En passant

Exploration en terre musicale inconnue (30)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1970 – Graham Bond / Springtime In The City. Graham Bond est une légende et un organiste anglais, qui avec quelques autres figures, posa les premières pierres de ce qui allait devenir l’UK Blues Boom. Avec son groupe Organisation, il enregistra deux albums qui devinrent assez vite réputés auprès des fans. A ses côtés, on retrouve des musiciens d’une grande pointure: Jack Bruce à la basse; Ginger Baker à la batterie; Dick Heckstall-Smith au saxophone. Les eux premiers furent membres de Cream, le troisième fera partie de Colosseum et d’une multitude d’autres participations, les Blesbreakers de John Mayall et Sweet Pain notamment. Entre 1963 et 1966, une série d’enregistrements furent réalisés avec les mêmes musiciens, mais où l’on voit apparaître un certain John McLaughlin. Ils restèrent plusieurs années dans les tiroirs. Dans certains titres, on remarque une approche du free jazz. Il fallut attendre 1970, pour qu’un double album de ces enregistrements soit enfin édité sous le nom de « Solid Bond ». Assez bizarrement, alors que cette musique n’a aucune prétention commerciale, on alla jusqu’à publier un single en France. Paradoxalement, c’est deux titres assez conventionnels qui figurent sur cette édition. Autant dire que c’est une rareté.

1961 – Oscar Brown  Jr / Wok Song. Cette chanson fait définitivement partie des classiques d’un musique entre soul et jazz. Une des plus célèbres versions est celle d’Oscar Brown Jr qui l’adapta du compositeur original Nat Adderley en y ajoutant des paroles. En France on la connaît surtout par Claude Nougaro « Sing Sing Song ». Publié en France une première fois en 1961 par Philips et une seconde fois par CBS en 1964, elle ne charma pas trop le public français. Le deux éditions sont plutôt rares.

1968 – The Searchers / Umbrella Man. Pour tenter de relancer la machine en très nette perte de vitesse, les Searchers signent avec la label Liberty. Ce premier single resta dans l’ombre et ne se vendit que peu, il est de ce fait une très rare pièce dans la discographie du groupe. Une édition française fut publiée, là encore c’est sans doute en rareté pure, la pièce la plus rare des sixties de la discographie française des Searchers. Comme beaucoup de groupes liverpooliens ils eurent de la peine à adapter une démarche plus pop.

1961 – Ann Margret / I Just Don’t Understand. Chanteuse et un peu sex symbole d’origine suédoise, on la voit comme chanteuse et aussi comme actrice, notamment aux côtés de Presley. En 1961, elle enregistre la chanson que je vous présente et qui est une petite révolution, mais elle n’y est pour rien. C’est un des premiers disques connus qui contient de la fuzz guitar. Pour ceux que ne connaissent pas, c’est un artifice d’amplificateur qui transforme le son de la guitare en une sorte de bourdonnement d’abeille. Cette chanson figure également au répertoire des Beatles et de Freddie & The Dreamers. Dans sa publication française en EP, c’est un disque plutôt rare.

1958 – The Sons OF The Pioniers / Montana. Depuis 1933 à aujourd’hui, ce groupe nonobstant de nombreux changements de personnel, perpétue la tradition de la musique folk américaine blanche et de la country music. En 1958, on tente la publication d’un EP, qui ne semble pas avoir donné l’envie à beaucoup de monde d’aller visiter le Montana.

1966 – The Young Holt Trio (Unlimited) / Wack Wack. Dans les années 60 le jazz n’a pas complètement disparu. De temps à autre un artiste ou un groupe arrive à décrocher un succès. C’est la cas pour ce trio américain qui obtint quelques petites consécrations aux USA. Ce titre assez accrocheur, même pour celui qui n’aime pas le jazz, fit l’objet d’une publication en France sans bousculer le routine. A noter que c’est un groupe de jazz qui essaya de donner une image plus progressive au jazz traditionnel, en bousculant un peu les conventions et en la mélangeant avec la soul music ou la variété. A titre d’exemple, je vous mets en-dessous leur version très spéciale de « Lady Madonna » des Beatles. Malheureusement dans le clip, il manque les 40 dernières secondes.

