En passant

Exploration en terre musicale inconnue (20)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1963 – The Crickets / Lonely Avenue. Ce disque EP n’a été publié en France que par le lien qui unissait les Crickets et Buddy Holly, puisque c’était son groupe d’accompagnement. Ils tentèrent avec plus ou moins de succès à survivre à la mort de Holly. Pas facile à localiser et plutôt onéreux pour une copie

1961 – The Tronics / Pickin’ And Stompin’. Ephémère groupe américain qui s’inspirait des fameux Champs avec une certaine tendance aux musique latino-américaines. Un EP fut publié en France sans aucun résultat notoire.

1963 – Johnny Taylor & Les Strangers / Tossin’ And Turnin. Un de ces groupes anglais qui vinrent chercher gloire et fortune en France. Ils eurent une certaine notoriété parmi les rockers, mais les ventes de disques restèrent plutôt confidentielles. Des musiciens du  groupe servirent un peu plus tard pour accompagner Vince Taylor sur son album en faux live de 1965.

1970 – Johnny Winter / I’m Not Sure. Le singles des stars de la pop sont tous assez rares, car on achetait plus facilement les albums. C’est le cas de ce single de Johnny Winter. Au dos d’une cover de « Johnny Be Goode », moins intéressante que celle de Jimi Hendrix on le découvrira un peu plus tard, cet excellent titre toute en subtilité de riffs de guitare.

1963 – Sonny Boy Williamson I / Good Morning Little Schoolgirl. Un quart de siècle après son enregistrement, le fameux titre du premier Sonny Boy Williamson est publié en France dans une presque interminable série de EP’s consacrés au jazz. Fallait être bien malin pour apercevoir un blues là-dedans !

1965  – Gary Farr & T-Bobes / Deed And Deed I Do. Le groupe dont Giorgio Gomelsky voulait faire des autres Yardbirds. Leur discographie est assez intéressante, mais cette publication française est surtout recherchée car par erreur la pochette montre les Yardbirds.

1961 – Johnny Tedesco / Vuelve Primavera. Il y a rare et rare. Celui-ci l’est sans doute un peu plus que les autres. Du rock en espagnol par un chanteur argentin et en plus en édition française, le font encore plus rare suite aux misérables ventes de l’époque.

1964 – Garnet Mimms / As Long I Have You. Pressage en single très confidentiel. Excellent disque à l’ambiance soul superbe. Larry Greco en fit une version française « Si Je Meurs Demain ».

1964 – Bobby Jann / Je Me Suis Souvent Demandé. C’est bien la chanson dont Richard Anthony fit un grand succès, mais ici c’est la version originale créée par le Belge Bobbejaan Schoepen et publiée sous un de ses nombreux pseudos. Peut-être c’est ce petit accent belge qui lui fit louper un vrai succès en France. Le 45 tours fut publié en Belgique et distribué en France. C’est une des belles chansons contestataires de sixties aussi significative que bien d’autres.

1962 – Tino Contreras / Good Beat. Un jazzman et batteur mexicain assez peu connu chez nous, malgré quelques publications. Malgré tout ses disques semblent bénéficier d’un vertain attrait auprès des collectionneurs. Ici nous le retrouvons dans un reprises trépidante d’un titre de Dizzy Gillespie.

1972 – Ray Dorset / With Me. Ray Dorset c’est bien sûr le personnage central de Mungo Jerry. Si les disques du groupe marchaient plutôt bien, les tentatives en solo sont bien moins visibles.

1965 – Jay & The Americans / Goodbye Boys Goodbye. Ce groupe très en vue aux USA, n’a jamais connu de succès en France, malgré plusieurs publications et une tentative d’enregistrer en français. L’atout principal du groupe résidait dans la voix du chanteur Jay Black, presque capable de chanter de l’opéra. Dans ce titre ils reprennent an anglais une chanson d’Adriano Celentano « Ciao Ragazzi », que Larry Greco avait aussi reprise en français « Je M’en Vais Demain ».  Dommage c’est un truc qui méritait mieux.

1972 – ZZ Top / Francene. Avant de connaître un succès planétaire ZZ Top a pas mal pédalé dans une semi-obscurité. Bien malin celui qui avait repéré ce single dans les bacs des disquaires français, annonciateur du style à venir.

1967 – Zalman Yanowsky / As Long As You’re Here.  Chez les anciens, ce nom aura peut-être un air de déjà entendu. En effet, il fut le guitariste des célèbres Lovin’ Spoonful. D’origine canadienne il retourna dans son pays suite à des ennuis pour détention de stupéfiants. C’est là-bas qu’il enregistra ce disque publié par Buddah, sans grand succès, qui eut aussi une publication française. A l’instar d’un autre célèbre disque (Napoleon XIV), la face B était le même titre mais à l’envers, je vous la mets aussi. Par la suite, il devint gérant d’un restaurant très connu au Canada et écrivit un livre de recettes culinaires. Il mourut d’une crise cardiaque en 2002 à 57 ans.

