Bessie Smith – L’impératrice noire

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Bessie Smith est née en 1892, 1894, ou 1895, on ne sait pas très bien, les sources divergent. Par contre elle est née dans le Tennessee, ça c’est sûr. Comme beaucoup de noirs américains, la situation de tous les jours n’est pas des plus enviables. C’est souvent la ronde des petits boulots comme employée de maison ou autres blanchisseuses. Jusqu’au début des années 20, sa vie reste dans l’ombre. Elle a cependant une attirance et un réel don pour le chant. En se mariant et avec son mari comme impresario, elle commence à percer dans la musique. En 1923, les disques Columbia la signent pour enregistrer sur le label. Le succès vient rapidement et dans ce style elle est une des premières artistes noires à acquérir un véritable vedettariat. Elle rencontre, joue, se fait accompagner par des musiciens qui deviendront prestigieux par la suite, Louis Armstrong, Fletcher Henderson, Sidney Bechet. A cette époque, elle n’a qu’une seule véritable rivale, Ma Rainey. Son succès grandissant presque uniquement salué par la communauté noire, la fera passer un peu au second plan, l’histoire retiendra surtout le nom de Bessie Smith. Le répertoire de Smith est un mélange de blues et de jazz tout à fait représentatif de ces années. Bon nombre de ses interprétations vont rester dans les mémoires comme « Gulf Coast Blues », « Baby Won’t You Please Come Home ». Pendant quelques années, elle va rester d’une popularité grandiloquente. Ses cachets atteindront parfois 2000 dollars par jour, une grosse somme à cette époque. Sa vie sentimentale n’est pas de tout repos, son mari n’est pas toujours fidèle, elle non plus, de plus elle affiche une penchant pour la bi-sexualité. Ils finiront par se séparer, son mari étant certainement moins intéressé par sa carrière qui souffre de la dépression de 1929, où l’argent se fait plus rare. Après 160 titres enregistrés pour Columbia, sa maison de disques l’a met à l’écart. En 1933, le producteur John Hammond tente de la relancer, sans y mettre beaucoup de flamme. Le 26 septembre 1937, elle est victime d’un grave accident de voiture. Elle mourra semble-t-il, par manque de soins immédiats. Certaines versions disent qu’elle a été refusée dan un hôpital parce qu’elle était noire. D’autres disent que les secours ont tardé à venir ou qu’elle était trop gravement atteinte pour survivre à ses blessures. On ne saura jamais ce qui est vrai ou faux.
L’influence de son style, sa manière profonde de chanter seront source d’inspiration pour un tas d’artistes. Billie Holiday la première, Janis Joplin plus tard. C’est même elle qui payera un monument funéraire sur sa tombe qui en est dépourvu. L’Amérique a parfois mal à ses héros.

Un des rares documents sonores existant d’elle, St Louis Blues 1929

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Slim Harpo – Le blues en bourdonnant

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Slim Harpo est bien sûr né en Louisiane en 1924 comme la plupart des bluesmen qui se respectent. Il ne s’attarde pas trop sur les bancs de l’école et préfère passer son temps avec une guitare et surtout un harmonica. Contrairement à d’autres grands noms, il reste dans sa Louisiane et devient une sorte de professionnel de la musique vers la fin des années 40. Ce n’est toutefois qu’en 1957 qu’il a l’occasion d’enregistrer son premier disque « I’m A King Bee », couplé à « Got Love If You Want It » sur l’autre face. Cette première réussite aux paroles savoureuses, paraît sous le label Excello avec la bénédiction de JD Miller, un producteur qui deviendra une sorte de légende à son tour. Sa carrière est lancée et son blues avec harmonica, guitare et réverbération devient une forte image de marque. Il aligne les titres et de temps en temps un succès de bonne facture le voit monter dans les charts nationnaux. Ce sera le cas en 1961 avec « Rainin’ In My Heart » et en 1966 avec « Scratch My Back », son plus grands succès dans les classements. Ses titres font le bonheur des groupes anglais qui ne se privent pas de mettre Slim Harpo dans leur programme. C’est ainsi que « Got Love If You Want It » sera repris par non seulement les Yardbirds, mais aussi les Kinks et les Who (« I’m The Face »). Rainin’ In My Heart sera pour les Pretty Things et « Don’t Start Crying Now » pour les Them, sans oublier « I’m A King Bee » par les Rolling Stones, reprises parmi d’autres reprises. Jusque à sa mort prématurée en 1970, il se produira constamment devant un public blanc, enchanté de ses prestations.
La contribution de Slim Harpo à l’avènement du blues blanc n’est pas négligeable. Il préfigure assez bien l’exploitation qu’en feront les artistes de l’UK Blues Boom. La plupart de ses compositions sont presque livrées clef de sol en main, pas besoin de pratiquement les réécrire pour les interpréter dans la couleur locale. Le plus remarquable chez Harpo reste le son particulier à ses enregistrements. Si l’on peut reconnaître John Lee Hooker à son jeu de guitare, chez lui, c’est plus la sonorité de ses disques qui est son image de marque. Un artiste incontournable.

Les documents filmés de Slim Harpo étant très rares, voici l’excellente version de « Got Love If You Want It » par les Kinks

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