçu, mais qui ont de très bon indices de cotations sur le marché. Quand je dis inaperçu, précisons que Nancy Holloway en fit une adaptation « A Quoi Ca Sert De Pleurer ». Très bon pour les oreilles, mais peu visible pour yeux des collectionneurs.

1966 – The Seekers / Someday One Day. Les Seekers, groupe d’origine australienne, eut un succès phénoménal en Angleterre et en Australie, mais la France les bouda avec un entrain qui faisait plaisir à voir. La discographie publiée ici est de ce fait pas trop courante. Elle est surtout recherchée par les fans étrangers. Il y a eu 4 EP’s publiés entre 1965 et 67. Sur le troisième se trouve une chanson de Paul Simon (Simon & Garfunkel) dont il avait fait cadeau au groupe, celle que je vous propose. Ils sont toujours très bon vocalement, mais la voix de la chanteuse, Judith Durham, me fera toujours frissonner.

1968 – Tyranosaurus Rex / Deborah. Premièrement, je ne comprends pas pourquoi ce disque n’a pas eu de succès à sa sortie, voilà un truc original en 1968. Deuxièmement, un moyen d’avoir des collectors pour pas cher, c’est d’anticiper. Acheter un disque peu connu, en espérant que l’artiste devienne une star plus tard. C’est un peu comme à la bourse, il faut avoir du nez et aussi un peu connaître les possibles évolutions d’un style. Bien malin celui qui a acheté cette pièce en 1968, en pensant que ce groupe allait casser la baraque deux ans plus tard sous le nom de T-Rex. La semaine passée une copie s’est vendue £ 150 sur Ebay. Alors si vous le voyez aux puces, n’hésitez pas!

*****

En passant

Exploration en terre musicale inconnue (30)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1970 – Graham Bond / Springtime In The City. Graham Bond est une légende et un organiste anglais, qui avec quelques autres figures, posa les premières pierres de ce qui allait devenir l’UK Blues Boom. Avec son groupe Organisation, il enregistra deux albums qui devinrent assez vite réputés auprès des fans. A ses côtés, on retrouve des musiciens d’une grande pointure: Jack Bruce à la basse; Ginger Baker à la batterie; Dick Heckstall-Smith au saxophone. Les eux premiers furent membres de Cream, le troisième fera partie de Colosseum et d’une multitude d’autres participations, les Blesbreakers de John Mayall et Sweet Pain notamment. Entre 1963 et 1966, une série d’enregistrements furent réalisés avec les mêmes musiciens, mais où l’on voit apparaître un certain John McLaughlin. Ils restèrent plusieurs années dans les tiroirs. Dans certains titres, on remarque une approche du free jazz. Il fallut attendre 1970, pour qu’un double album de ces enregistrements soit enfin édité sous le nom de « Solid Bond ». Assez bizarrement, alors que cette musique n’a aucune prétention commerciale, on alla jusqu’à publier un single en France. Paradoxalement, c’est deux titres assez conventionnels qui figurent sur cette édition. Autant dire que c’est une rareté.

1961 – Oscar Brown  Jr / Wok Song. Cette chanson fait définitivement partie des classiques d’un musique entre soul et jazz. Une des plus célèbres versions est celle d’Oscar Brown Jr qui l’adapta du compositeur original Nat Adderley en y ajoutant des paroles. En France on la connaît surtout par Claude Nougaro « Sing Sing Song ». Publié en France une première fois en 1961 par Philips et une seconde fois par CBS en 1964, elle ne charma pas trop le public français. Le deux éditions sont plutôt rares.

1968 – The Searchers / Umbrella Man. Pour tenter de relancer la machine en très nette perte de vitesse, les Searchers signent avec la label Liberty. Ce premier single resta dans l’ombre et ne se vendit que peu, il est de ce fait une très rare pièce dans la discographie du groupe. Une édition française fut publiée, là encore c’est sans doute en rareté pure, la pièce la plus rare des sixties de la discographie française des Searchers. Comme beaucoup de groupes liverpooliens ils eurent de la peine à adapter une démarche plus pop.

1961 – Ann Margret / I Just Don’t Understand. Chanteuse et un peu sex symbole d’origine suédoise, on la voit comme chanteuse et aussi comme actrice, notamment aux côtés de Presley. En 1961, elle enregistre la chanson que je vous présente et qui est une petite révolution, mais elle n’y est pour rien. C’est un des premiers disques connus qui contient de la fuzz guitar. Pour ceux que ne connaissent pas, c’est un artifice d’amplificateur qui transforme le son de la guitare en une sorte de bourdonnement d’abeille. Cette chanson figure également au répertoire des Beatles et de Freddie & The Dreamers. Dans sa publication française en EP, c’est un disque plutôt rare.

