En passant

Paris, par-ci, par-là (2)

On peut toujours se promener dans Paris, voir des tas de choses et trouver cela intéressant. Mais où que vous soyez dans la ville, il y a à peu près partout quelque chose qui vous échappe ou que vous ne savez pas. Il y a une sorte d’invisible, mais qui est en fait très visible dans certains cas. Il faut juste regarder ou savoir.

En partant du métro Saint-Michel Notre-Dame, vous enfilez le boulevard Saint-Michel direction sud. Au bout d’une centaine de mètres à votre gauche, vous trouverez la rue Saint-Séverin. Encore un saint, sans doute pas un de ceux qui est en tête du top 50, mais qui a quand même une église qui lui est dédiée plus loin dans la rue. Mais notre but n’est pas d’aller la visiter, surtout pas. La Révolution de 1789 a marqué le pas pour les institutions religieuses. Ce n’est pas encore la grande séparation de 1905, mais on choisit déjà plus ou moins son camp selon ses convictions, j’y crois, j’y crois pas. Inutile de vous rappeler que le symbole le plus marquant du christianisme est la croix et faire le signe de croix en est en quelque sorte le cachet qui fait foi. Devant le no 13 de la fameuse rue, si vous levez un peu les yeux, vous apercevrez ce qu’illustre la photo. Il y a matière à jeu de mots, ici le cygne de croix. Ne cherchez pas trop loin, ce n’est pas l’animal qui inspira un célèbre ballet à Tchaïkovski, même s’il a séjourné à Paris. Il s’agit simplement d’une image irrévérencieuse qui au 18ème siècle, époque où elle fut apposée sur la façade, signifiait que l’on préférait aller boire un verre plutôt que d’aller à la messe. Aujourd’hui, il y a des tas de gens pour qui la question ne se pose plus, pas besoin de rappel  

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Pas très loin du Panthéon, au 8 bis rue Amyot, le 25 janvier 1920, une femme âgée de 22 ans, enceinte de huit mois se jette du cinquième étage de cet immeuble. Elle ne survécut pas à cette chute. Cette femme est alors une artiste débutante et presque anonyme, sa mort n’émeut pas grand monde. Son suicide n’est pas un coup de tête, elle vient d’apprendre la mort du père de son enfant. Les amis du défunt souhaitent qu’elle soit enterrée avec lui. Son père qui ne le tient pas en haute estime, il est Juif, alcoolique, un peu fou, refuse catégoriquement. Il se ravisera une dizaine d’années plus tard. Entretemps, l’eau a coulé sous les ponts de la Seine, ce beau-fils un peu maudit s’appelait Amedeo Modigliani, il est enfin connu et ses oeuvres commencent à se vendre très cher.

Jeanne Hébuterne, Amedeo Modigliani, unis pour toujours.

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Les écrivains, les narrateurs, racontent l’histoire à leur manière. Si les grands événements servent de toile de fond, ils font glisser sur leur plume des personnages qui éclipsent le reste. Le général Cambronne a-t-il prononcé son fameux « merde » à la bataille de Waterloo? Les historiens en discutent encore. Plus de 200 ans plus tard, on prononce plus souvent le fameux mot que celui de la bataille où il fut peut-être prononcé. Quelques années plus tard, un autre fait sanglant entre dans l’histoire, l’insurrection de juin 1832. C’est un mouvement républicain pour tenter de renverser la monarchie et Louis-Philippe, roi des Français, on n’est plus roi de France, mais cela ne change pas grand chose pour le petit peuple. Des barricades sont dressées dans le voisinage du Forum des Halles actuel côté nord-est, notamment dans la rue Saint-Denis, une rue qui devient chaude mais pour des raisons assez différentes de celles que l’on connait aujourd’hui. Victor Hugo s’empara des faits pour une partie des Misérables. Nous voyons apparaître les personnages qu’il imagine prenant part à ces mouvements. Les personnages sont fictifs, bien que Hugo, si on le connait un peu, s’est sans doute inspiré de caractères réels. Les personnages sont si bien décrits que l’on peut quasiment leur attribuer une biographie imaginaire avec date de naissance et autres. Parmi eux, sans doute le seul qui n’en a rien à branler dans tout le roman, le fameux Gavroche, prototype du titi parisien avant l’heure. Il apparaît selon les circonstances, en messager, en ramasseur de cartouches, il chante aussi, ne manque pas de bravoure, il se fout de l’ennemi. Pour la balle qui le tua, Hugo écrivit « Cette petite grande âme venait de s’envoler ». Il lui fallait aussi trouver un endroit pour le faire mourir, l’écrivain lui en trouva un, une barricade située au 89 rue Saint-Martin. Contre la façade un bas-relief représente l’Annonciation, une ange qui annonce à Marie la venue d’un Sauveur du monde. Une belle métaphore.

