En passant

Inventaire musical à la Prévert (30)

Continuons l’exploration des sixties suisses et l’immédiate suite. Nous allons parler aujourd’hui d’un label suisse que pratiquement tous les fans en raretés pop connaissent, le label Splendid.
Il a été fondé à la fin des sixties par un fan de rock and roll français établi en Suisse, Jean-Pierre Louvin. Le label était basé à La Chaux-de-Fonds, ville connue dans le monde entier pour ses fabriques de montres, mais beaucoup moins pour ses maisons de disques. La première publication du label fut un album de compilation qui reprenait quelques titres du label américain Razorback, « This Is Rock And Roll In Arkansas », basé à Newport. Ce label fut fondé en 1957 par Bobby Crafford, qui fut le batteur de Sonny Burgess, une étoile du fameux label Sun, toutefois nettement moins brillante que celle de son collègue Elvis Presley. Razorback est bien entendu un label plutôt branché rockabilly.
Bien vite le virus de la musique pop s’empara du producteur Louvin. il chercha des artistes locaux qui pouvaient répondre à ce critère pour les futures publications et il en dénicha quelques uns. La future réputation du label auprès des collectionneurs se bâtira essentiellement autour de trois noms : Pacific Sound, After Shave, Country Lane, publiés à partir de 1971. Le label connut une réputation locale et dans une moindre mesure nationale. Au niveau international, quelques publications virent le jour en France, Italie, Angleterre, la publication la plus exotique eut lieu à Madagascar. Le label publia aussi en singles des choses plus proches de la variété ou du folk. Je vous avais déjà présenté un aperçu dans un article précédent avec le groupe the Shamrock. Il reprit aussi sous licence pour le marché suisse, des publications des labels anglais M&M et Dart. Chose marrante, il y aurait presque pu y avoir une publication des Swinging Blue Jeans sur label Splendid, car à l’époque le groupe signa pour la label Dart. Une des épines dorsales financières fut à travers le sous-label Frontier, la publication de musique folklorique suisse qui surclassa de loin les ventes de la tendance pop. Malgré cela, le label cessa toutes ses activités à partir de 1974, le reste fait partie de la légende. La plupart des enregistrement du label furent effectués dans la ville de Bienne aux studios Soundcraft, où officiait Stephen Sulke, un Suisse qui fut aussi un chanteur yéyé en France sous le nom de Steff. pour des raison pratiques, quelques disques furent pressés par Durium en Italie et les pochettes imprimées en France.
Nous allons explorer ce label pas à pas, pour ce qui est intéressant et disponible sur Youtube. Je vous commenterai les publications dans le fil de l’article.

Peter Sue & Marc – Ce trio de folk dans la lignée de Peter Paul & Mary, originaire de la partie germanique de la Suisse, fut très populaire en Suisse pendant une dizaine d’années. A ses débuts phonographiques, il fit un bref séjour sur Splendid dans une de ses toutes premières publications en single. Ils participèrent à l’Eurovision en 1971.

Single Splendid 1970.

Honneur Au Jour.

All My Trials.

Compilation Razorback records – Bien que cela ne soit pas à proprement parler de la musique suisse, je vous présente quelques extraits de cette compilation qui fut le premier album Splendid, « This Is Rock And Roll In Arkansas »,. Il contient quelques titres intéressants qui ne devraient pas fâcher les rockers avec un goût plutôt sixties. Il existe en deux versions, la première avec le logo orange et la seconde avec le logo noir.

1964 – Rick Durham & The Dynamics – I Got My Eyes On You. Une chanson assez connue composée par Dave Burgess le guitariste des Champs. C’est Ricky Nelson qui la mit en lumière en 1962. Gene Vincent la reprit en 1966 pour son album sur Challange. Vic Laurens en a fait un adaptation en 1963 « Quand Je Te Suis Des Yeux ». La version ici est très bonne, à mon avis mieux que celle de Gene Vincent. La présence de ce titre sur l’album de Gégène n’est pas tout à fait un hasard, car c’est une mouture des Champs qui servit d’orchestre.

1964 – Rick Durham & The Dynamics – Black And Blue. C’est la reprise bien changée et bonne d’un standard du jazz.

1966 – The Five Rogues – Wait and See.

1967 – Bobby Crafford &  The Pacers  – Don’t Say Goodbye.

1967 – Bobby Crafford &  The Pacers  – Diddley Diddley Daddy.

1969 – Sonny Burgess – Dessa. La légende des disques Sun, un extrait des quatre singles qu’il publia pour Razorback.

1969 – Sonny Burgess – Fraulein. C’est la reprise du hit de Bobby Helms, une version plus rock.

