Exploration en terre musicale inconnue (26)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1970 – Clover – Shotgun. On trouvait assez facilement l’album français dans les bacs de soldeurs. Sans doute publié en France car ils enregistraient pour le label Fantasy, le même que Creedence Clearwater Revival, très populaires à l’époque. Un single en fut extrait avec cette reprise de « Shotgun » de Jr Walker dans une version moins intéressante que celle de Vanilla Fudge, deux ans avant. Il est sans doute bien moins visible. C’est de la pop américaine tendance sudiste.

1971 – David Crosby / Orleans Beaugency. Un des nombreux singles qui étaient tirés d’albums pour on ne sait trop quelle raison, sinon celle de promotion. La plupart sont bien plus rares que les albums. Ici le fameux David Crosby s’attaque à un traditionnel français. Etonnant et beau, il la chante encore dans ses concerts.

1973 – Monty De Lyle / Birdwatcher. Un acteur déjà âgé et peu connu se voit offrir l’occasion d’enregistrer un disque pour le fameux label Harvest entouré d’une équipe de jeunes. Une curiosité peu connue.

1956 – Tennessee Ernie Ford / Sixteen Tons ’65. Il connut dix ans avant un beau succès avec cette chanson qui parle de mineurs. En 1965, il remet ça avec une version dépoussiérée qui ne fut pas un coup de grisou.

1961 – Jorgen Ingman / Apache. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les Shadows n’eurent aucun succès aux USA. Leur immortelle création fut no 2 aux USA, mais via la version du guitaristes danois Jorgen Ingman, pourtant nettement moins intéressante. Pour en trouver une copie dans son édition française, c’est du 1000 contre 1 en face de celle des Shadows. Notons aussi qu’avec sa femme, il remporta avec « Dansevise » le Grand Prix Eurovision en 1963.

1966 – Brenda Lee Jones / You’re The Love Of My Life. Un de ces fabuleux disques peu connus de ce que l’on appelle maintenant le Northern Soul. Pour ce titre, c’est toute la magie des disques interprétés par des Noirs. Ce petit single publié par Vogue passa bien inaperçu, mais pas assez pour que Noël Deschamps n’en fasse pas une adaptation « A Prendre Ou A Laisser ».

1960 – Ella Johnson / What A Day. C’est plutôt une chanteuse de jazz, mais Barclay qui distribuait Mercury à l’époque, publia un EP sous étiquette racoleuse de rock and roll, ça en a quand même un peu le goût. Le titre datent de 1956, mais comme il semble que la France prend enfin conscience que le rock est une musique d’avenir, le moment est bien choisi. Seule publication française qui existe en deux pochettes que l’on a pas souvent l’occasion d’admirer.

1963 – Peggy Lee / I’m A Woman . En 1963, Peggy Lee a déjà quelques kilomètres de carrière au compteur tout en s’étant imposée comme une des plus grandes chanteuses du 20ème siècle. Elle reste néanmoins une étonnante interprète qui ne néglige pas les nouvelles modes, allant même jusqu’à reprendre les Beatles, Ray Charles, ou Otis Redding. Sur ce EP de 1963 qui ne s’est pas vendu à la tonne, se trouve ce titre très plaisant bien dans son style.

1958 – Georgia Gibbs – The Hula-Hoop Song. Il arrive assez souvent qu’une mode ou un objet soit associé à une chanson. En 1958, un truc improbable devient un phénomène, le hula-hoop. Cela consiste en un gros anneau en matière légère qu’il faut faire tourner en remuant les hanches et le ventre. Ils se vendent par millions. Cela valait bien un chanson que l’on confia à Georgia Gibbs, une chanteuse au succès sur le déclin . Edité en France en single, il s’en vendit certainement moins que sa source d’inspiration. L’objet en lui-même a assez bien survécu, on le voit dans les cirques et aussi chez les personnes qui veulent entretenir la ligne, de même que certains disques postérieurs le mettent encore en vedette. A l’époque c’est Annie Cordy qui créa une version française.

