Vers une autre chanson française -1-

La chanson française n’échappe pas au phénomène que j’appelle « on prend les mêmes et on recommence ». J’en ai un peu marre que l’on me signifie qu’elle se résume à Brassens, Brel, Ferrat, Ferré, Piaf, Greco, Barbara. Bien que je connaisse presque par coeur la discographie de tout ce beau monde, et que j’apprécie pleinement, je laisse bien volontiers de côté tous les rappels que nous infligent les médias pour nous commémorer les x ans de leur disparition ou les x ans de leur carrière. Finalement, cela joue le rôle d’étouffoir, d’arbre qui cache la forêt. Il y a pourtant d’autres horizons, des chansons qui peuvent être l’égal des plus célèbres, que l’on ne connaît pas si l’on a eu un moment la curiosité d’aller voir ailleurs.
J’ai été ce curieux, je le suis encore, que de belles découvertes j’ai faites. Que de plaisirs musicaux et poétiques, de rêveries qui me suivent au fil de ma vie. Sans doute plus que la chanson anglo-saxonne, elle me parle, c’est ma culture, ma sensibilité.

Alors si vous voulez bien me suivre, je vous propose un parcours vers ces soleils qui brillent ou ces rues qui ruissellent d’ennui dans l’âme de chanteurs qui ne sont pas forcément très connus, sans qu’ils soient complètements des inconnus pour certains. A vous d’en découvrir plus si vous le désirez.

Louise Forestier

On la connaît surtout pour son duo avec Robert Charlebois dans « Lindberg ». Bien qu’elle fasse partie de ces chanteurs du Quebec francophone un peu boudés par le public d’ici, elle n’en a pas moins un répertoire d’une qualité très intéressante. Comme cette très grande chanson « La Saisie » datant de 1978 ou ce duo avec Charlebois, qui n’est pas celui que l’on connaît, mais « La Marche Du Président », chanson aux paroles savoureuses et à l’orchestration insolitement pop.

Glenmor

Peut-on parler de chanson française quand il s’agit d’un Breton pur jus? Sans doute quand elle est d’expression française, même si parfois elle peut se référer musicalement à l’héritage de la musique celte, toujours très présente dans l’âme bretonne. Glenmor est un personnage qui a la Bretagne qui lui colle à la peau. Autant militant engagé pour l’indépendance que troubadour à la mode celte, il est célèbre dans son coin de pays natal, presque une icône. Un peu ignoré dans le reste de l’Hexagone, et c’est bien dommage, il n’en a pas moins tenté de louables efforts pour signaler sa présence. Vers la fin des années 60, il est sous contrat chez Barclay. Avec la complicité de François Rauber (Brel) pour les orchestrations, il sort un album « Cet Amour Là ». Il y a peu de références à la musique celte, cas assez rare chez lui. De puissants textes qu’il assène de sa voix tout aussi puissante, on peut penser à Brel dans la force de son interprétation,  ne le conduisent pas à une consécration nationale. Le disque reste assez confidentiel, mais le résultat est là, intriguant, plaisant. J’ai trouvé ce disque par hasard dans une brocante, dédicacé en plus. Depuis les chansons de Glenmor, qu’elles soient interprétées en français ou en breton, font partie de mes horizons musicaux.  A écouter religieusement, bien que je crois qu’il n’aurait pas aimé ce terme. Et puis je le glisse confidentiellement, le Bretagne est l’un de mes meilleures apports en visiteurs. A croire qu’ils savent encore rêver là-bas. Je vais bientôt faire un vieux rêve, fouler le sol breton. Pour sûr, j’aurai quelques mélodies de Glenmor dans mes bagages. Demat Breizh

Anne Vanderlove

Restons encore un moment en Bretagne, avec une native hollandaise, bretonne d’origine par sa mère. A mon avis, l’une des grandes dames de la chanson française qui puise toute sa force dans le charme des mélodies folk. Une carrière commencée en 1966 par un éclat avec sa fameuse « Ballade En Novembre ». Elle devient un symbole pour les étudiants lors des événements de mai 68. Victime d’un show-biz véreux qui l’exploite à outrance, elle finit par tourner le dos au vedettariat. Elle n’en continue pas moins d’enregistrer de nombreux disques, le plus souvent auto-produits, tous dédiés à une chanson française qui se veut classe mais aussi engagée. Elle a aussi participé à une des oeuvres majeures de la musique française dite progressive, « La Mort D’Orion », un régal proposé de Gérard Manset. Elle chante toujours, sans se lasser, sans nous lasser. Une immense carrière a redécouvrir d’urgence. Merci Anne que de bons moments je continue de passer en ta compagnie.

Deux chansons, l’une de la première époque « Les Enfants Tristes », merveilleuse ode à l’enfance malheureuse.  Ensuite, « Du Côté de St Jean Du Gard », plus récente, un de ses nombreux gentils sortilèges pour nous faire aimer l’imaginaire ou le vécu.

