En passant

Voyage début de siècle (38)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

A

Un Daimyo, noble du japon, gouverneur sous les ordres du Shogun jusqu’en 1868

Suite des présentations du Japon moderne version 1901, cela n’empêche pas la voyageuse de se référer au passé nippon. Elle mentionne aussi une chose que nous avons tous entendu parler, le hara-kiri aussi appelé seppuku.

J’ai visité Tokio à la sueur de mon front. Malgré la chaleur accablante de ces jours de septembre, je voulais voir, en peu de temps, le plus de choses possible. Si je me reporte en arrière, je vois défiler pêle-mêle, comme dans un kaléidoscope, les temples de Shiba, les tombeaux des shogoun, le musée Ueno, etc. Le grand étang du parc Ueno avec sa floraison de lotus roses et le poétique cimetière de Sengakuji, jettent leur note gaie ou solennelle dans cette confusion d’images et de couleurs. Après la visite à la montagne sainte de Nikko, la description d’autres temples ou d’autres mausolées me paraît inutile. Aussi m’arrêterai-je plutôt avec le lecteur à Sengakuji, au pied des simples pierres grises qui sont les tombeaux des 47 Ronins. Voici leur histoire; c’est une page du passé de Nippon, et un bel exemple de fidélité vassale.
En 1727 le shogoun – alors – au pouvoir attendait à Yeddo la visite de l’envoyé du mikado. Une réception solennelle était préparée; quelques jeunes daimios choisis parmi les plus beaux et les plus braves devaient prendre part aux fêtes. Parmi eux se trouvait un jeune homme du nom de Takumi-no-Kami. Le grand maître des cérémonies Kotsuke-no-Suke, homme vulgaire et vénal, avait pour tâche d’enseigner aux jeunes daimios arrivés à Yeddo, les règles subtiles de l’étiquette de la Cour. Takumi, ignorant des usages, ne sachant pas que pour se faire bien voir du maître des cérémonies, il fallait le combler de cadeaux, négligea d’acheter sa faveur, ce qui lui valut toutes sortes de tracasseries et de persécutions. Un jour, poussé à bout, le jeune homme se jeta, dans un accès de colère, sur son persécuteur et le blessa légèrement. Condamné à mort, il s’ouvrit le ventre avec son poignard; c’était la peine que l’on appliquait aux gens de qualité, le hara-kiri.
La mort de Takumi faisait de ses vassaux des Ronins, des gens sans maître. Ils se liguèrent pour venger leur infortuné seigneur. Par une sombre et froide nuit d’hiver, 47 conjurés pénétrèrent dans le palais de Kotsuke et lui tranchèrent la tête avec l’arme même qui avait mis fin aux jours de Takumi. Puis ils déposèrent le sanglant trophée sur la tombe de leur maître bien-aimé et attendirent, résignés à leur sort, le jugement des autorités de Yeddo. Comme ils le prévoyaient, on les condamna à s’ouvrir le ventre. Les cadavres de ces fidèles transportés à Sengakuji reposent auprès de celui pour lequel ils sont morts.

Parc Ueno – cerisiers en fleurs, événement toujours célébré

Après 200 ans, le souvenir des fidèles Ronins est encore vivant dans la mémoire du peuple. La partie du cimetière où ils sont couchés sous les pierres brutes alignées à l’ombre des vieux arbres, est devenue un lieu de pèlerinage. Les pères y amènent leurs fils et leur racontent l’histoire de l’infortuné Takumi et de ses vassaux. Avant de s’éloigner, ils ornent de rameaux verts chacun des tombeaux et font monter vers le ciel, en offrande pour les morts, des nuages d’encens.
A Tokio je rencontrai le jeune Allemand des provinces russes avec lequel j’avais voyagé sur le Pérou (nom de bateau pas le pays). Le plaisir de nous revoir fut grand, et nous entreprîmes ensemble, l’après-midi du dimanche suivant, une excursion au temple le plus fréquenté de Tokio, l’Asakousa. Très peu de recueillement dans ce sanctuaire dont la cour présente l’aspect d’une foire de village: les pigeons et les moineaux viennent y picoter les graines qu’on leur jette, tandis que des charlatans arrachent les dents et que d’autres vantent leurs marchandises à grands cris. Le peuple va et vient dans le temple, rit et plaisante; les enfants courent et s’amusent avec les pigeons. Une statue de bois, dans une niche, paraît jouir d’une grande popularité, car nombre de gens s’en approchent. C’est le dieu Binzourou, un grand admirateur des charmes féminins, à l’époque de sa vie terrestre; ses fredaines l’ont fait reléguer en dehors de l’enceinte sacrée. Il n’en jouit pas moins, comme guérisseur de tous les maux, d’une grande réputation. Il suffit de toucher la partie du dieu correspondant à celle dont on souffre, puis de frotter son propre bobo, pour qu’il disparaisse. Aussi le pauvre Binzourou est-il devenu, à la suite de tant de frottements, une masse informe, sans aucune apparence divine ou humaine! L’appendice nasal a même disparu tout à fait. Le vestibule du temple offre un tel fouillis de lanternes, de bannières, de gongs, d’idoles de toutes sortes, qu’on peut à peine distinguer, au fond, dans la demi-obscurité, la statue de
Kwanon aux mille mains, divinité à laquelle le sanctuaire est dédié.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP

En passant

Voyage début de siècle (37)

Cécile de Rodt (1855 – 1929) est une voyageuse suisse qui entreprit un tour du monde en 1901. A cette époque, le monde peut sembler encore quelque chose d’un peu mystérieux d’autant plus que certains pays sont géographiquement très lointains. Ce n’est pas une aventurière, elle ne va pas se battre contre les Indiens, mais plutôt jouer à la touriste. A la suite de son voyage paraitra un livre publiée en 1904 qui contient des centaines de photos. De quoi se faire une idée de ce à quoi ressemblait le monde au début du 20ème siècle.

