Salut papa, ça c’est de la musique

 Au centre: mon père en 1911

Pour une fois je vais parler famille, de mon papa à moi. Mon père, ce héros au sourire charmeur, m’a sans doute laissé un peu de lui à quelque part. Ma famille c’est toute une histoire, grâce à lui. Figurez-vous qu’il est né en 1889. C’est dire qu’il aurait atteint l’âge respectif de 123 ans, s’il vivait toujours au moment où j’écris ces lignes. Ce qui pourrait faire penser que le Boss n’est pas loin d’être centenaire. Ouh là là, il s’en faut encore d’un bout, d’accord j’en ai bien fait une grande moitié, mais je ne suis même pas en retraite. Pour bien comprendre l’histoire, il faut que je la raconte. En 1914, juste un ou deux mois avant la déclaration de la guerre, il s’est marié avec une dame, c’est tout naturel. Ils vécurent heureux mais n’eurent pas beaucoup d’enfants, mais quand même une fille qui est née en 1915. Elle vit toujours et elle risque bien de devenir centenaire. Pour parler état civil, c’est ma demi-soeur. En 1946, sa femme est décédée. Resté veuf, il  occupa sa vie à boire du thé avec de la cannelle et à bouffer de la picata, il adorait ça. Mais quelques années plus tard, une belle Italienne qui passait par là, de vingt ans plus jeune que lui, ne sût pas résister à son baratin et ils se marièrent. De cette union naquit un fils et me voilà. Vous comprenez mieux maintenant les raisons de ma présence ici. Bien qu’il fut presque à l’âge de la retraite à ma naissance, il prolongea sa vie encore un bon bout de temps puisqu’il mourut à 90 ans. Nous avons fait du chemin ensemble. S’il y a une chose que j’ai héritée de lui, c’est bien sa passion pour la musique. A la différence près qu’il détestait à peu près tout ce que j’aimais. Lui, c’était l’opéra et il fit pendant des années partie de la fanfare municipale du coin dans un style musical un peu plus allégé. Il jouait de la trompette, plutôt bien je crois, car on voulait l’engager dans la fanfare de la Garde Républicaine à Paris. N’ayant que peu de goût pour tout ce qui était militaire, comme moi d’ailleurs, il les envoya se faire cuire des oeufs. Heureusement car je ne serais sans doute pas ici. Mais revenons à la musique…

La radio était branchée en permanence dans l’appartement familial. Je n’en perdais pas une miette. Je me souviens de certains succès, les premiers qui attirèrent mon attention. Il y avait « Bambino », « Sous Les Ponts De Paris », « L’eau Vive », pour les rengaines. Et puis un peu plus dans ce que j’allais adorer pour la suite, un peu tout ce qui vient après « T’aimer Follement » de Johnny. Je me contentais de la radio en écoutant toutes les émissions qui diffusaient de la musique moderne, Europe 1 et autres.

A partit de 1965, j’ai eu ce que je voulais, un tourne-disque. Alors a commencé pour moi, ma grande passion, acheter des disques et les écouter en boucle. J’en ai vite eu des centaines. Comme je le disais, musicalement tout  m’opposait à mon père. Tout amateur d’opéra qu’il était, il céda quelquefois à la tentation d’écouter des trucs que l’on pourrait qualifier de yéyés et dont certains convenaient pas trop mal à mes oreilles d’alors. Je lui servais de rabatteur, il me filait du pognon et j’achetais les disques en question, qu’il écoutait quant je n’étais pas là. Dans une sorte d’hommage que je lui fais, en le remerciant de m’avoir transmis ses chromosomes de la gamme de sol, et aussi de m’avoir donné une belle enfance, j’en ai dressé une petite liste. Vous verrez, il y a des trucs assez inattendus,  vous pourrez écouter ce que plus de 60 ans de différence d’âge, pouvait éventuellement unir musicalement.

Oui papa, ça c’est aussi de la musique, heureusement que tu t’en es aperçu!

Celle-là, elle l’emballa littéralement

Si il en aimé une de Johnny, c’est bien cella-là

Là il poussa l’investissement jusqu’à me demander d’acheter le 33 tours

Ici on reconnait le père amateur d’opéra, Jay Black ne fut qu’un chanteur de variétés, mais il avait un potentiel pour faire d’autres choses

Moi j’avais le disque et j’écoutais surtout « Oh Pretty Woman », mais il fut charmé par cette petite opérette. Du rock à l’opérette, Roy Orbison était l’un des plus grands chanteurs du 20ème siècle, même un Frank Sinatra peut sembler pâle à côté

Bien avant de se marier avec Joan Collins, Mr Holm chantait de charmants trucs plein de sirop

Dans cette série, la seule où j’aurais volontiers mis des boules trucs, c’est bien celle-la

Nos disques mythiques (7)

Dans la production phonographique française, 1966 est une année comme une autre. Les disques se suivent et ne ressemblent pas. Alors que Johnny vend des tonnes de « Noir C’est Noir »et que Antoine élucubre sur sa destinée de futur marin, on se régale comme on peut. Les disques Vogue, sûrement un des meilleurs labels dans la publication sous licence à l’époque, publie un truc enregistré précédemment sur le label californien GNP Crescendo, « Pushin Too Hard » par les Seeds. C’est la seconde tentative de Vogue de publier un disque du groupe. La première tentative remonte à l’année précédente, mais est passée complètement inaperçue. Cette fois-ci la publication a un atout supplémentaire, elle est classée dans le hit parade américain dans la tranche des trentièmes places. Au plan local, on peut considérer cela comme un succès moyen. Les Seeds menés par la charismatique Sky Saxon officient dans le style psycho garage. Le groupe n’a pas encore gagné son galon de légende, mais cela viendra. En attendant, « Pushing Too Hard » fait quelques adeptes chez les teenagers avides de nouveautés pas trop conventionnelles, celles qui ont un son nouveau, un punch évident. En France, il ne se passe rien, le disque récolte presque un aussi inaperçu que le précédent, un peu moins quand même. Quelques initiés l’achètent et le mettent sur l’électrophone. Ce sont des curieux, car le disque n’est programmé sur aucune radio, ni chroniqué dans aucun journal. Qu’importe,  le titre va devenir une référence absolue chez  les amateurs du genre. Votre serviteur en a une copie dans sa collection, elle fait partie des ces reliques que l’on ressort avec précaution comme pour en humer les relents et voir si par hasard elle n’a pas pris une odeur de sainteté.

La publication française est sous la forme de l’époque, un 45 tous  4 titres, un EP ou extented play. Sauf qu’ici, il n’y a que trois titres, « Try To Understand », ruisselant de garage punk et surtout « Evil Hoodoo ». Titre débridé à l’assaisonnement  psychédélique et guitare fuzz, il occupe entièrement la face B et pour cause.  Alors que l’habitude de la durée d’un titre à l’époque est de 2 ou 3 minutes, lui il étale sa maestria sur plus de 5 minutes. Il existe aussi une version française de « Pushin Too Hard » enregistrée par un certain Nicolas Nils, chez Vogue comme par hasard, « Il Faut Trimer Dur ». Sans être fabuleuse et avoir la saveur et le punch de l’original, sa version est plaisante.
Sky « Sunlight » Saxon nous a quittés en 2009, il a rejoint d’autres légendes.