 2 ème partie

Rock and roll, entre vintage et revival

Quand le rock and roll s’apaisa à la fin des années 50 et celui où il renaîtra une bonne dizaine d’années plus tard, il ne cessa pas d’exister. Il y avait les déjà nostalgiques, quelques uns qui le trouvaient un rien ringard, ceux qui le revisitaient à leur manière. Quand Liverpool devint une ville à la mode via les Beatles et autres concurrents, il faut bien s’imaginer qu’ils tournaient autour de la vingtaine d’années et avaient surtout écouté jusque là du… rock and roll. Pour se faire la main, ils en jouaient aussi. Quand arriva l’heure de signer les contrats d’enregistrements, les plus  habiles avaient quelques compositeurs dans leurs rangs et ne devaient rien à personne pour trouver la formule qui fera un hit. Les autres puisaient dans le répertoire déjà existant et aménageaient tant bien que mal une chanson plus ou moins connue pour lui donner une teinte, un son, plus moderne. Pour une grande partie, les classiques du rock and roll en firent partie. Même ceux qui étaient capables de faire leur propre cuisine ne dédaignaient pas de temps en temps de mettre sur un de leurs disques une chanson de rock. Les Beatles (Roll Over Beethoven), les Rolling Stones (Carol) firent même de gros hits avec cette formule. Nous allons visiter quelques unes de ces reprises ou créations inspirées qui virent le jour dans les années 60, parmi celles qui me paraissent intéressantes. Nous allons voir comment certains artistes virent la chose, parfois en lui donnent un air nouveau, parfois en restant dans une certaine tradition, mais c’est toujours du rock and roll, avec parfois dix ans de décalage dans le temps.

Les Beatles enregistrèrent pas mal de classiques, j’en ai choisi deux puisés dans le répertoire de Little Richard et Larry Williams . Ils furent de grands compositeurs en la personne de Lennon et McCartney, mais aussi de grands interprètes

Les Rolling Stones furent moins traditionnels comme en témoignent leurs emprunts à Buddy Holly et à Dale Hawkins

Les Swinging Blue Jeans furent, du moins au début, un groupe essentiellement rock and roll. Un peu en manque de répertoire original, ils obtinrent deux gros hits en reprenant « Hippy Hippy Shake » de Chan Romero et « Good Golly Miss Molly » de Little Richard. Leur discographie est parsemée de bonnes reprises. Un bon jeu entre guitariste rythmique et soliste insuffle un certain punch à ces titres remis au goût du jour pour plaire à une presque nouvelle génération.

Avant que le rock and roll devienne une musique parodique dans certains courants, on peut dire sans exagérer que les premiers à faire ce genre de truc furent les Tornados en 1963. Forts des millions d’exemplaires qu’ils vendirent de leur fameux « Telstar », leur producteur Joe Meek, pouvait se permettre de leur faire faire ce genre de truc. Pas inusable, mais bien un changement dans la manière de revisiter ses classiques.

Ancien bassiste des Tornados, Heinz les quitte pour enregistrer un album en hommage à Eddie Cochran d’où sortira le hit « Just Like Eddie », toujours sous la houlette de Joe Meek. Le son est résolument plus moderne. A noter la présence d’un certain guitariste Ritchie Blackmore, 18 ans au garrot, qui sera membre de Deep Purple à l’âge adulte.

Les Américains après le rock and roll aiment le surf. Bon prétexte pour revisiter les classiques en son de guitare surf. Ici les Astronauts qui surfent sur le « Linda Lou » de Ray Sharpe.

Les Beach Boys ou comment piquer une fille de seize ans à Chuck Berry

Pour leur premier disque les Kinks choisirent une reprise de « Long Tall Sally » une des plus célèbres filles du rock and roll. Avant de devenir un acte majeur dans les sixties et Ray Davies un compositeur admirable, ils réécrivent presque ce classique. Ce fut un plantage complet, mais au titre de l’originalité assurément une réussite complète.

Apparemment à Liverpool on aime toujours de temps en temps faire un titre qui sonne plutôt traditionnel et qui chauffe. Les Merseybeats, groupe spécialisé en ballades, le démontre fort bien.

Les Yardbirds sont un bon exemple des ces gaillards qui écoutaient du rock and roll étant adolescents et qui ne pouvaient pas manquer de s’y intéresser pour l’interpréter autrement qu’en copie carbone. Avec un fameux Eric Clapton à la guitare, leur reprise de Too Much Monkey Business » de Chuck Berry est bien différente, ce n’est pas du pur rock. Il y a toutefois un point qui reste dans l’interprétation et qu’ils n’ont pas effacé, ça chauffe comme un bon vieux rock and roll.

Rocker anglais malchanceux, Lee Curtis trouva en Allemagne le moyen de nous laisser quelques traces discographiques, surtout en Allemagne, assez remuantes et de nous montrer qu’il avait une voix à la Presley, son idole.

En 1967, il manqua peu à Jerry Jaye pour faire d’une chanson de Fats Domino « My Girl Josephine », un tube mondial. Une belle manière de faire du neuf avec du vieux. Entre rock and country, un rocker tardif mais intéressant.