Sources . Wikipédia, B.N.F, Street view, DP

En passant

Inventaire musical à la Prévert (228)

Disques sous la loupe

Des curiosités musicales diverses, des ambiances particulières, une démarche artistique originale. Des disques qui sont des collectors de plus ou moins grande valeur, mais qui en ont une artistiquement parlant. Les découvrir c’est partir à l’aventure.

Amon Düül II – Germany LP

L’Allemagne fut une plaque tournante pour la musique anglo-saxonne. Après la guerre, les GI’s stationnés dans le pays réclamaient des divertissements. C’est ainsi que beaucoup d’artistes, les Anglais notamment, trouvèrent une sorte de patrie d’accueil dans le pays. On se souvient des nombreux passages des Beatles à Hambourg. Les nationaux se contentaient souvent de les imiter. La vengeance étant un plat qui se mange froid, et pour ne pas faire comme eux, des artistes allemands créèrent leur propre mixture musicale. Vers la fin des sixties, émergèrent des groupes comme Amon Düül I et II, en fait parmi les pionniers, et le style n’a rien à voir avec la concurrence anglaise. On est carrément sur une autre planète. Au fil des ans le style se précisera et apparurent des formations qui concrétisèrent la musique planante germanique. On peut citer Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, Wallenstein, Can, et plus tard Kreftwerk. La plupart accéderont à une carrière internationale.
Amon Düül, reste assez insaisissable, mais si on est réceptif, il y a de quoi s’envoler pour les étoiles. Je l’ai fait il y a longtemps et ma foi, s’il faut être un peu fou pour aimer cela, alors je le suis. L’album contenant peu de titres du fait de la longueur de certains morceaux, j’ai puisé parmi des extraits en live pour compléter.

Artiste : Amon Düül II
Titre : Phallus Dei
Genre : krautrock, psychédélic, progressif
Label : Liberty
No Catalogue :  LBS 83 279 I
Pays : Allemagne 1969
Meilleure enchère sur Ebay, 369 euros avec insert.
Note : il existe une édition anglaise avec pochette différente, plus rare et qui atteindre le double de prix.

Kannaan

Hors album

The Fentones, 78 tours Inde

Johnny Kendall & The Heralds – RCA Victor – 47- 9654, Hollande, publié en 1966, meilleure enchère sur Ebay 414 euros.

Johnny Kendall & The Heralds furent assez populaires dans leur patrie, la Hollande. Un album quelques 45 tours, essentiellement des reprises, mais de manière plutôt originale. Certains disques sont plutôt courants, d’autres beaucoup plus rares. C’est le cas de celui-ci, des titres originaux, mais plus obscurs que le reste. Johnny Kendall chante encore aujourd’hui.

Visites au musée du Boss

Au cours de ma vie je ne sais pas combien j’ai écouté de disques, probablement des millions. Dans ce kaléidoscope, certains ne firent que passer, d’autres se manifestèrent de manière plus accrocheuse. Et puis il y a ceux que je peux mettre dans mon musée. En voici des exemples, et comme en musique je n’ai jamais été sectaire, on peut y trouver des trucs qui peuvent sembler bizarres. Mais voilà, je les ai tous adorés et même les adore encore…

Deux qui figurent sans aucun doute parmi mes records d’écoute…

Eric Burdon & The Animals – St. James Infirmary

The Misunderstood – I Can Take You To The Sun

Dans une future pièce du musée encore en construction, ces chansons y figureront probablement. Je ne les ai pas encore suffisamment écoutées, elles sont de découverte plus ou moins récente et ne font pas partie de mes 20 premières années d’écoutes, mais je suis sûr que je les écouterai encore dans dix ans.

Stan Ridgway – Stormy Side Of Town