En passant

Exploration en terre musicale inconnue (34)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – The Action / Shadows And Reflection. Pour les amateurs de musique issue du mouvement Mod et publiée en France, c’est une des plus belles pièces de collection que l’on puisse rêver. Ce groupe qui eut peu de retentissement à l’époque se vit quand même gratifier de ce bel EP magnifiquement emballé et publié par Odeon. Ce groupe fait partie de ceux dont absolument tout ce qui est d’époque se collectionne en y mettant le prix. Une copie à l’état neuf de cet EP peut friser les 1000 euros.

1969 – Mighty Baby / Egyptian Tomb. Ce groupe est une suite du précédent, nouveau nom et musique différente, on s’aventure dans la progressive anglaise. Cet unique simple publié par Philips est aussi un collector, mais bien plus modeste. Pour les plus grosses pièces, il faut se tourner vers l’album en édition UK ou US qui valent quelques bons dollars.

1966 – The Royal Guardsmen / Bears. Le groupe connut une certaine notoriété aux USA en mettant en chansons les aventures du fameux Snoopy, héros typiquement américain, alors assez peu connu en France. Vogue relaya ses aventures via un EP et quelques singles qui rencontrèrent peu de succès chez nous. Pour en comprendre toute la saveur, il fallait bien évidemment savoir l’anglais. Cet EP plutôt rare contient quand même un truc intéressant, une chanson à l’ambiance un peu particulière « Bears », typique de ces bizarreries qui parfois servent de remplissage pour les albums.

1972 – Jackie McAuley / Rocking Shoes. Pour les bons élèves qui suivent les classe pour obtenir un diplôme en connaissances musicales générales, ce nom leur rappellera quelque chose. C’est en effet un ancien Them / Belfast Gypsies. Il se lança dans une carrière solo et publia un album sur le label Dawn (le même que Mungo Jerry), aujourd’hui assez recherché, mais musicalement assez éloigné de ce qu’il faisait avant. La France n’eut droit qu’à ce rare single publié dans la foulée. Il a composé le hit « Dear John » pour Status Quo. Il est toujours en activité aujourd’hui.

1966 – The Association / Along Comes Mary. On ne peut pas dire que que ce groupe a  cassé la baraque en France, malgré passablement de publications. Il en va autrement aux USA, où le groupe a eu plusieurs hits et participa même au festival de Monterey. Ici, toutes les publications sont assez peu courantes, sans toutefois constituer une priorité pour les collectionneurs. Sur le premier EP publié par Riviera, on retrouve une de leurs belles réussites « Along Comes Mary » assez représentative de leur style, mélodie accrocheuse et maîtrise vocale assurée. J’ai toujours assez aimé ce groupe.

1967 – Bram Rigg Set / I Can Only Give You Everything. Ce très obscur groupe de garage américain dont c’est le seul disque enregistra cette reprise du standard des Them. EMI jugea bon de le publier en France pour en faire un très rare single assez recherché

1967 – The Shags / As Long As I Have You. Par la suite ce groupe fusionna avec le précédent pour former Pulse qui publiera un album en 1968. Mais en 1966, ce single publié aux USA fera aussi l’objet d’une publication française, tout aussi obscure. C’est assez étonnant à l’écoute, car on pourrait le faire passer pour un inédit des Kinks, tellement le style est proche.

1966 – Les Dixiebelles / Down At Papa Joe’s. Ce trio vocal noir américain connut quelques succès vers 1964 aux USA. L’ambiance de leur musique fait assez saloon, il ne manque plus que les coups de flingue dans le lampadaire. Certaines sources donnent cet EP paru en 1964. date de la publication US, mais je dirais plutôt 1966 en France, car le verso de la pochette ne correspond pas à la présentation que faisait Barclay en 1964.  Mystère.

1960 – Billy Boy Arnold – Here’s My Picture. Ce bluesman qui fut une source d’inspiration pour les Yardbirds et bien d’autres, est aussi l’un de ceux de la grande époque des débuts du blues électrique encore en vie. En 1960, un unique single est édité par le label Arteco, aussi peu visible que la Lune lors d’une éclipse. Il s’agit en fait d’enregistrements publiés en 1956. Pour les amateurs, c’est un régal.