1963 – Helen Shapiro – J’ai Tant De Remords.  La très jeune star féminine anglaise du début des sixties fait aussi partie des artistes qui ont tenté le coup d’enregistrer quelques titres en français. Elle interprète ici une reprise de son titre anglais « I Apologise ». Cette tentative, comme beaucoup d’autres, ne rencontra pas vraiment le succès. Le seul avantage, c’est d’avoir fabriqué des collectors pour les fans.

1961 – Linda Scott / Don’t Bet Money Honey. Seule apparition sur un rare EP de cette chanteuse américaine. Un splendide titre, en plus une composition personnelle, qui n’est pas sans rappeler les vocaux des Ronettes ou des Crystals deux ans plus tard, elle est pourtant de race blanche, mais on s’y tromperait. On peut voir dans le film de David Lynch « Mulholland Drive » une chanteuse interprétant en playback sur l’original, une autre de ses succès figurant également sur la publication française « I’ve Told Every Little Star ». Extrait dans le second clip.

1967 – Roy Orbison / Ooby Dooby. Roy Orbison est un des chanteurs les plus importants de l’après-guerre. Du rock dans roll à l’opérette, il a un très vaste répertoire de possibilités. Bien qu’il soit surtout connu comme chanteur de ballades, il débuta pourtant comme chanteur de rock and roll sur les fameux disques Sun. Passé complètement inaperçu, un EP de lui fut publié en 1957 par London France qui illustre justement sa face rock. C’est un rareté comment dirais-je, très rare. La pochette est très marrante.

1969 – Cloud / Cool Jane. Une de ces obscurités tellement obscures qu’elles restent obscures, on sait juste que c’est d’origine américaine. C’est plutôt commercial, mais plaisant à écouter.

1965 – Burt Bacharach / Trans Boats & Planes. Celle-là vous la connaissez certainement, elle fut un gros succès pour Claude François « Quand Un Bateau Passe ». Cette immense compositeur aux presque innombrables succès écrits pour les autres, fit sa première tentative comme interprète avec cette chanson. En fait il dirige l’orchestre laissant la partie vocale au groupe féminin les Breakaways. Ce fut un gros succès en Angleterre, très légèrement concurrencé par la version parallèle de Billy J Kramer & The Dakotas. On l’oublie facilement, il a fait l’objet d’une édition française sur un EP sorti à l’époque, pas trop visible. Pour les cinéphiles, rappelons qu’il fut le mari de la belle Angie Dickinson.

1968 – Ian Whitcomb / Nervous. Ce chanteur anglais fit une carrière exclusivement aux USA avec un certain succès. Trois EP’s furent publiés en France qui sans être rarissimes ne sont pas parmi les plus en vue. Son répertoire est plutôt rock, mais c’est avant tout un spécialiste de l’humour et de l’amusement. Le voici dans un clip pour la tv française, vous comprendrez ce que je veux dire. Il est toujours en action du côté de la Californie où il réside. A noter que Willie Dixon a enregistré un truc assez semblable en 1960.

1967 – Tommy James & The Shondells / I Think We’re Alone Now. Durant le seconde moitié des sixties, Tommy James et son équipe furent de réguliers visiteurs du hit parade. Leurs succès n’exercent pas la même attirance entre eux, certains sont de très gros hits, d’autres n’ont qu’une carrière modeste. La publication française est assez respectueuse de leurs parcours dont cinq EP’s pour les débuts. Parmi eux, les deux derniers sont plus rares que les autres, ne contenant pas de hit majeur. Emballés dans de superbes pochettes, ils sont assez volontiers recherchés par les collectionneurs internationaux et leur visibilité moindre fait un peu monter les prix. Le titre proposé est un extrait du 4ème EP.

