En passant

Exploration en terre musicale inconnue (38)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1967 – The Move / I Can Hear The Grass Grow. Un de ces quelques groupes qui pratiquaient le psychédélique à l’anglaise, sous le regard de Roy Wood. Ils connurent quelques succès avant de se tarnsformer en Electric Light Orchestra. Cet EP est la troisième publication en France du nouveau sous-label de Decca, Deram. Il est relativement courant, sans être visible partout.

1967 Rod McKuen. Chanteur et compositeur américain prolifique qui a eu beaucoup de connexions avec la France. Ayant rencontré Jacques Brel, il fut le premier a adapter ses chansons en anglais,, faisant ainsi de « Ne Me Quitte Pas » (If You Go Away), un standard international repris d’innombrables fois. Brel lui rendra d’ailleurs la pareille en reprenant sa chanson « The Lovers » pour en faire « Les Amants DE Coeur ». qui est il me semble, la seule reprise de Brel dans sa discographie. Mais Kuen s’intéressa aussi à Bécaud et reprendra notamment « Nathale » que l’on trouve sur un rare EP français. Il enregistra aussi quelques chansons en français.

1970 – Waterloo / Meet Again. Groupe pop belge originaire de la célèbre petite ville. Leur album original belge atteint des sommes folles aux enchères, elles peuvent friser les 2000 euros. La France n’a eu droit qu’à ce seul single extrait de cet album. Il est certainement moins rare et beaucoup plus abordable, mais il ne court pas les rues.

1964 – Mary Wells / My Guy. Encore un exemple de ces EP’s du label Tamla Motown publiés en France avec de très belle pochettes qui attirent les collectionneurs internationaux. Cette fois-ci, il concerne une diva du label dont c’est un des titres les plus connus.

1970 -Judy Henske & Jerry Yester / Snowblind. De la musique progressive américaine. Etant donné qu’ils enregistraient sur le label de Frank Zappa, il ne fallait pas s’attendre à trouver des reprises de Frank Sinatra. Intéressant et très rare.

1963 – Little Gerhard & The Chicks / Count On Me. Un des premiers rockers suédois, qui se tourna ensuite vers des choses plus ou moins variétés. La label President qui distribuait aussi les Spotnicks en France, essaya de nous le refiler. Pas courant du tout.

1968 – Alan Stivell / Le Bourreau. Avant de s’établir comme un artiste majeur pour la représentation du folk celtique, Alan Stivell avait enregistré cet EP chez Fontana, annonciateur de la suite. Disons que si le reste de sa discographie est plutôt courante, cette publication est très rare. En 50 ans, je ne l’ai vu que deux fois, dont celle où je l’ai acheté.

1959 – Ken Mackintosh And His Orchestra – The Swivel. Saxophoniste anglais dont deux publications virent le jour en France. C’est plutôt pour la danse, mais on peut presque imaginer ça interprété par  Johnny & The Hurricanes en plus rock.

1964 – Shawn Elliott / The Joker. Exemple type du chanteur qui passionne les foules pour un disque et qui retourne immédiatement à l’obscurité. Pour ce chanteur américain, on se souvient de cette histoire de scandale dans la famille qui lui rapporta un instant de gloire et un peu de fortune, chansons qu’il avait lui-même empruntée à un autre artiste. C’est aussi une des premières chansons de style reggae à connaître un succès international. Cette publication faisant suite à son succès en eut nettement moins.

1964 –  The Hullaballoos / Party Doll. Cas assez rare d’une authentique groupe anglais qui part aux USA et se fasse signer par un label américain, d’autant plus avec un certain succès magnifié par la reprise d’un titre de Buddy Holly « I’m Gonna Love You Too ». C’est le cas des Hullaballoos. Sur le premier EP paru en France, on trouve également un belle reprise du succès de Buddy Knox « Party Doll ». Cette publication est assez rare.

