Exploration en terre musicale inconnue (22)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1966 – Manfred Mann / Bring It To Jerome. Parfois les maisons de disques sortent des disques sans trop savoir pourquoi. C’est le cas de ce single pratiquement invisible, publié probablement en 1966 avec un titre déjà ancien, mais surtout en face B la reprise de ce titre de Bo Diddley. Je n’ai jamais trop aimé la face commerciale de Manfred Mann, mais par contre les albums et les faces B recèlent des trucs dont je me suis régalé.

1963 – Walter Hensley / Walt’s Breakdown. Publication assez confidentielle de ce joueur de banjo américain, dont quatre titres sont réunis sur cet EP publié par Capitol. Le folk traditionnel à cette époque n’était pas très prisé du public français. Il préférait nettement qu’il guigne vers la variété.

1974 – Abba / Waterloo. Beaucoup de gens connaissent ce disque, mais peu ont celui-ci. Il s’agit de la fameuse chanson mais chantée en français, tout le monde ou presque acheta la version anglaise. Evidemment au marché des collectors c’est du 1 contre 100. Par ici la monnaie.

Bonus ABBA. Ce disque n’est jamais paru en France, mais si voulez voir Benny Anderson (c’est l’organiste), quelques années avant Abba. Il est membre des Hepstars, le groupe le plus populaire en Suède au milieu des sixties. Ils reprennent la fameuse chanson des Renegades (réécriture de « Brand New Cadillac » de Vince Taylor), « Cadillac » dont ils firent un succès personnel local.

1968 – Jackie Lomax / Sour Milk Sea. Pour ceux qui collectionnent toutes les éditions françaises des choses en connexion directe avec les Beatles, ils ne pourront ignorer celle-ci. C’est une des quelques tentatives que le groupe fit pour produire des artistes sur leur label Apple. Ils ont participé à l’enregistrement du premier album, sauf John Lennon, Eric Clapton fait aussi une apparition. Malgré le fait qu’il s’agisse d’une composition de George Harrison, la face principale de ce single qui sonne très Beatles période 68-69, ne rencontra que peu de succès. On peut gager qu’elle en aurait eu beaucoup s’ils l’avaient enregistrer eux-mêmes. Elle ne manque pas d’attraits.

1960 – Charles Mingus / Blue Cee. En 1960, ceux qui en avaient marre d’écouter Sydney Bechet ou Claude Luther, devaient trouver la musique de Charles Mingus  plutôt innovatrice. Il est clair que les années 50, via des labels comme Blue Note, appuyèrent sur l’accélérateur pour un jazz explorant de nouvelles routes. Mingus et sa contrebasse furent une de ces influences et pas la moindre. Evidemment toutes les publications en 45 tours de cette époque sont des pièces de musée, et le prix d’entrée pour les admirer parfois conséquent. Il n’y a pas si longtemps, un jeune de 18 ans, m’a remercié de lui avoir trouvé un vieil album de John Coltrane, il trouve cela génial.

1964 – Ian & Sylvia / You Were On My Mind. Une chanson dans sa version originale que tout le monde connaît ici, bien que ce disque publié par Amadeo en France ne vous dise pas grand chose. Il fallut la reprise par le groupe We Five aux USA pour qu’elle devienne un hit international et un no 1 aux USA dans une version remaniée. En Angleterre ce fut via la version de Crispian St Peters qui se classa no 2. Et puis Joe Dassin en fit « Ca M’Avance A Quoi? » Ah vous voyez que vous connaissez…

1970 – Captaine Beefheart & Magic Band / Pachuco Cadaver. Il est certain que publier un single de Captain Beefheart était une opération financièrement suicidaire. On en publia néanmoins deux. Bien que j’aime le bonhomme, je reconnais volontiers que c’est pas accessible à la première écoute et peu de chances d’en faire un no 1 auprès des minettes qui se gargarisaient de Michel Delpech é l’époque. Enfin le voici quand même.

1965 – Beppe Cardile / L’Amore E Partito. Le Festival de San Remo est un des haut lieux de la soupe musicale populaire en Italie. Le seul fait intéressant, c’est que des artistes étrangers s’y produisaient, on vit défiler Gene Pitney, les Yardbirds,  Dusty Springfield (éliminée dans les sélections c’est vous dire), Petula Clark, Antoine qui démarra avec une certain succès un carrière en Italie, et j’en passe. Au pifomètre, la France éditait l’une ou l’autre de ces chansons finalistes, espérant que le charme italien opérerait. Pour Beppe Cardile, le charme n’opéra pas.