En passant

Exploration en terre musicale inconnue (29)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1963 – The Big Three / What’d I Say. Ce trio anglais était au moins aussi populaire à la fameuse « Cavern » de Liverpool que les Beatles. Mais une fois la porte de sortie franchie, ils l’étaient beaucoup moins. Après s’être mordu les doigts de ne pas avoir signé les Beatles, Decca s’accrocha à tout ce qui pouvait avoir une connexion avec les Beatles. Ils signèrent Pete Best, le batteur écarté au profit de Ringo Star, et ce trio en publiant un EP enregistré en live dans le fameux endroit. Rien de très original, mais une bonne reprise du classique de Ray Charles. Ils n’eurent par ailleurs que des succès mineurs dans les classements. le seul qui tira bien son épingle du jeu fut le bassiste John Gustafson qui fit partie des Merseybeats, Quatermass, Roxy Music, et plus tard une reformation des Pirates de Johnny Kidd. Le EP fut fut publié en France, mais il est d’une rareté à fait pâlir un vampire assoiffé de vinyle.

1972 – Greenfield & Cook. Un splendide duo folk/psyché d’origine hollandaise. On peut se demander à son propos pourquoi un disque ne devient pas un succès. Assez connus dans leur pays d’origine, ce premier single français, malgré ce titre accrocheur pour autant que l’on aime un peu planer, se solda par une échec total. Il est vrai qu’à la même époque la France se gargarisait avec les Poppys, qui intéressaient assez peu les fumeurs de joints. Tiens fume, c’est pas du belge !

1966 – The Beatstalkers /You’d Better Get A Better Hold On. Groupe d’origine écossaise qui avait le pouvoir de transformer l’eau bénite en whisky, du moins c’est ce que l’on pourrait croire en lisant les commentaires au dos de la pochette de ce très rare EP français. Certes, ils furent populaires en Ecosse, mais le reste du monde sembla assez hermétique à leur talent. Cette publication française reste un des seuls témoignages d’époque si l’on désire les voir en photo sur la pochette. C’est sans doute ce qui fait son attrait, car une copie peut se vendre plusieurs centaines d’euros. Le titre proposé montre une tendance r’n’b assez proche de celle  des Small Faces.

1968 – Les Classels / Les Trois Cloches. De temps en temps les vieille recettes de succès sont remises au goût du jour. Les fameuses « Tois Cloches » firent le tour du monde avec Edit Piaf et les Compagnons de la Chanson, puis plus tard par les Browns en version anglaise. Le groupe canadien les Classels en proposa un version dépoussiérée et résolument moderne. Ce plutôt réussi, mais le miracle ne se reproduisit pas, du moins dans sa publication française.

1966 – Bobby Fuller Four / I Fought The Lav. Les hits américains ne trouvent par forcément grâce auprès du public français, sauf peut être auprès des chanteurs français qui l’adaptent (ici Caude François « J’ai Joue Et J’ai Perdu »). Cet EP publié par London est rarissime, très récemment une copie s’est vendue 276 euros sur Ebay. Bobby Fuller ne profita pas longtemps de sa notoriété, car on trouva son cadavre dans un coin d’Hollywood, suicide, mais plus probablement meurtre, le mystère n’est toujours pas résolu.

1959 – Toni Dalli / Just Say I Love Her. Seule publication française de ce chanteur né en Italie et possédant une très belle voix, digne d’un chanteur d’opéra. C’est plus de la variété italianisante que de l’opéra, mais cela ne l’empêcha pas de se produire dans les plus grandes salles américaines comme Carnegie Hall. Je suis toujours en admiration devant des gens qui possèdent ce genre de don. Comment voulez-vous qu’une femme à qui l’on fait une déclaration d’amour dans ce style ne tombe pas dans vous bras?

1972 – Drama / Mary’s Mama. Le chanson est bien connue en France, elle fut la proie de Sheila « Le Mari De Mama ». Mais elle fut créée par ce groupe hollandais dont cette publication française retourna assez vite dans les oubliettes. C’est un bel exemple de musique que je n’aime pas, tellement c’est vite énervant. Mais chacun ses goûts, ce n’est pas une critique, juste un avis personnel.