Pacific Sound – Ce sont en quelque sorte les vedettes du label, leur discographie est la plus recherché et celle qui peut atteindre des sommes assez folles, plus de 1000 euros pour une édition originale de leur album. Ce sont des musiciens qui viennent de la région et ils seront parmi les premiers à bénéficier de l’orientation pop que le producteur veut donner à son label. Il n’enregistreront que des titres originaux. Un premier single « The Drug Just Told Me » / « The Green Eyed Girl » sort en 1970. Il bénéficie d’une édition belge sur le label Pims. Le disque remporta un prix, celui de l’European Pop Jury, une sorte d’Eurovision de la radio. Le disque se vend assez bien. les choses s’annoncent plutôt pas mal. Un second single « Ballad To Jimi » / « Thick Fog ». sort en 1971. Grâce au titre principal « Ballad To Jimi », sans doute leur titre le plus célèbre et un des plus « tape à l’oreille », ils gagnent encore en popularité. La publication est reprise sous licence dans plusieurs pays dont la France où il est publié chez Philips, c’est dire qu’à leur avis il y a de quoi faire un tube. Leur fameux album « Forget Your Dream » est publié en 1972. Présenté sous une pochette ouvrante assez délirante, il contient des nouveaux titres à l’exception de la face B du second single « Thick Fog ». C’est cet album qui cartonne le plus chez les collectionneurs depuis plus de 30 ans. Je vais être objectif, l’album est très bien, mais je pense que c’est plus sa rareté que son contenu qui attire les collectionneurs. Dans la musique progressive, étiquette que l’on colle volontiers à Pacific Sound, il y a des trucs qui sont nettement plus représentatifs. Je pense à des groupes comme Velvet Fogg, Deviants, Pink Fairies, Stackwaddy, qui n’ont rien à prouver en comparaison. Mais c’est juste un avis. Un dernier single sortira en 1971 et c’est un extrait de l’album « Gyli Gyli » / « If Your Soul Is Uncultivated ». Je pense que c’est le plus rare de la série, il fut plutôt publié à destination des jukeboxes. Il reprend dans un autre montage, la pochette de l’album. L’album a été réédité plusieurs fois plus ou moins officiellement. D’après mes contacts, le producteur serait décédé il y a quelques années en France, ainsi que deux membres du groupe.

Premier single 1970.

The Drug Just Told Me.

The Green Eyed Girl.

Second Single 1971.

Ballad To Jimi.

Thick Fog.

Album 1972, Forget Your Dream.

Forget Your Dream.

Erotic Blues.

Drive My Car.

Gyli Gyli.

Ceremony For A Dead.

If Your Soul Is Uncultivated.

Gates Of Hell.

Single extrait de l’album, « Gyli Gyli » / « If Your Soul Is Uncultivated »

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En passant

Dimanche en quelques manches de suite d’année (2)

La sélection du jour., tout droit sortie du labyrinthe mémoriel de mes errances musicales qui ne se veulent pas sectaires. Bon dimanche et bonne écoute.

John Cale – Carry On.

John Mayall & Eric Clapton – I’m Your Witchdoctor.

Beau Brummels – The Wolf Of Velvet Fortune.

The Zombies – Hang On To A Dream.

Dion – Hoochie Coochie Man.

Velvet Fogg – Lady Caroline.

Ginger Baker Trio – I Lukron.

Don Fardon – Indian Reservation.

Angelo Branduardi – Confessions d’un Malandrin.

Ram Jam – 404.

Donna Summer – I Need You.

Wallace Collection – Rêverie.

Les Croquants – Grand Jacques.

The Sensation – Black Eyed Woman.

Ohio Express – First Grade Reader.

Nino Ferrer – Fallen Angels.

Kraftwerk – Computer Love.

Rudy Benett (ex chanteur des Motions) – It’s Gone.

Deafruit – Indian Priest.

Michel Magne – Geneviève Et Renaud.

Bonus pour les amateurs de musique classique s’il y en a. Si ce n’est pas le cas, écoutez quand même. La musique classique ne rend pas sourd, il y a même de très belles choses. Quelques extraits d’une approche facile. J’ai une affection particulière pour les compositeurs russes, ils ont quelque chose dans leur musique qui n’appartient qu’à eux. En voici trois.

Khachaturian – Masquerade Suite.

Prokofiev – Danse Des Chevaliers (Romeo et Juliette)

Tchaikovsky – Lac Des Cygnes.

Bonus pour les amateurs de musique classique, ici médiévale, s’il y en a. Si ce n’est pas le cas, écoutez quand même. La musique médiévale ne rend pas sourd, il y a même de très belles choses. Je trouve cette musique absolument apaisante, si, si, essayez ! Cette musique est arrivée jusqu’à nous à travers les siècles par les troubadours et surtout ceux qui chantaient dans les cours royales. Elles sont souvent assez complexes au niveau vocal, il faut souvent une certaine maestria vocale pour les chanter, ce n’est pas accessible à tous. Par contre, l’écoute est ouvertes à tous. Je vous en propose trois avec un descriptif pour chacune.

Chanterai por mon corage, interprété par Studio der Frühen Musik – Une chanson du 12ème siècle qui parle des croisades. On connaît encore le nom du compositeur Guiot de Dijon. C’était le temps où on allait casser du Sarrazin « car felon sunt Sarrazin » comme il est dit dans la chanson. Les prétextes pour faire la guerre étaient faciles à trouver, mais c’était surtout la bonne excuse pour aller s’approprier  les richesses d’autrui. Même si la chanson a un principe très discutable et guerrier, elle est une belle leçon culturelle au niveau du texte. Les paroles furent bien entendu écrites dans le français de l’époque, assez différent du notre, mais pas totalement incompréhensible. Vous verrez le texte original en haut  de l’écran.

 

Pastourelle en un verger, interprété par Ars Antiqua De Paris. Ici on est plus dans la tradition de la musique que l’on pouvait entendre à la cour de Louis XIV et de celle du troubadour, de Couperin ou de Lully. C’est une anonyme du 16ème siècle, donc Henri IV aurait pu l’entendre.

El Rey De Francia, interprété par Maite Itoiz. C’est un chant séfarade assez connu encore de nos jours. Pour ceux qui ne savent pas qui sont les Séfarades, c’est un peuple juif qui vécut en Espagne jusqu’au temps de l’inquisition. On l’oublie souvent, mais l’Espagne fut au Moyen Age le carrefour d’un riche échange culturel entre chrétiens, juifs, et musulmans. Dans cette chanson interprétée en judéo espagnol, la langue des Séfarades, on perçoit nettement dans le chant l’influence arabe.

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