1971 – Day Of Phoenix / Deep Whitin A Storm. Un groupe pop danois qui a un acquis une petite réputation auprès des collectionneurs. Difficile de trouver une copie de ce single en version française.

1971 – The Dillards / It’s About Time. Un groupe pas totalement inconnu du public français observateur. Vogue avait en effet publié un album vers 1964 dans la série « Folklore USA ». Officiant essentiellement dans le bluegrass, cette forme de folklore américain exclusivement blanche. Au tournant de 1970, ils ont un bon succès d’estime avec un album intitulé « Copperfields », dans un style assez différent, le folk a beaucoup évolué et s’est électrifié. Sur ce single publié en France, on est plus proche de la musique des Byrds ou Crosby Stills Nash, qu’une énième version de « Tom Dooley ».

1966 – Los Pekenikes / Sombras Y Rejas. Groupe principalement instrumental espagnol, populaires chez eux, mais les Pyrénées restent un redoutable obstacle à franchir, ils sont pratiquement inconnus ici. Barclay ayant le monopole de la distribution française pour Hispa Vox, il publia 4 EP’s qui tiennent un peu du disque invisible. Sur l’un d’entre eux, on trouve la reprise à la Shadows du morceau de bravoure pour guitaristes classiques, le fameux « Asturias » d’Albéniz rebaptisé « Sombras Y Rejas ».

1963 – Cozy Cole / Big Noise From Winnekta. C’est le disque typique que vous connaissez. A moins d’être un connaisseur, peu de gens sont capables de citer l’interprète, et encore moins d’acheter le disque. Ce morceau de jazz apparu dans les années 1930, fut relancé en 1963 par le batteur Cozy Cole. Idéal pour faire le joint à la radio entre deux émissions, il fut néanmoins repris en version chantée par Eddy Mitchell et Nancy Holloway « Quand Une Fille (garçon) Me  Plait ».

En passant

Exploration en terre musicale inconnue (21)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – Golden Hands / Mirza. Durant les sixties, les maisons de disques regardaient vers l’étranger pour dénicher des artistes qui avaient le potentiel de marcher sur le plan national ou satisfaire les immigrés locaux. Ce fut pas mal le cas pour l’Italie qui avait un nombreuse colonie d’origine italienne. On tenta aussi l’Espagne avec des groupes comme Los Brincos, qui firent des tubes ici notamment « Flamenco », les Pop Tops,  » Oh Lord Why Lord », « Mammy Blue » et moins connus Los Canarios. Le Maroc ou l’Algérie étaient des candidats possibles, spécialement le premier. On vit ainsi quelques chanteurs qui se firent connaître en France, notamment Vigon, bon chanteur de rock et de soul. En 1967, Barclay publia le premier disque d’un groupe de Casablanca, Golden Hands. Pour leur premier essai, ils reprirent en arabe le titre de Nino Ferrer « Mirza ».

1968 – Leroy Holmes / The Good, The Bad And The Ugly. L’avènement définitif d’Ennio Moricone comme célèbre compositeur se fit un peu par la tranche, quand Hugo Montenegro, un chef d’orchestre américain, eut un hit international avec sa version du thème de « Le Bon, La Brute Et Le Truand » composée par Morricone. Par la suite ce sont principalement ses créations et versions qui remportèrent le pompon au détriment d’autres reprises qui furent faites. Souvent quand des titres instrumentaux connaissent le succès, les reprises sont nombreuses et souvent en compétition avec celle qui a obtenu le succès. Voici un exemple avec cette histoire de brute, une de ces reprises publié par une maison concurrente.

1968 – The Beau Heems / When I Get Home. Groupe de Floride très peu connu dont cet obscur single a été publié en France. Il ne s’agit pas d’une reprise des Beatles, désolé Cooldan, mais d’une création maison qui est assez inspiré du style des Doors. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on peut avoir envie de le mettre dans sa collection.

1969 – Love Sculpture / Farandole. Après avoir obtenu un certain succès avec « La Danse Du Sabre », Love Sculpture s’attaque à la « Farandole » de l’Arlésienne de Bizet. Même si ce disque est plutôt resté dans les bacs, il est prétexte à une formidable démonstration à la guitare du fameux en devenir, Dave Edmunds. Le classique comme ça, j’aime !

