En passant

Exploration en terre musicale inconnue (28)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – Neil Diamond / Kentucky Woman. Avant sa carrière internationalement appréciée, sa discographie est beaucoup plus confidentielle. On peut supposer, sans trop se tromper, que ses disques furent surtout édités sur sa réputation de compositeur à succès pour les autres, notamment les Monkees. La France n’y échappe pas, et la poignée de disques édités, dont un EP, ne sont pas trop courants. Pourtant la qualité est là, comme ce single de 1967 avec cette dame du Kentucky.

1967 – 8th Wonders Of The World / Must have Your Love. Les pressages français du style garage punk publiés à l’époque sont très rares. Edité sur le très confidentiel label DiscJockey, cette obscurité américaine tournée en huitième merveille du monde vaut son pesant de cacahuètes.

1966-67 – Marianne Faithfull / Hier Ou Demain – Sally Free And d Easy. On peut être une descendante du Marquis de Sade et chanter du folk. La discographie française sixties de Marianne Faithfull est assez cotée, surtout les titres chantés en français. En 1967, elle chante en français un titre de la comédie musicale « Anna » composée et confiée par Serge Gainsbourg à Marianne, « Hier Ou Demain ». Ce fut ce que l’on peut appeler un bide pour elle et de ce fait il est peu visible dans sa discographie et plutôt recherché par les fans des deux bords. Dans ce domaine, elle a moins bien réussi que sa compatriote Sandie Shaw qui eut un succès plus conséquent dans ses chansons interprétées en français. Pour moi, la Marianne Faitfull de cette période excelle plutôt dans le folk, alors je mets à la suite une chanson de ce style qui figure également sur le disque « Sally Free And Easy » du folkeux Cyril Tawney. Voir à la fin du clip la petite interview,

1968 – John Farnham / Sadie. Seule publication en France de ce chanteur australien d’origine anglaise. Cette chanson fut un tube en Australie, mais un bide aussi complet q’obscur en France. Elle est bien dans le style de ces chansons au goût rétro qui étaient assez populaires vers 1967-68. C’est le genre de trucs que l’on peut oublier sans s’excuser.

1964 – The Fourmost / Hello Little Girl / I’m In Love. C’est probablement le seul disque en France sur lequel figure deux chansons des Beatles, écrites par eux, qu’ils non’t jamais interprétées eux-mêmes. Ils ont un peu été aidés par George Martin producteur des deux groupes, qui savait d’aventure ce que contenait le tiroir des compositions Lennon – McCartney délaissées. La première fut enregistrée par Gerry et les Pacemakers, mais ne fut pas publiée à l’époque. Cela profita aux Fourmost qui en firent un bon hit pour « Hello Little Girl » et succès un peu plus modeste pour l’autre »I’m In Love ». Malgré tout, on reconnaît la « patte » des compositeurs. Ces deux singles sont réunis sur cet EP, le seul dédié aux Fourmost. Les deux titres furent adaptés, l’un par Sheila « Hello Petite Fille » et par les Jets « Je Suis Amoureux ».

1963 – Les Guitares / Cavalcade Sidérale. Profitant qu’ils étaient les accompagnateurs de Sheila, Philips se décida à sortir cet EP instrumental avec ce titre inspiré de la conquête de l’espace. C’est un plaisant morceau bien dans l’esprit de l’époque. Plus rare que n’importe quel autre disque de Sheila.

1967 – The Herd / From The Underworld. Les spécialistes savent que Peter Frampton fut guitariste dans ce groupe. Ils connurent le succès en Angleterre et en Allemagne notamment, la France les bouda avec une certaine ferveur. Dommage car c’était plustôt intéressant musicalement, entre mod et psychédélique anglais option 1967. Deux singles furent publiés pas très courants.

1967 – The Klan / Stop Little Girl. Bon nombre de groupes belges furent édités en France. C’est le cas de Klan dont deux EP’s sortirent sur Palette / France. Ils sont assez rares du fait de ventes plutôt confidentielles, mais ce sont d’assez bons collectors recherchés par les fans.

