Nos disques mythiques (15)

28 050615 2

Voilà un disque qui doit beaucoup à la France. Pas tellement pour les interprètes, ce sont tous des Anglais originaires de Carlisle, mais bien par un de ces petits miracles que le showbiz sait parfois engendrer. Le relativement nouveau label Island, né en Jamaïque, s’est établi à Londres en 1962. Son but premier est de lancer le reggae en Angleterre, une musique relativement peu connue au pays du thé. Ca ne marche pas trop mal, mais cela marchera bien plus fort dans les années 70. Un premier hit, « My Boy Lollipop »,  en 1964 par Millie, donne un avant goût de reggae. Mais le label mise aussi sur des artistes locaux. Premières grosses vedettes  maison en 1965, Spencer Davis Group, aligne plusieurs hits dont deux composés par un artiste jamaïcain, Jackie Edwards. Fort de ce succès on en  recrute d’autres. C’est ainsi que les fraîchement nommés VIP’s (anciennement VIPPS) font leur apparition sur Island. Ce sont pas vraiment des nouveaux, ils ont déjà fait quelques tentatives discographiques pour divers labels sans résultats notoires. Ils enregistrent leur première tentative pour  Island en 1966, « I Wanna Be Free » / « Don’t Let it Go ».

Le disque ne décolle pas tellement sur le marché anglais, mais Philips-France distributeurs du label, décident de le publier ici sous la forme habituelle, un 4 titres enveloppé dans une belle pochette. En réalité c’est un 3 titres, car la chanson complémentaire « Smokestack Lightning »  dure près de 7 minutes, pas très loin de la limite possible de la durée d’une face de 45 tours. C’est purement un titre destiné au remplissage, mais bon du remplissage comme ça, on en redemande!

L’idée de Philips est payante, car le titre principal rencontre pas mal de succès en France, il figurera même en assez bonne place dans le hit parade de « Salut les Copains ».

28 050615 4

Ils passeront aussi à la télévision, une pub assurant des ventes honnêtes. C’est un grand titre, même l’un de ceux que je considère parmi les meilleurs des années 60, je l’ai écouté des milliers de fois. Les plus érudits savent que c’est une reprise crée et composée par l’Américain Joe Tex, un Noir très dans la veine du r’n’b. La version des VIP’s, qui abandonne les cuivres de l’original, met en exergue le jeu des guitaristes, c’est une ambiance cool, parfois brièvement plus rageuse. Le point culminant reste la voix de chanteur, Mike Harrison. Bien que de race blanche, sa voix sonne plus noire de celle l’original. C’est un grand chanteur dans la lignée des Ray Charles et autres. Il fait aussi merveille dans le titre suivant « Don’t Let It go », un titre dans la même veine.

Comme je le disais plus haut, « Smokestack Lightning » est un titre de remplissage, mais quelle belle version que cette reprise de Howlin Wolf (dont on le crédite à tort comme compositeur), écrite par le fameux Willie Dixon. C’est la deuxième qui est entrée dans ma collection, le première celle des Yardbirds. Si je peux préférer musicalement celle des Yardbirds, plus rageuse, plus bordélique, le version plus traditionnelle des VIP’s magnifiée par la voix du chanteur fait que l’adore aussi.

Il y a bientôt 50 ans que je suis sous le charme de ce disque qui figure toujours en bonne place dans les fleurons de ma collection, ainsi que la suite qui vit passer le fameux Keith Emerson dans leurs rangs. Juste avant que ces importantes personnes de deviennent encore plus importantes en se muant en Spooky Tooth. Mais c’est une autre histoire.

28 050615 3

 

Un chose assez courante à l’époque, présenter les membres d’un formation. A lire leur goûts, on n’a pas trop de peine à s’imaginer pourquoi ce disque contient ceci plutôt que cela.

Le passage à la télé en 1966

Nos disques mythiques (14)

29 040115 7

En 1966, la mode passe au psychédélique, c’est bien sûr un courant qui nous vient des USA. Il est une réponse à l’invasion anglaise qui débuta en 1962 avec les Tornados, suivis des Beatles. Pour cette année-là, très peu de disques sont édités en France et encore moins programmés par les radios, à l’exception de ce qui pouvait concerner les très grands artistes comme Beatles ou Stones. Toutefois ils n’étaient pas spécialement représentatifs de ce mouvement vu sous l’angle américain. Parmi ces très rares publications, il y a celle qui nous intéresse aujourd’hui, le 4 titres des Count Five publié chez AZ. Il y a une bonne raison à cela, le titre « Psychotic Reaction » est à la 5ème place du hit parade US. Le créativité de ce titre est assez étonnante quand on sait que c’est un original composé par les membres et qu’ils sont âgés entre 17 et 19 ans au moment de son enregistrement. On peut imaginer que cela aurait été totalement impossible en France de voir un tel disque sortir des studios nationaux. On peut imaginer le peu de cas que l’on aurait fait à ce genre de démarche musicale et aussi au vu de leur âge. Quoiqu’il en soit, il a quand même été publié ici sous licence du label Double Shot basé en Californie, d’où ils sont originaires. Le disque n’a jamais passé à la radio, du moins je ne l’ai jamais entendu. C’est encore une bizarreté quand on sait que le label AZ a été fondé par Lucien Morrisse, ex-mari de Dalida, et directeur des programmes à Europe No 1. Quelques passages à Salut les Copains et c’était sûrement une bonne vente assurée. Heureusement quelques disquaires eurent la bonne idée d’en proposer une copie au client, client dont je fus, séduit par l’originalité de la chose. La pochette était aussi attirante, bien pétante avec son fond jaune et lettrage rouge, présentant le groupe vêtu de ces pèlerines noires tout droit sorties d’un film de Dracula.

Le titre principal est bien représentatif de cette époque, pas seulement musicalement, mais aussi socialement. Une banale histoire de fille qui vous rend malheureux et on va tout de suite dans la psychanalytique, Freud aurait sans doute aimé. Musicalement c’est excellent, cet harmonica en toile de fond et cette guitare fuzz en font un vrai délice. La perle ne manquera pas de se retrouver dans la première compilation « Nuggets » dédiée au mouvement garage et psychédélique en 1972, sous la houlette de Lenny Kaye, plus tard guitariste de Patti Smith. C’est aussi la première fois que le mot punk, associé à rock, est employé pour désigner une musique. Cette compilation entraînera au fil des ans un gigantesque mouvement qui verra des milliers d’albums de compilation et autres faire surface, rappelant l’extrême richesse des sixties aux USA et ailleurs. Par la suite, le morceau sera très fréquent dans le répertoire des Cramps et Tom Petty et trouvera de nouveaux adeptes.

Les trois autres titres du disque sont également d’excellentes créations toutes à leur honneur.