A

Tombeau des Shoguns

Nous pénétrons petit à petit dans le Japon moderne. Certains signes laissent penser que l’Occident a mis un pied dans le pays, contrebalancé par le respect des traditions. C’est toujours un empereur qui gouverne, on est encore loin des de quelque chose qui pourrait ressembler à une élection présidentielle ou celle d’un premier ministre. Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que le régime change. Le dernier empereur Hirohito est un nouveau né en 1901.

Quelques mois plus tard, le souverain portait un uniforme militaire de coupe française et ordonnait à la Cour de suivre la mode européenne, défendant à l’impératrice aussi bien qu’à la plus humble servante du palais de se présenter dans le gracieux et seyant costume du pays.
Voici comment on dépeint le mikado: grand et élancé, il se tient très droit; son attitude est pleine de noblesse et de dignité; type très pur de la race japonaise, il a des yeux foncés et perçants qui donnent à la face d’un jaune terne une expression intelligente et énergique; il porte ses cheveux noirs en brosse; la moustache et les favoris sont clairsemés.
L’impératrice Harouko — ce mot signifie printemps — mérite encore, quoique pour elle le printemps de la vie ait fui depuis longtemps, son nom poétique. Le fin ovale du visage qu’éclairent deux yeux très noirs, une bouche vermeille et mignonne, des traits délicats sur lesquels se répand une adorable expression, en font à 52 ans une apparition exquise et attirante. Quel dommage que le costume ne cadre pas avec la personne, et que les atours parisiens, le petit chapeau à la mode posé sur les cheveux frisés, détruisent l’harmonie du chef-d’œuvre!
Il n’y a pas longtempsque le mikado se montre en public avec son épouse. Autrefois, c’eût été une chose d’autant plus inouïe que Harouko n’a pas donné d’héritier au trône; la maternité est indispensable pour que la femme du souverain soit considérée comme impératrice. Harouko partage l’appartement de son mari. On lui rend les mêmes honneurs qu’au mikado.
Le couple impérial ne parle que le japonais. La patience avec laquelle l’impératrice Harouko assiste aux examens des écoles, où l’enseignement se donne en français et en anglais, est vraiment touchante. La souveraine a fondé plusieurs établissements de bienfaisance dont elle s’occupe beaucoup et qu’elle visite; citons, en particulier, l’hôpital de la Croix-Rouge et l’école pour les enfants nobles.

Parc Ueno – Cerisiers en fleurs

L’empereur se couche vers minuit, et se lève entre six et sept heures. Il reçoit de bon matin ses ministres, signe les décrets qu’on lui soumet et consacre le reste de son temps à toutes sortes de sports: tir, équitation, etc. Il prend ses repas avec l’impératrice. L’étude du français et de l’anglais commencée il y a une vingtaine d’années a été mise de côté depuis longtemps.
L’impératrice Harouko, écuyère passionnée, aime beaucoup les chevaux et honore de sa protection une école d’équitation pour dames fondée sous ses auspices. Son plus grand sacrifice — l’abandon du costume japonais — une fois consommé, elle s’est laissée entraîner, plus rapidement encore que le mikado, par le courant qui emporte le Japon vers les nouveautés. S’appropriant avec une facilité toute féminine les usages et les mœurs européens, elle a métamorphosé la Cour. Les filles des daimios qui, orgueilleuses de leur rang, végétaient encore il y a peu de temps loin du monde, dans leurs châteaux, ignorantes de tout, sauf des formules d’une étiquette poussée à l’extrême et de l’art de se parer et de s’ajuster, portent aujourd’hui des toilettes parisiennes, parlent l’anglais, le français et l’allemand, dansent, vont à cheval, jouent au tennis, pédalent et flirtent aussi bien que leurs charmantes sœurs d’Europe ou d’Amérique. A ces changements extérieurs s’en ajoutent d’autres, plus essentiels, opérés dans la vie de famille. Les rapports entre époux s’égalisent peu à peu, les droits et les devoirs tendent à devenir les mêmes des deux côtés. Il va sans dire que dans la classe moyenne et dans le peuple, l’évolution n’est pas près d’être accomplie. Comme leurs palais de Tokio, les kuge et les daimios de l’ancien Japon ont disparu. Les nouveaux dignitaires de l’empire se font appeler princes, marquis, comtes, vicomtes ou barons. Le mikado a également accordé des titres aux soldats de carrière, les samourais, mesure accueillie avec beaucoup de mépris par les kuge. La manie des honneurs, du rang, des titres, est une des passions principales des Japonais.
,Les décorations, copiées sur le modèle de l’Europe, réjouissent également les cœurs des fils deNippon; la plus importante est celle de l’ordre du Chrysanthème qui, comme celle du Soleil, ne peut être accordée qu’aux membres de familles régnantes; l’ordre du Soleil Levant, divisé en huit classes, est accessible aux simples mortels. Par contre l’insigne de la royauté, la couronne, n’a pas encore pénétré au Japon. Sur l’armoirie de l’Etat figure le chrysanthème d’or à seize pétales, sur celle du mikado, trois fleurs et trois feuilles du Paulowina imperialis.

A suivre

Sources : Wikipédia, B.N.F, DP