1966 – Patti Austin / Leave A Little Love. Une chanteuse de soul métis américaine à la voix noire. Elle fit des débuts assez modestes, avant de connaître une grande notoriété. Alors qu’elle n’a que 16 ans on lui fait enregistrer « Leave A Little Love », version américaine d’une chanson créée en Angleterre par Lulu. On la connaît aussi en France via Johnny « Laisse Un Peu D’Amour » sur le EP « Mon Anneau D’Or. Cet EP publié par Decca / Coral France la même année, du fait de sa rareté, est une valeur sûre chez les collectionneurs qui aiment ce qui sonne noir.

1963 – Barry & The Tamerlanes / I Wonder What She’s Doing Tonight. La chanson est relativement connue en France via l’adaptation des Missiles sur leur second EP « Que Peut-Elle Bien Faire ». Le Barry du groupe n’est autre que Barry De Vorzon qui fonda Valiant records et qui composa « Rhythm Of The Rain » (En Ecoutant La Pluie) pour les Cascades. Il avait d’ailleurs composé cette chanson à l’intention de ce groupe, mais finalement l’enregistra lui-même avec un certain succès. Un EP avec une très belle pochette est paru en France, mais n’attira pas spécialement l’attention. Il est devenu un collector qui peut atteindre entre 100 et 150 euros. Bien évidemment ce sont surtout les fans américains qui recherchent cette pièce.

1968 – Colors Of Love / I’m A Train. Il y en a qui se prennent pour Napoleon d’autre pour un train. Ce gag musical qui ne manque pas de vapeur fut réalisé par ce groupe peu connu dont on sait au moins qu’il avait dans ses rangs une certaine Elaine Page, vedette en devenir. Comme Page One, la marque des Troggs via Larry Page, était distribuée en France par Fontana, on publia ce single en espérant qu’il devienne un hit, mais ce en fut pas le cas. En réalité, ce sont les Troubadours qui en firent une première version française « La Chaîne » en 1967, avant que le compositeur Albert Hammond ne la soumette à ce groupe anglais. Il l’a réenregistrera lui-même en 1974 avec beaucoup plus de succès.

1961 – Léo Petit / Apache. Léo Petit est un requin de studio qui fut très connu dans divers milieux allant du jazz à la variété. Il fut aussi le William Stanray des Guitares Du Diable. Sous diverses appellations il publia de nombreux disques. Sur ce rare EP paru chez Trianon, il propose une assez originale version du célèbre « Apache » des Shadows au tempo ralenti.

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Exploration en terre musicale inconnue (33)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1965 – Bo Diddley – Hey Good Lookin’. Bien qu’étant musicalement aussi important que son collègue d’écurie Chuck Berry, Bo Diddley est beaucoup moins présent dans les éditions françaises des sixties. Ce premier EP peu courant avait pourtant bénéficié de quelques passages pour « Hey Good Lookin' » dans l’émission « Salut Les Copains », je me souviens de l’avoir entendu. Comme j’aimais bien, j’ai cherché le disque, mais j’ai eu bien du mal à le trouver. A noter que c’est une composition de Chuck Berry, ceci explique peut-être cela pour l’avoir publié, les Lionceaux en firent une adaptation « Hey Bo Diddley ».

1959 – The Kalin Twins / Clickety Clack . Ces jumeaux connurent un sacré succès international avec leur hit « When », même la France ne resta pas en arrière avec une flopée d’adaptations en « Viens », notamment par Dario Moreno, Gabriel Dalar, Danyel Gérard, Claude Piron (futur Danny Boy). La publication française des jumeaux est assez courante, par contre insuccès oblige, les suivants sont bien plus rarissimes, comme ce titre figurant sur le troisième EP « Clickety Clack « .

1960 – Jane Morgan / Tête De Bois. Une Américaine qui chante en français sans aucun accent, c’est rare. Même si sa discographie française est minuscule, elle a séjourné longtemps en France et a chanté surtout dans les cabarets. Elle a même chanté devant « Le Général ». Retournée aux USA, elle se fit petit à petit une réputation grandissante en interprétant des standards aussi bien issus du jazz que de la variété et de la chanson française, tout en se produisant devant tous les présidents américains de Kennedy à Bush. Elle vit toujours âgée de 96 ans. De ses rares publications françaises écoutons la célèbre chanson sur la jeunesse de Bécaud. Et c’est sans accent !