1965 – Anna Identici / Un Bene Grande Cosi’. Une de ces nombreuses tentatives pour essayer d’imposer une chanson italienne en France. Très peu eurent de vrais succès en France, même s’ils sont assez connus dans leur pays d’origine. C’est le cas d’Anna Identici qui participa de nombreuses fois au festival de San Remo, même une fois en compagnie d’Antoine qui triomphait avec sa chanson « Taxi », dont elle fit sa version. Elle connut quelques vaches grasses avant de se tourner vers la télévision. Ici, pratiquement personne ne se souvient de cette unique publication française.

1965 – Unit Four + Two / Stop Wasting Your Time. Il existe deux EP’s du groupe publiés en France, ils sont tous deux relativement rares, le second l’étant encore plus. Le premier reprend leur grand et excellent succès « Concrete And Clay » qui fut no 1 en Angleterre, adapté en France par Richard Anthony « Comment Fait-Elle », qui scia un peu le succès de l’original chez nous. La suite fut plus hasardeuse, le succès ne se renouvelant pas vraiment, ils sombrèrent assez vite l’anonymat  On publia quand même les deux singles suivants qui sont réunis dans le second EP français. IL contient néanmoins un très bon titre au niveau vocal, c’est celui que je je vous propose ici. Un des membres connut après la séparation du groupe un gros succès, car il fut la moitié du duo Bill & Buster et son hit « Hold On To What You’ve Got » en 1971.

1970 – Junco Partners / Fly Me High. Cet obscur groupe anglais qui avait enregistré un unique single légendaire dans son pays en 1965, trouva quelques années plus tard en France l’occasion d’enregistrer un album résolument pop et assez prisé des collectionneurs. C’était une pratique relativement courante de signer pour le marché français des artistes anglophones, on pensait qu’eux seuls étaient à même de sortir des choses réellement branchés pop, ce qui n’était pas complètement absurde en 1970. L’album fut d’ailleurs après coup publié dans plusieurs pays dont l’Angleterre. Un single en fut tiré, le voici.

1967 – Question Mark & The Mysterians – Girl. Après leur hit « 96 Tears » qui tourna dans les jukeboxes terrestres et peut-être même ceux de la galaxie d’Andromède, le succès se tarit assez vite. La France publia un ultime EP résolument dans le style garage. C’est un pièce plutôt recherchée, magnifié par une belle pochette.

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En passant

Exploration en terre musicale inconnue (27)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1965 – The Lewis Sisters / You Need Me. Les artistes blancs sont plutôt rares sur le label Tamla Motown ou ses dérivés. En voici un exemple avec ce duo de soeurs qui officia par la suite à la composition pour d’autres vedettes de l’écurie, leur deux tentatives s’étant soldées par des échecs. Un rarissime EP et très recherché fut publié en France. Musicalement c’est bien et cela peut faire penser à une production de Phil Spector, ce qui ne gâche rien.

 

1960 – Freddy / Près De Mon Coeur. C’est une grosse pointure de la variété allemande. Il essaya à plusieurs tentatives de percer le marché français. Cela ne fit pas trembler la république, mais en retour les fans allemands s’intéressent à ces publications.

1963 – Sophia Loren / Donne-Moi Ma Chance. Le sex-symbol du cinéma italien s’essaya plusieurs fois à la chanson, aussi en français. En France, on ne peut pas dire que ses disques furent accueillis avec enthousiasme, ils sont tous assez rares. En pleine période yéyyé, elle enregistre ce titre qui réussit mieux à Richard Anthony.

1973 – Ipi’ N’ Tombia / The Warroir. Dans les années 1970, la musique africaine commence à sortir du ghetto et à se mélanger à la pop. Sans doute encourage par la réussite de Burundi Steïphenson Black en 1971, Barclay publie sous licence ce nouvel opus avec ces artistes de l’Afrique  du Sud. Il connut une meilleure réussite sur le plan international que sur le plan local français.

1963 – Tammy Montgomery / If You See Bill. Elle sera connue plus tard sous le nom de Tammy Terrell et collaborera étroitement dans des duos avec Marvin Gaye. Bien que le titre qui nous intéresse ici a été enregistré en 1961, il ne sera publié que deux ans plus tard en France par Vogue qui avait acquis les droits pour le label Scepter populaire aux USA avec les Shirelles et les Chiffons. Lors de cet enregistrement, elle n’a que 15 ans, mais possède déjà une voix exceptionnelle. Elle mourut prématurément à l’âge de 24 ans d’une tumeur au cerveau. Une jolie pièce de collection.