1959 – Larry Williams / Hootchy-Koo. Si vous désirez vous procurer une chanson de Larry Williams en pressage français, il vous sera plus facile d’acheter une des trois reprises officielles que firent les Beatles de ses titres. Bien que connaissant un succès assez conséquent aux USA, aucune de ses chanson phares ne furent publiées à l’époque en France. Un seul EP, et pas très représentatif de ses succès, fut édité. Et en trouver une copie relève presque de l’obscénité.

1963 – Michèle et ses Wouaps / Dam Dam. J’adore ce disque. Pour moi, il représente la parfaite incarnation du disque yéyé français. Les paroles sont la summum de ces histoires d’amour à deux balles qui dégoulinaient sur les sillons des disques. Vocalement et instrumentalement c’est plutôt bien, la guitare est splendide et très représentative du son des années 1960. Je ne regretterai jamais les deux ou trois balles que m’avait coûté ce disque trouvé aux puces il y a bien longtemps. Cette rare et unique publication fait partie d’une série éditée par les disques Président en liaison avec Radio Monte-Carlo, qui donnait sa chance à quelques artistes probablement du coin.

1971 – Stackwaddy / Roadrunner. De la musique de freaks, ce légendaire groupe de progressive anglaise est l’auteur de deux albums très recherchés. La France a eu droit à seulement un single, moins recherché que les albums, mais sans doute tout aussi rare.

1959 – The Tempos / See You In September. Les Happenings refirent un succès de ce titre en 1966, mais l’original fut créé par les Tempos en 1959, un groupe blanc de doo-wop basé à Pittsburgh dont c’est le seul titre vraiment connu. Un single fut néanmoins publié en France la même année. Jamais vu cette bestiole.

 

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Exploration en terre musicale inconnue (25)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – Tommy Boyce & Bobby Hart / Out And About (I Dream Of Jeannie). Ce duo de compositeurs à succès, notamment pour les Moonkes, se lança aussi dans l’interprétation avec un certain succès surtout cantonné aux USA. EMI France publia un EP qui resta au fond des tiroirs. Voici un clip où ils sont entourés de musiciens et l’on peut voir l’apaprition d’un certain et redoutable Phil Spector comme auditeur.

1972 – Cardinal Point / Mama Papa. Un exemple type de musique où la recherche de la commercialité est évidente. Groupe d’origine italienne basé en Hollande, il n’obtint pas de succès en France avec cette unique publication. Pour les artistes, c’est une arme à double tranchant. Si le disque obtient un succès, ils risqueront de gagner un peu d’argent. Si ce n’est pas le cas, il finira assez vite dans les oubliettes et ne peut espérer une reconnaissance tardive comme cela arrive parfois pour les créateurs de quelque chose d’original.

1959 – Tony Conn / Run Rabbit Run. Assez bizarrement avant l’avènement du yéyé en France, les maisons de disques rechignaient à publier les noms célèbres du rock and roll, ce qui n’était pas toujours le cas pour des inconnus. A titre d’exemple, ce disque paru en 1959 d’un rocker américain inconnu chez nous et qui ne laissa que peu de traces chez les rockers français.

Les Roche Martin / Les Mains Dans Les Poches. Avant de connaître le succès cinq ans plus tard, Véronique Samson avec sa soeur Violaine firent partie de Roche Martin dont on publia deux EP’s en 1967 et qui n’eurent aucun succès. De belles et rarissimes pièces de collection.

1959 – Tom Dissevelt Electronic Music. Si on vous faisait écouter ce disque et si on vous demandait de le dater, vous diriez probablement années 70. Eh bien non, c’est bien plus ancien cela a été enregistré en 1958 par l’artiste hollandais Tom Dissevelt. Mais oui c’est un essai de musique électronique avec les moyens de l’époque, et cela sonne plutôt bien. Philips France publia un EP avec ce titre. Je ne l’ai jamais vu.