1966 -Keith Relf / Mr Zero. Keith Relf, c’est bien sûr le chanteur des Yardbirds. Pris par quelques envies de faire un peu de solo, il profita pour enregistre quelques titres en collaboration avec le reste du groupe. Sur ce single très difficile à localiser, beaucoup plus que le EP où il figure à côté du hit « Over Under Sideways Down », il reprend une chanson de Bob Lind.

1970 – Linda Hoyle & Affinity / Eli’s Comin.  Au tournant des années 1970, sonne l’heure de la musique progressive anglaise. De très intéressants labels comme Vertigo, publient de la musique où l’exploration de l’âme et des recherches musicales vont bon train. Un simple d’une chanteuse peu connue avec un groupe qui l’est un peu plus, Philips pensa que c’était une bonne idée de le publier en France, même s’ils surévaluèrent la possibilité qu’il devienne un hit.

1964 – Jack Nitzsche – The Lonely Surfer. Homme aux nombreuses facettes, bras-droit de Phil Spector, musicien, compositeur, producteur, arrangeur, il est partout. Comme chef d’orchestre et musicien, il sort en 1964 un album de surf selon ses visions de cette musique. Un rare EP est publié en France par Vogue qui présente son assez modeste succès dans les charts américains.

1965 – Buck Owens / Act naturally. Grosse vedette de country aux USA, mais passablement ignoré en France avec seulement un EP publié. Et cette publication réside surtout dans le fait qu’il est un des quelques privilégiés qui eurent la chance de voir les Beatles enregistrer une de ses chansons, par ailleurs bien mise en évidence sur cette rare publication française.

1966 – Sopwith Camel / Postcard From Jamaica. La label Kama Sutra émergea au milieu des sixties grâce à la réussite des Lovin’ Spoonful. Distribués par Polydor en France, le label essaya d’imposer d’autres artistes venant du même creuset. Ce fut le cas pour ce EP consacré à Sopwith Camel, musicalement pas très différents de leurs rivaux, mais au succès bien moindre. Il n’obtint guère plus de succès en France.

1966 – The Sherry Sisters / Refléchis. Un duo noir américain qui enregistra dans une multitude de langues dont le français, mais qui ne rencontra que le succès au Japon. Cet EP, leur seule publication française à ranger dans les obscurités, comprend les adaptations de quatre de leurs plus ou moins bides aux USA. Pas facile à trouver, mais assez intéressant pour les amateurs de r’n’b.

1966 – I Setti Latini / Il Jerk. Le label Vogue publia sous licence bon nombre de disques enregistrés en Italie. A ma connaissance, il n’y en a pas eu beaucoup qui cartonnèrent en France, s’il y en a eu. On peut parfois se demander ce qu’espéraient les producteurs en les publiant. Ce titre, vaguement inspiré du « Cool Jerk » des Capitols, avait un goût sans doute trop italien pour le public français. Le EP sur lequel il figure contient les deux singles parus en Italie. Il est quand même recherché par les collectionneurs.

1964 –  Nancy Sinatra. Cuff Links And Tie A Clip. Si la discographie du père peut sembler indigeste à certains, celle de la fille l’est nettement moins. Le succès ne vint pas immédiatement, il fallut attendre sa fameuse histoire de bottes pour démarrer vraiment sa carrière. La France ne s’emballa pas pour publier sa discographie. C’est seulement en 1964, soit près de trois ans après ses débuts, qu’un premier EP fut publié reprenant, entre autres, son premier enregistrement. Ce n’était pas encore le bon moment, car il est passé assez inaperçu, et compte par les rares de sa discographie française.

1958 – Tommy Sands / Maybeline. Nous venons de parler de la femme, alors parlons du mari. En effet, Tommy Sands fut marié avec Nancy Sinatra de 1960 à 1965. Il entama une carrière de chanteur en 1957, mais se cantonna plutôt dans un style pour teenager soft. Sa discographie française est assez abondante et contient 9 EP’s plus ou moins courants et plus ou moins recherchés. Il aborda épisodiquement le rock and roll, comme cette plutôt bonne version de « Maybeline » de Chuck Berry, publiée sur son 5ème EP.

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