1970 – Peter Haller / Peace. Ce disque enregistré en Angleterre reçut différentes appellations concernant le nom de l’interprète, Haller devient Hallett ou simplement Peter, selon les pays de publication. Excepté la Hollande où il connut un bon succès, il ne marqua pas de points ailleurs. C’est la chanson type de l’ère de cette époque, on chante la paix et l’amour de toutes les manières possibles.  Musicalement celui-ci n’est pas du tout déplaisant.

1977 – Ricky King / Storm Rider. Dans les années 1970, en vacances en Italie, par l’intermédiaire d’un jukebox, j’ai découvert ce titre. En pleine période disco, entendre un truc à la Shadows était assez plaisant. Ricky King est un guitariste allemand qui connut un succès assez considérable dans divers pays et le sien avec des instrumentaux dont notamment « Le Rêve ». Il est vrai que parfois sur les plages italiennes, il était plus facile de manger une saucisse de Francfort qu’une pizza. L’intendance, même musicale, suivait. Un seul 45 tours de lui a été édité en France, mais je ne crois pas qu’il soit très courant, même s’il n’intéresse pas grand monde. C’est la face B de cette publication.

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En passant

Musique pour confinement (2)

Pour faire passer un peu le temps, une sélection de musiques dans tous les styles, toutes les époques, dont quelques découvertes personnelles.

1968 – The Left Banke / Desiree. Du psychédélique un peu baroque, très belles harmonies vocales. Un régal !

1969 – Fifth Dimension / Aquarius / Let The Sunshine In. L’un des plus flamboyants hits de 1969, c’est bien sûr extrait de « Hair ».

2013 The Mystic Braves / Trippin’ Like I Do. Groupe américain dont les parents des membres devaient carburer à la musique psychédélique. C’est mieux que si cela avait été le cas avec Mireille Mathieu.

1971 – Steel Mill / Green Eyed Good. Ca n’est jamais passé à la radio, mais c’était bien quand même. Presque 50 ans plus tard, on regrette qu’on n’invente plus des trucs aussi charmants.

1974 – Terry Jacks / If You Go Away. De toutes les chansons de Brel reprises en anglais, je trouve celle-ci assez bien réussie.

2016 – The Beauty Of Gemina / All Thosse Days. Groupe suisse de dark wave.

1966 – The Squires / Going All The Way. Une de ces belles obscurités garage sixties qui font tout le charme de cette époque.

1965 Eddie Boyd / Five Long Years. Il reprend en live un de ses plus fameux titres. Buddy Guy à la guitare.

1964 -Un petit hommage à Christophe, ce fut son premier disque et sans doute son plus grand bide. Et pourtant ça tient la route !

1965 – Larry Greco / Jette-là. Il n’y a pas beaucoup de productions françaises sixties qui peuvent rivaliser avec les anglo-saxonnes. Celle-ci en est une. Elle prouve aussi qu’Eddie Vartan, le frère se Sylvie, était un excellent chef-d’orchestre. Et quel vocal !

1982 – The Unknows / The Streets. Un des très bons groupes des années 80.

1990 – The House Of Love / Shine On. J’aimais bien, trente ans déjà.

2015 – Le Roi Angus / Sommeil Trompeur. Ce sont des Suisses et  ils ne sont pas en chocolat.

1984 – Plan Nine / Five Years Ahead From My Tme. Reprise d’une obscurité de Third Bardo, dans un version très hypnotique. Un must du genre.

2019 – Roseaux Ft. Ben l’Oncle Soul – I Am Going Home. Très belle réalisation française.

2019 –  RHR Redfern,Hutchinson & Ross / Willie The Pimp. Un trio de guitaristes anglais plutôt pointus, s’amusent sur un très célèbre titre de Frank Zappa.

Encore un petit hommage, cette fois à Bo Winberg, pionnier de l’amplification de guitare sans fil et immuable soliste des Spotnicks pendant 60 ans, décédé au début de cette année à 81 ans.

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