1960 – The Five Satins / Your Memory. Unique EP de cette formation de doo-wop publié en France qui ne contient pas leur plus grand succès. Mais le charme est quand même là et celui de la rareté aussi.

1966 – Lee Chamberlin / Haïlilolilolilolaï. Chanteuse noire d’origine américaine dont les enregistrements et la discographie sont exclusivement français. Un titre aux paroles assez marrantes tiré d’un air traditionnel. Comme sa carrière ne décollait, elle repartit dans son pays natal et devint une actrice de second plan assez populaire. Elle fonda une association pour la reconnaissance des droits des acteurs noirs. Elle mourut en 2014 âgée de 76 ans, une année avant son père qui atteignit l’âge respectable de… 114 ans!

1965 – Dino, Desi & Billy / I’m A Fool. Deux fils de célébrités (Dean Martin et Lucille Ball) encore écoliers, fondent un trio avec un copain d’école. C’est surtout un groupe vocal, bien qu’ils paraissent avec des guitares dans les clips en playback. En 1965, ils entrent dans les charts US avec cette reprise d’un titre de Rick Nelson, également au répertoire des Astronautes. Rien à dire, c’est bien vocalement et instrumentalement. Ils resteront assez populaires au point de se reformer et de se produire dans les années 2000, le fils de Dean Martin décédé dans un accident sera remplacé par son frère. Deux EP’s, pas très visibles, furent publiés en France.

1969 – The Turtles / You Showed Me. Entre 1965 et 1970, les Turtles furent de réguliers visiteurs du hit parade américain. Au niveau international, ils sont surtout connus pour « Happy Togheter ». En 1969, leur dernier gros hit US que je vous propose ici, est la reprise d’un titre des Byrds qu’ils avaient enregistré dans les studios World Pacific avant qu’ils soient célèbres. Le single publié en France n’eut pas l’honneur d’être très remarqué. Le grand mérite de la version des Tutles est d’avoir relancé l’intérêt pour les premiers enregistrements des Byrds, qui est quand même un des groupes qui a le plus influencé la musique américaine des sixties.

1965 – The Vejtables / I Still Love You. Groupe américains originaire de la Californie, avec la particularité d’avoir aussi une fille à la batterie. En terme de succès, ils ne cassèrent pas la baraque obtenant un succès d’estime qui sera très bref. Néanmoins, un très rare EP vit le jour en France publié par Vogue qui distribuait le label Autumn dont le groupe phare de l’époque était les Beau Brummels. Ceci a sans doute aidé cela. En complément je vous file un titre qui ne figure pas sur le disque, mais qui est une perle de psychédélique naissant « Hide Yoursel »

Hide Yourself

1964 -Michel Magne / Le Monocle Rit Jaune. La plupart des films qui ont un certain succès font l’objet de la publication de la bande sonore. Beaucoup plus rares sont les spectateurs qui l’achètent à moins que cela ne devienne un succès. La bande sonore de ce film de Georges Lautner a bien été publiée en 45 tours, composée et interprétée par Michel Magne, une référence en la matière. Cette pièce est très recherchée, car la demande est plus forte que l’offre. Cette musique un peu jazzy a conquis tardivement les amateurs, le charme n’a pas opéré immédiatement. On trouve assez souvent des bandes sonores de films qui sont cotées chez les collectionneurs.

1956 – Muddy Waters / Manish Boy. Le label London France fut un des moins frileux pour publier du rock and roll et du blues, alors que cette musique n’était pas encore très dans les moeurs musicaux français en 1956 -57. Publier un disque de Muddy Waters en 1956 frisait le sacerdoce. Pour le public américain il n’était pas grand chose, pour celui de France rien du tout, mais son heure viendra. Voilà le disque est publié, il vous fera voyager du côté de Chicago. Mais c’est un autre voyage pour trouver cette copie-là.

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