1964 – Billy Strange / House Of The Rising Sun. Ce guitariste et arrangeur américain hors-pair a une discographie assez abondante dont une partie a été éditée en France, qui sans être rare, n’est pas très courante. De toutes les versions instrumentales qu’il existe de ce fameux « Pénitencier », celle-ci est assurément une des plus flamboyantes.

1964 – Les Guitares Sèches / Le Pénitencier. Restons avec cette fameuse chanson. Johnny n’est pas le seul à l’avoir enregistré. Il y a eu les Players et aussi ce groupe produit par l’excellent Ken Lean. La version reste dans l’essence de l’original, une chanson de folk traditionnel. Ce n’est de loin pas déplaisant et mérite un petit détour. La qualité du son n’est pas au top, il y a quelques grattements et même un petit saut, mais ce n’est pas le genre de disque que l’on peut trouver à tous les coins de rues, en posséder et en trouver une copie est déjà presque un exploit. Je l’ai dans ma collection depuis plus de 50 ans et ce n’est pas le disque dont je me séparerais en premier.

1967 – Billie Davis / Angel In The Morning. Elle fut la petite amie de Jet Harris, le premier bassiste des Shadows. Elle connut un succès anglais en 1963 avec une reprise de « Tell Him » des Exciters. Sa carrière en dents de scie la voit réapparaître après un silence conséquent dans le fond des chars anglais avec une version, mais pas l’original, de cette chanson écrite par Chip Taylor, qui composa aussi « Wild Thing » pour les Troggs. Cette première publication française ne lui apporta pas gloire et fortune au pays des mangeurs de cuisses de grenouilles.

1969 –  Bill Deal & The Rhondells / What Kind Of Fool Do You Think I Am. Un groupe américain blanc qui sonne bien noir. Seule publication française pas trop facile à apercevoir, même avec une loupe.

1969 – The Frost / Help Me Baby. Le groupe est une des belles révélations de 1969, surtout avec son guitariste très remuant, Dick Wagner. C’est une sorte de hard rock version vintage comme Blue Cheer. Ils connurent une assez belle notoriété en France avec leur premier album enregistré en live et surtout la chanson « Rock And Roll Music » qui n’a d’ailleurs rien à voir avec la chanson de Chuck Berry. Un second single en fut extrait avec une version raccourcie du titre que je vous propose ici en version intégrale, « Help Me Baby » qui chauffe bien. Ce single n’est pas vraiment courant. Plus tard, Dick Wagner sera le guitariste d’Alice Cooper.

1959 – The Islanders / The Enchanted Sea. Si vous êtes un fan de Sacha Distel ou Sheila, vous connaissez peut-être cette chanson d’origine américaine. Ils en firent un peu plus tard une reprise sous le nom de « Un Bateau S’en Va », ils ne furent d’ailleurs pas les seuls. L’original parut en France en 1959 sur un EP partagé avec un autre groupe, les Warriors. Ce disque est une petite innovation pour l’époque, il utilisait passablement les effets sonores, comme ici les vagues. Quant aux Islanders, ils disparurent très vite de la circulation, plus vite que leur chanson reprise maintes fois.

1970 – Flynn Mc Cool / U.S. Thumbstyle. Ce groupe très peu connu résulte de la fusion des deux autres groupes, l’un fut les Shakespeares assez connu en France, mais originaire de Rhodésie et l’autre les Grapefruit. Ce dernier est une découverte des Beatles qui les signèrent avant que le groupe n’aie mis en route son label Apple. C’est ainsi que les disques furent licenciés au label RCA, qui permit un groupe de trouver quelques succès avec leur morceau fétiche « Dear Delilah ». Sous leur nouveau nom, la fusion produit un rare album, dont il semble que le groupe n’autorisa pas la publication, mais on se passa de son avis. C’est plutôt pop et ce rare single en fut extrait pour une édition française.

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