1967 – The Mindbenders / We’ll Talk About It Tomorrow. Quand ils se séparèrent de Wayne Fontana, les Mindbenders connurent plus de succès que leur ancien complice. Deux EP’s furent publiés en France. Si le premier est très relativement courant, le second est nettement plus rare. Il contient ce qui devait être leur prochain tube et qui ne le fut pas tellement « We’ll Talk About It Tomorrow » et une curiosité, un titre des Zombies « I Want Her She Wants Me » qu’ils enregistrèrent en primeur avant qu’il paraisse par les créateurs. Je vous mets les deux pour le même prix.

1957 – Sonny James / Young Love. La musique country est très populaire aux USA, elle est à l’Amérique ce que le café est à l’Italie. De nombreux chanteurs suivirent les traces du plus populaire d’entre eux, Hank Williams. Sonny James devint une autres de ces pointures très prisées dans ce style. La France resta assez distante de de ces publications qui virent le jour dans les années 50, on préférait André Verchuren.

1968 – Liberace / Happy Barefoot Boy. Pianiste et chef d’orchestre immensément célèbre aux USA au style très kitch qui fit pâmer de bonheur toutes les vieilles rombières de Las Vegas. Assez bizarrement, les éditeurs français qui ont parfois mauvais goût l’ignorèrent complètement exception faite de cette publication de1968, sans doute un peu aidé car il s’agissait de la musique d’un film. Musicalement rien à dire, c’est du beau travail comme n’importe quel disque de Richard Clayderman, mais on peut préférer Led Zeppelin.

1966 – Niemen / EP- Jamais etc… (Czeslaw) Niemen est un chanteur polonais qui avait sans doute trouvé un moyen de s’évader de son pays sous l’emprise communiste, enregistrer un disque en France et en français, quatre titres dont il compose la musique. Ici il est dans la variété, mais se tournera plus tard vers la pop. Il est connu dans son pays, mais il ne percera jamais en France avec cet EP publié par AZ. A quoi pouvait ressembler ce disque ? Eh bien voici un clip avec ces quatre titres. C’est assez aguicheur et chanté sans trop d’accent, on a vu pire dans ce domaine. Il est décédé en 2004.

1975 – Delizia / Alors Le Bel Eté. Pour ceux qui ne le savent pas, c’est une des soeurs d’Adamo, née en 1952. Sous la houlette de son frère qui lui écrivit quelques titres, elle tenta avec plus ou moins de succès, plutôt moins, de percer dans la chanson. Une de mes anciennes copines m’a raconté qu’elle fréquentait la même école qu’elle à Mons et que son frère venait parfois la chercher à la sortie de l’école. Alors toutes ces demoiselles pouvaient admirer leur idole. Ce disque enregistré en 1975, composition du frangin, reste de la variété, mais c’est plutôt bien fait. Elle a une belle voix, je dirais même plus puissante que celle de son frère. Bizarre autant qu’étrange, c’est par hasard que je l’ai choisie pour mon article, et en faisant une petite recherche, je vois qu’elle vient de décéder. Alors R.I.P. Delizia.

1971 – Third World War / Ascension Day, Je me souviens que les spécialistes dans la presse française présentaient assez volontiers ce band anglais comme très prometteur, mais qui ne tint pas trop ses promesses. C’est de la pop tendance hard rock. Single publié sans doute pour promouvoir l’album, il ne doit pas s’être vendu à la tonne, et semble même assez recherché, de même que l’album.

1969 – Chantal Kelly / Fragola. La petite Chantal Kelly, je dis petite en faisant allusion à sa taille, après des débuts prometteurs le succès sembla ne plus vouloir trop d’elle. En quittant Philips pour les disques Mouloudji, elle enregistre deux singles teintés de folk en compagnie de Los Incas. Mais le succès ne revient pas. Malgré une tentative de retour en 1981, le temps d’un album, son nom reste pour toujours lié à son fameux premier tube « Caribou ». Le concernant, je peux dire que je n’ai pas beaucoup de disques de l’époque yéyé que je peux qualifier de « sacrés ». Celui-là en est un, je l’ai écouté des milliers de fois.

 

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