1958 – The Sons OF The Pioniers / Montana. Depuis 1933 à aujourd’hui, ce groupe nonobstant de nombreux changements de personnel, perpétue la tradition de la musique folk américaine blanche et de la country music. En 1958, on tente la publication d’un EP, qui ne semble pas avoir donné l’envie à beaucoup de monde d’aller visiter le Montana.

1966 – The Young Holt Trio (Unlimited) / Wack Wack. Dans les années 60 le jazz n’a pas complètement disparu. De temps à autre un artiste ou un groupe arrive à décrocher un succès. C’est la cas pour ce trio américain qui obtint quelques petites consécrations aux USA. Ce titre assez accrocheur, même pour celui qui n’aime pas le jazz, fit l’objet d’une publication en France sans bousculer le routine. A noter que c’est un groupe de jazz qui essaya de donner une image plus progressive au jazz traditionnel, en bousculant un peu les conventions et en la mélangeant avec la soul music ou la variété. A titre d’exemple, je vous mets en-dessous leur version très spéciale de « Lady Madonna » des Beatles. Malheureusement dans le clip, il manque les 40 dernières secondes.

1963 – Helen Shapiro – J’ai Tant De Remords.  La très jeune star féminine anglaise du début des sixties fait aussi partie des artistes qui ont tenté le coup d’enregistrer quelques titres en français. Elle interprète ici une reprise de son titre anglais « I Apologise ». Cette tentative, comme beaucoup d’autres, ne rencontra pas vraiment le succès. Le seul avantage, c’est d’avoir fabriqué des collectors pour les fans.

1961 – Linda Scott / Don’t Bet Money Honey. Seule apparition sur un rare EP de cette chanteuse américaine. Un splendide titre, en plus une composition personnelle, qui n’est pas sans rappeler les vocaux des Ronettes ou des Crystals deux ans plus tard, elle est pourtant de race blanche, mais on s’y tromperait. On peut voir dans le film de David Lynch « Mulholland Drive » une chanteuse interprétant en playback sur l’original, une autre de ses succès figurant également sur la publication française « I’ve Told Every Little Star ». Extrait dans le second clip.

1967 – Roy Orbison / Ooby Dooby. Roy Orbison est un des chanteurs les plus importants de l’après-guerre. Du rock dans roll à l’opérette, il a un très vaste répertoire de possibilités. Bien qu’il soit surtout connu comme chanteur de ballades, il débuta pourtant comme chanteur de rock and roll sur les fameux disques Sun. Passé complètement inaperçu, un EP de lui fut publié en 1957 par London France qui illustre justement sa face rock. C’est un rareté comment dirais-je, très rare. La pochette est très marrante.

1969 – Cloud / Cool Jane. Une de ces obscurités tellement obscures qu’elles restent obscures, on sait juste que c’est d’origine américaine. C’est plutôt commercial, mais plaisant à écouter.

1965 – Burt Bacharach / Trans Boats & Planes. Celle-là vous la connaissez certainement, elle fut un gros succès pour Claude François « Quand Un Bateau Passe ». Cette immense compositeur aux presque innombrables succès écrits pour les autres, fit sa première tentative comme interprète avec cette chanson. En fait il dirige l’orchestre laissant la partie vocale au groupe féminin les Breakaways. Ce fut un gros succès en Angleterre, très légèrement concurrencé par la version parallèle de Billy J Kramer & The Dakotas. On l’oublie facilement, il a fait l’objet d’une édition française sur un EP sorti à l’époque, pas trop visible. Pour les cinéphiles, rappelons qu’il fut le mari de la belle Angie Dickinson.

1968 – Ian Whitcomb / Nervous. Ce chanteur anglais fit une carrière exclusivement aux USA avec un certain succès. Trois EP’s furent publiés en France qui sans être rarissimes ne sont pas parmi les plus en vue. Son répertoire est plutôt rock, mais c’est avant tout un spécialiste de l’humour et de l’amusement. Le voici dans un clip pour la tv française, vous comprendrez ce que je veux dire. Il est toujours en action du côté de la Californie où il réside. A noter que Willie Dixon a enregistré un truc assez semblable en 1960.

1967 – Tommy James & The Shondells / I Think We’re Alone Now. Durant le seconde moitié des sixties, Tommy James et son équipe furent de réguliers visiteurs du hit parade. Leurs succès n’exercent pas la même attirance entre eux, certains sont de très gros hits, d’autres n’ont qu’une carrière modeste. La publication française est assez respectueuse de leurs parcours dont cinq EP’s pour les débuts. Parmi eux, les deux derniers sont plus rares que les autres, ne contenant pas de hit majeur. Emballés dans de superbes pochettes, ils sont assez volontiers recherchés par les collectionneurs internationaux et leur visibilité moindre fait un peu monter les prix. Le titre proposé est un extrait du 4ème EP.