1959 – The Isley Brothers / Shout. Les Isley Brothers avec les Coasters et les Drifters, eurent un énorme influence sur la musique à venir dans le style R&B. L’un de leurs plus célèbre titres « Shout » fut publié en France sur un EP, ceci même avant que le Johnny national fasse son apparition, titre qui figurera d’ailleurs sur un live à l’Olympia comme fond musical. J’imagine que peu de gens cassèrent leur tirelire pour en acheter une copie. C’était pourtanz assez précurseur.

1966 – The Innocence / Mairzy Doats. C’est parfois assez visible, quand une maison de disques a un groupe à succès, elle essaye de lancer d’autres artistes dans le même style. The Innocence fit partie du label Kama-Sutra, le même que les Lovin’ Spoonful, et on ne peut pas dire que ce soit radicalement orienté dans une autre direction. Publié en France sur un EP distribué par Polydor. Je ne l’ai pas souvent vu dans les conventions.

1960 – Hikaru Hayashi – L’Ile Nue. Un de ces disque que l’on peut dénicher parfois dans les puces pour trois fois rien, ce qui fut mon cas. C’est une bande sonore puisqu’il s’agit d’un film japonais, bien sûr la musique suit le reste. Ce film est un véritable chef d’oeuvre pour cinéphiles. Il ne contient aucun dialogue, juste les sons et la musique. On suit la vie pénible d’une famille qui habite sur une  petite île. Leur travail principal consiste d’aller chercher de l’eau sur une autre île pour irriguer leur terres où poussent quelques pauvres légumes. Ce n’est pas un documentaire, mais sans doute le film le plus universel que j’ai jamais vu, du fait que tout se passe dans les regards et les attitudes. Les paysages sont splendides, parfois perdus dans brumes lointaines comme les Orientaux savent les vénérer. Du grand art et une belle musique. Frida Boccara et d’autres interprètes français en ont fait une version chantée.

La version de Frida Boccara.

Petite anecdote. James Ollivier, un chanteur poète assez peu connu a enregistré en 1963 une chanson qui s’intitule « L’île Lointaine ». Je me demande si ce n’est pas très inspiré de la chanson précédente. Le titre et certains passages mélodiques ne me semblent pas tomber du ciel. Quoiqu’il en soit, c’est une très belle chanson.

1961 – The Hunters / The Storm. Groupe anglais lancé dans le sillage des Shadows dont un seul EP assez confidentiel fut publié en France. Sur ce disque on trouve un titre assez intéressant, car il contient quelques effets spéciaux sonores, du style de ceux qui n’étaient pas très courants en 1961. C’est ce titre que je vous propose.

1963 – Los TNT / El Porompompero. Trio originaire de l’Uruguay, recentré sur l’Espagne vers 1962. Le nom du groupe vient, non pas d’une admiration pour la musique explosive, mais des initiales des prénoms des membres qui sont par ailleurs frères et soeur.  Plutôt à tendance folk, ils nous présentent ici une version assez rock d’un célèbre classique hispanophone, que l’on trouve sur leur unique EP français.

1966 – Sam The Sham & The Pharaohs / The Hair On My Chinny Chin Chin. C’est un bel exemple d’artistes qui vendent des millions de disques pour un titre (Wooly Bully), et qui retournent après dans un semi-obscurité. Sam Samudio et son équipe gardèrent aux USA une belle popularité qu’ils furent loin de maintenir en France et ailleurs. Au fil des parutions, les disques se vendent de moins en moins ou plus du tout. C’est le cas pour ce dernier EP paru en France, nettement moins visible que les précédents.

1968 · The Shamrocks / Travelin’ Man. Parmi plusieurs groupes qui portent ce nom, il s’agit ici des Suédois. Assez populaires en France grâce à leurs deux versions de « Cadillac » empruntées aux Renegades, les autres publications furent plus confidenteilles. En 1968, Polydor fait une ultime publication avec un single qui contient ce titre en face principale, elle ne fut pas couronnée de succès.

1965 – Del Shannon / Move It On Over. Malgré qu’il soit l’un des grands chanteurs et compositeurs américains de la première moitié des sixties, la France ne réussit pas tellement pour Del Shannon sur un plan d’interprète, malgré une discographie assez abondante. Par contre un bon nombre de ses titres furent des succès pour ceux qui firent l’adaptation d’un titre ou l’autre. Les Pirates, Sylvie Vartan, Frank Alamo, Eddy Mitchell, Richard Anthony, Dave, font partie du lot. En 1965, sur un EP Columbia peu visible, on peut trouver ce titre assez innovateur dans sa discographie.

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