1955 – Bing Crosby / Embrasse-moi bien. De tous les chanteurs qui traversèrent le 20ème siècle, Bing Crosby fut la stars des stars. A ce jour il détient toujours le record de la meilleure vente pour un single. Sur les 1700 titres qu’il enregistra, il n’en classa pas moins de 380 dans le top 30 américain. Ce que l’on a un peu oublié, c’est qu’il enregistra aussi en français. En voici une, très dans son style de crooner, son image de marque.

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En passant

Exploration en terre musicale inconnue (19)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1959- Carl Perkins / Good Rockin’ Tonight. C’est la première publication de Carl Perkins en France qui ignore complètement la période Sun. Encore un de ces disques qui doit faire gratter la tête aux fans français de Mr Perkins.

1969 – The Paupers / South Down Road. Excelelnt groupe canadien psyché pop dont c’est la seule publication française. Une belle obscurité.

1971 – Aunt Mary / Jimi, Janis, Brian. Groupe pop norvégien dont la voix du chanteur n’est pas sans rappeler celle de Roger Chapman de Family. Unique single publié en France.

1967 – Duffy’s Nucleus / Hound Dog. Connu aussi sous le nom de Duffy Power, il commença sa carrière comme rocker, mais se tourna vers le blues par la suite. Un assez belle reprise de « Hound Dog » sorti sur un rare EP en France.

1968 – Lee Hazlewood / Rainbpw Woman. Un compositeur et un producteur très connu, Nancy Sinatra lui doit une bonne partie de son succès. Il eut moins de réussite comme interprète , excepté ses duos avec Nancy, malgré sa voix et l’ambiance particulière de ses chansons, dommage.

1969 – Elton John / It’s Me That You Need. Première publication en France pour cette star en devenir, évidemment ce n’est pas son titre le plus célèbre, qui l’a acheté chez les disquaires français de l’époque ? C’est assez ballade pop.

1962 – Nashville Five / Like Nashville. Même si parfois je peux ressembler en matière musicale à un célèbre commissaire à la pipe, il y a parfois des énigmes que je n’arrive pas à résoudre. C’est le cas pour ce disque. Les interprètes ne posent pas de problème, ce sont des requins de studio dont Reg Guest, Andy White, et Big Jim Sullivan. Par contre le disque est bizarre, c’est bien une édition française, pochette et logo différents, mais avec la même référence et titres que la publication anglaise, DFE.6706, alors que normalement le catalogue anglais sous licence était publié en France sous la référence 457 XXX. Je ne connais pas d’autre cas semblable, alors… A part ça, c’est du rock instrumental, mais il y a quand même un titre qui m’intriguait, qui me rappelait quelque chose. Je me suis creusé la tête un moment et j’ai fini par trouver. Ce titre ressemble à un titre enregistré par Michel Page sur son premier disque de 1963 « Tout Au Long De Ma Rue ». Je pense que c’est un accident, mais je vous mets les deux titres et vous verrez qu’il y a un air de famille dans certains passages.

Michel Page

1959 – The Mark IV / Mairzy Doats.  Reprise un peu plus « rock » d’un air de swing de la seconde guerre mondiale, avec la participation de Donald Duck. Sorti par Barclay en single alors qu’il avait les droits de licence sur le label américain Mercury, ce qui fait que l’on trouve aussi les Platters en publication Barclay pour les années 50, avant que Philips ne prenne la relève.

1957 – Domenico Modugno / Moi, Ta Mere, Et Moi. Avant de triompher internationalement avec « Volare », Modugno avait tenté de percer en France avec des chansons interprétées dans la langue nationale. C’est assez drôle, il est très aisé dans le maniement du français. L’ambiance du teste est très néo-réaliste, parallèlement au grand cinéma italien d’après guerre.

1959 – The Impalas / Sorry. Groupe de doo wop interracial assez connu aux USA,leur plus gros succès fut publié en France mais resta un peu dans les bacs des disquaires.

1969 – Jotta Herre / Penina. Cette chanson porte la signature de Paul McCartney, il ne l’a jamais enregistré lui-même. D’après ses dires, il était en vacances au Portugal dans un hôtel du nom de Penina. a l’intérieur, il y avait un groupe local qui faisait de l’animation musicale, McCartney a jammé avec eux et leur a refilé cette chanson composée spontanément et leur a refilé la chose. Le groupe l’a enregistrée et malgré la prestigieuse signature ne fut pas vraiment un succès. Sa publication en France reste très confidentielle,

1966 – The Vogues / Five O’Clock World. Aux USA, les groupes vocaux à succès sont surtout dominés par les Noirs. Mais il y a de notables exceptions blanches, les Four Seasons, les Happenings, Jay & The Americans, les Tokens, les Vogues. Ces derniers placèrent quelques titres dans le top ten entre 1965 et 1968 dont « Five O’Clock World ». En France, bien que le titre aie été publié chez London, on connaît plutôt cette chanson via l’adaptation de Noël Deschamps « A Six C’est Fini ». On ignora pratiquement complètement l’original.

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